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Assistance au suicide: une capsule qui fait bien des remous

Sarco a été exposé lors de plusieurs événements artistiques en Europe. Exit International

Sarco, une capsule autonome pour le suicide assisté, pourrait bientôt être exploitée en Suisse, affirme l'organisation qui a l'a développée. Mais les choses ne sont pas aussi simples.

Ce contenu a été publié le 11 décembre 2021 - 15:31

Chers lecteurs, chères lectrices

Dans la version initiale en anglais de cet article, il a été affirmé à tort que la capsule Sarco avait "passé l'examen juridique". Cette information était fausse. Il ne s'agit pas d'un examen d'homologation, comme l'a par exemple clairement montré un fact-checking de l'agence de presse APLien externe. Nous regrettons vivement ce titre et cette information trompeurs.

L'article a été corrigé le 8 décembre, suite à un article de  watson.chLien externe: Les affirmations de Philip Nitschke selon lesquelles il serait en pourparlers avec plusieurs groupes en Suisse en vue de commercialiser la capsule Sarco l'année prochaine n'ont pas pu être vérifiées. Aucune des principales organisations suisses d'aide au suicide - Dignitas, Exit Suisse ou Ex International - n'a déclaré, selon watson.ch, qu'elle envisageait d'utiliser cette technologie. L'organisation à laquelle Philip Nitschke faisait référence dans la version originale de l'article était PegasosLien externe. Le 11 décembre, nous avons ajouté un encadré sur les conditions d'autorisation du suicide assisté en Suisse, basé sur des informations d'AP. Nous avons également changé le titre de l'article.

Larissa M. Bieler
Rédactrice en chef, SWI swissinfo.ch

En 2020, quelque 1300 personnes sont mortes par suicide assisté en Suisse, en utilisant les services des deux plus grandes organisations de suicide assisté du pays, Exit et Dignitas. La méthode actuellement utilisée est l'ingestion de pentobarbital de sodium liquide.

Après avoir pris le médicament, la personne s'endort en deux à cinq minutes avant de sombrer dans un coma profond, suivi peu après par la mort. Sarco offre une approche différente pour une mort paisible, sans avoir recours à des substances contrôlées. 

swissinfo.ch s'est entretenu avec le Dr Philip Nitschke, fondateur de la société australienne Exit International (aucun lien avec Exit Suisse), au sujet de son innovation, la capsule Sarco, semblable à un cercueil, et de la place qu'elle pourrait occuper dans le secteur suisse de l’assistance au suicide.

La capsule Sarco sortie d'une imprimante 3D. Exit International

swissinfo.ch: Comment fonctionne la capsule Sarco?

Philip Nitschke: Il s'agit d'une capsule imprimée en 3D, activée de l'intérieur par la personne qui a l'intention de mourir. La machine peut être remorquée n'importe où, dans un cadre extérieur idyllique ou dans les locaux d'une organisation pour le suicide assisté, par exemple.

La personne monte dans la capsule et s'allonge.  C'est très confortable. On lui pose un certain nombre de questions et, lorsqu'elle a répondu, elle peut appuyer sur le bouton situé à l'intérieur de la capsule pour activer le mécanisme à son rythme.

En Suisse, le suicide assisté est autorisé sous certaines conditions

SwissMedic, l'autorité gouvernementale chargée de la réglementation des dispositifs médicaux, a confirmé à l'AP qu'elle n'avait pas autorisé la capsule Sarco.

Philip Nitschke a expliqué à l'AP que son organisation à but non lucratif, Exit International, n'avait jamais cherché à obtenir une autorisation, car elle avait demandé un avis juridique externe à un consultant - un ancien titulaire de la chaire de droit des infrastructures et des nouvelles technologies à l'Université allemande des mines et de la technologie de Freiberg. L'expert avait conclu que l'organisation n'avait pas besoin d'une autorisation ou d'une licence formelle pour utiliser le dispositif.

EXIT, une organisation bien établie qui propose actuellement l'aide au suicide en Suisse, dit avoir des questions sur Sarco et sur l'avis juridique obtenu par Exit International, une organisation qui, répétons-le, n'est pas liée à EXIT.

"On ne sait pas exactement quel est le contenu de l'avis juridique pour la légalisation", écrit le vice-président d'EXIT Jürg Wiler dans un e-mail, ajoutant : "Et qu'en est-il du test de la capsule? EXIT ne considère pas 'Sarco' comme une alternative aux suicides médicalement assistés qu'EXIT pratique en Suisse".

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La capsule est posée sur un équipement qui va inonder l'intérieur d'azote, réduisant rapidement le niveau d'oxygène de 21% à 1%. La personne se sentira un peu désorientée et pourra se sentir légèrement euphorique avant de perdre conscience. Le tout dure environ 30 secondes. La mort survient par hypoxie et hypocapnie, c'est-à-dire par privation d'oxygène et de dioxyde de carbone, respectivement. Il n'y a pas de panique, ni de sensation d'étouffement.

À quel stade en êtes-vous dans le développement de la machine et sa mise sur le marché? 

L'année dernière, nous avons demandé l'avis de spécialistes sur la légalité de l'utilisation du Sarco en Suisse pour l'aide à mourir. Cet examen est terminé et nous sommes très satisfaits du résultat qui a montré que nous n'avions rien négligé. Il n'y a aucun problème juridique.

Deux prototypes existent à ce jour, et un troisième est en cours d'impression aux Pays-Bas. Si tout va bien, la troisième machine devrait être prête à fonctionner en Suisse en 2022.

Le premier Sarco est exposé au musée de la culture sépulcrale de Kassel, en Allemagne, de septembre 2021 à février 2022. Le second s'est avéré ne pas être esthétiquement satisfaisant. Pour cette raison et pour diverses autres, il n'est pas le meilleur à utiliser.

Plusieurs modèles supplémentaires de Sarco ont été retardés en raison de la pandémie. Par exemple, le développement d'une caméra qui permet à la personne de communiquer avec les gens à l'extérieur. Il est nécessaire d'enregistrer le consentement éclairé de la personne. Cet appareil a été commandé et la prochaine étape consiste à le faire fabriquer.

Votre objectif déclaré est de démédicaliser le processus de mort. En quoi cela consiste-t-il?

Actuellement, un ou plusieurs médecins doivent être impliqués pour prescrire le pentobarbital sodique et confirmer la capacité mentale de la personne. Nous voulons supprimer toute forme d'examen psychiatrique du processus et permettre à la personne de contrôler elle-même la méthode.

Notre objectif est de développer un système de dépistage par intelligence artificielle pour établir la capacité mentale de la personne. Naturellement, il y a beaucoup de scepticisme, surtout de la part des psychiatres. Mais notre idée conceptuelle originale est que la personne fasse un test en ligne et reçoive un code pour accéder au Sarco.

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