La Fondation Suisse solidaire est menacée

Le parlement doit se prononcer le 22 mars. Keystone Archive

La droite va peser de tout son poids sur le débat autour de l'AVS et de l'or de la BNS sur lequel le parlement doit encore se prononcer.

Ce contenu a été publié le 05 mars 2002 - 12:51

Commentant le «oui» des Suisses à l'adhésion à l'ONU, le conseiller national Christoph Blocher a concédé dimanche soir à la Radio suisse romande qu'il avait perdu une bataille, mais pas la guerre.

Pour lui, l'Association pour une Suisse indépendante et neutre (née du vote négatif sur l'ONU de 1986) conserve aujourd'hui toute sa raison d'être. En d'autres termes, à l'instar de son tribun zurichois, l'Union démocratique du centre (UDC) va désormais tout miser sur la politique intérieure.

D'ailleurs, dans les colonnes du Temps de lundi, le conseiller aux Etats fribourgeois Jean-Claude Cornu lance un avertissement: «l'UDC a perdu le contrôle de la politique extérieure. Mais il faut éviter qu'elle ne prenne le contrôle de la politique intérieure».

Bloquer la route à l'UDC

Entendez: il faut éviter que l'UDC ne monopolise le débat sur l'AVS et l'initiative sur l'or de la BNS, que Christoph Blocher a opposé à la Fondation Suisse solidaire.

Le Conseil national revient sur la question ce mardi et le parlement se prononcera le 22 mars lors du vote final. Un projet que le parti radical s'apprêterait à «killer» durant la session qui vient de s'ouvrir.

Ce projet avait été lancé par l'ancien conseiller fédéral Arnold Koller, il y a tout juste cinq ans, le 5 mars 1997, en pleins remous autour du rôle de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le capital de la fondation serait constitué des intérêts de la vente de l'or excédentaire (1300 tonnes) de la Banque nationale suisse (BNS) et sa mission consisterait à aider les victimes de l'Holocauste.

De longues tractations

Dans son initiative, l'UDC propose de verser l'argent au fonds de l'Assurance vieillesse. Le gouvernement a renoncé à formuler un contre-projet mais soutient celui du parlement. Résultat de longues et laborieuses tractations, ce projet propose de répartir les quelque 750 millions de francs en question entre l'AVS, les cantons et la Fondation suisse solidaire pendant trente ans.

Ainsi dotée de 250 millions de francs par année, la fondation telle que le prévoit le contre-projet aurait pour but d'aider «les êtres humains dans le besoin». Chargée de lutter contre la pauvreté, la maladie et la violence, elle devrait favoriser les jeunes ainsi que des projets en Suisse et à l'étranger.

La pierre d'achoppement porte sur le sort qui sera réservé au capital à l'issue du délai de trente ans. A gauche comme à droite, certains ne cachent plus leur scepticisme.

Le contexte social a changé

Le parti radical, lui, est prêt à faire capoter le projet, surtout depuis que l'état des finances fédérales s'est détérioré. La semaine dernière, Hans Rudolf Merz, président de la Commission financière du conseil des Etats, a estimé que le projet de fondation ne tenait plus la route et qu'il fallait en priorité renflouer les finances publiques.

Hans Rudolf Merz ne l'a pas dit, mais d'autres n'hésitent pas à le laisser entendre: il n'est pas question que l'UDC monopolise l'arène politique. Et encore moins qu'elle profite des fruits de la victoire lorsque le peuple se prononcera sur la question, le 22 septembre prochain.

L'initiative de l'UDC pourrait en effet réunir de nombreux suffrages, à gauche comme à droite, selon divers observateurs. Les socialistes et les milieux syndicaux pourraient recommander le double «oui» (à l'initiative et au contre-projet) en cas de votation populaire.

Pour Franco Cavalli, chef du groupe socialiste au Conseil national, «le contexte social est à nouveau très tendu et le projet de fondation solidaire n'a pratiquement aucune chance devant le peuple».

L'image de la Suisse à l'étranger

Il se pourrait donc que l'on préfère tuer la fondation dans l'œuf plutôt que le projet ne soit balayé par les citoyens, ce qui pourrait écorner à nouveau l'image de la Suisse à l'étranger. Franco Cavalli partage ce réalisme: «il vaut mieux pour notre gouvernement que le projet capote au parlement plutôt que devant le peuple».

En outre, les radicaux sont forcés à un calcul tactique. Ils ne peuvent soutenir l'initiative de l'UDC puisque le contre-projet est soutenu par Kaspar Villiger, ministre des finances... et radical de surcroît.

Verdict le 22 mars lors du vote final des Chambres.

Isabelle Eichenberger

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