Multinationales suisses

L’or et la Suisse: une histoire mouvementée

La Suisse est sans conteste leader mondial de l’industrie de l’or. Elle affine en effet la majeure partie du métal jaune produit dans le monde et en est la première exportatrice. Mais dans quelle mesure la Suisse prend-elle ses responsabilités au sérieux en matière d’exploitation durable et de protection des droits de l’homme? 

Ce contenu a été publié le 12 mars 2020 - 17:25
Andreas Gefe (illustration)

Quand on pense aux produits suisses, on pense à ses montres, son chocolat, ses machines-outils. Mais certainement pas à l’or. Et pourtant... L'or est à la fois l'un des principaux produits d'exportation et d'importation de la Suisse en valeur.

Les métaux précieux et les pierres précieuses représentent 25,2% des importations et 22,4% des exportations en valeur, juste après les produits chimiques et pharmaceutiques (34,3%), selon les chiffres de l'Administration fédérale des douanes pour 2018.

Environ deux tiers de l'or mondial sont affinés sur le sol de la Confédération. Le pays abrite quatre des plus grandes raffineries du monde, dont trois se trouvent dans le canton du Tessin, une autre à Neuchâtel. 

Par ailleurs, la Suisse possède l’une des plus importantes quantités d’or par habitant. 

Les coffres de la Banque Nationale Suisse (BNS) regorgent littéralement de ce précieux métal.

Mais l'or a aussi un petit arrière-goût de soufre au pays des banques. La Suisse a profité de sa neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale pour acheter de grandes quantités d'or aux puissances alliées et de l'Axe. Il a fallu attendre 1996 pour que la BNS admette publiquement qu'elle avait profité de ses transactions sur les lingots d'or avec la banque centrale de l'Allemagne nazie pendant la guerre. 

Le problème moral lié à l’or n’est cependant pas que de l’histoire ancienne. «Cette position de grande puissance mondiale de l’or implique une grande responsabilité, car l'exploitation de l'or s'accompagne de son lot de risques et de problèmes», estime Mark Pieth, professeur de droit pénal à l’Université de Bâle. 

À cet égard, la Suisse est souvent en retard. Les raffineurs helvétiques - malgré leurs efforts et leur discrétion - sont souvent dans la ligne de mire des groupes de défense des droits de l'homme et de l'environnement qui s'inquiètent de l'empreinte écologique de l'extraction de l'or, des conditions de travail dangereuses dans les mines et, plus généralement, du manque de transparence tout au long de la chaîne d'approvisionnement. 

Il n'existe pas de cadre international régissant l'industrie de l'or. Ce qui s’en rapproche le plus est le Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque. Ces standards de l’OCDE ont donné naissance à un large éventail d'initiatives volontaires de la part de l’industrie. Les lois nationales couvrent l'exploration et l'extraction minières tandis que les réglementations financières s'attaquent au blanchiment d'argent. 

Parmi les initiatives visant à moraliser le secteur, on peut par exemple citer la Better Gold Initiative. Ce partenariat public-privé entre le Secrétariat d’État à l’économie, la Swiss Gold Association - qui regroupe neuf sociétés suisses actives dans le secteur - et la fondation Max Havelaar a notamment lancé un projet au Pérou. 

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