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La frontière suisse à pied, en kayak et à vélo



John Harlin III au départ de l’aventure à Leysin. On remarquera les chargeurs solaires sur son casque.

John Harlin III au départ de l’aventure à Leysin. On remarquera les chargeurs solaires sur son casque.

(swissinfo.ch)

L’alpiniste américain John Harlin, vedette du film «The Alps», se lance cette semaine dans une aventure unique: parcourir les 2000 kilomètres de la frontière suisse à pied, en kayak et à vélo, escaladant plusieurs 4000 mètres. swissinfo.ch suit l’aventure.

«Je vais parcourir environ 2000 kilomètres à pied, explique John Harlin III, une carte de Suisse étalée devant lui. Mais si l’on tient compte des montées et des descentes, cela fera probablement davantage…»

Ce montagnard accompli, d’origine américaine mais ayant passé une partie de son enfance à Leysin, dans les Alpes vaudoises, se lance mercredi 23 juin dans une odyssée de trois mois sur la frontière suisse. Originalité du projet: John Harlin entend ne jamais s’éloigner de la «ligne» de la frontière de plus d’un jet de pierre et de ne redescendre dans les villages que pour se procurer ses provisions de route.

Le défi est énorme. Partant de Leysin, John Harlin partira vers les sommets entre la France et la Suisse, vaincra plusieurs 4000 mètres, traversera le massif du Cervin, avant de descendre au sud, vers le Tessin et l’Italie.

Fin juillet, il remontera sur la ligne helvético-autrichienne. Il atteindra le Rhin au Liechtenstein et pagaiera jusqu’à Bâle, avec des détours à la marche à Schaffhouse. Puis il rejoindra Genève en vélo et pagaiera sur le Léman jusqu’à St-Gingolph, dans le canton du Valais, avant de retrouver Leysin, fin septembre.

«Je me sens véritablement chez moi quand je suis en montagne et la Suisse et la capitale des montagnes…», affirme le sportif. «Cela fait très longtemps que j’avais envie de faire cette expérience.»

Rencontres prévues

Pendant son périple, John Harlin rencontrera des collègues alpinistes, des scientifiques, des historiens et bien d’autres personnes (peut-être même vous?) Il souhaite entendre leur(s) histoire(s) et peindre une nouvelle image de la Suisse, tout en détails et en nuances, vue à partir des lignes géographiques, politiques et culturelles qui assurent la cohésion du pays.

Les lecteurs de swissinfo.ch pourront suivre John Harlin dans son aventure, car il s’est équipé d’une foultitude de gadgets électroniques lui permettant de communiquer. Trois «smartphones», des batteries de réserve, des chargeurs solaires et une caméra haute définition font partie de son bagage.

L’alpiniste écrira tous les jours ses comptes-rendus et enverra des vidéos «geotagged» révélant le point topographique exact des prises de vues et des récits. Il sera possible de savoir où il est, à tout moment, grâce à l’un de ses téléphones mobiles équipés de GPS.

Suisse Tourisme, l’organisation de promotion touristique du pays, soutient également l’aventurier. «John est le meilleur ambassadeur qui soit pour la Suisse», s’enthousiasme Roland Baumgartner, de Suisse Tourisme.

«Ses récits peuvent convaincre de futurs touristes de passer quelques jours dans nos fantastiques paysages, ajoute-t-il. Peut-être pas aussi haut que John, mais d’un autre point de vue…»

Drame personnel

John Harlin, 54 ans, n’en est pas à sa première aventure en Suisse, pays qu’il connaît bien. Enfant, il a vécu à Leysin, où sa mère avait obtenu un poste à l’école internationale au début des années 60.

Son père, prénommé John comme lui, avait servi dans l’US Air Force en Allemagne. Il était aussi très connu pour ses exploits de grimpeur dans les Alpes.

«Une fois, nous avons reçu une carte postale adressée à «John Eiger, Switzerland», se souvient John Harlin III. Pour moi, enfant, vivre dans les Alpes vaudoises était féérique. Papa voulait m’emmener sur le Cervin mais cela ne s’est pas fait.»

Le drame survient en 1966. L’enfant a neuf ans lorsque son père dévisse dans la face nord de l’Eiger suite à une rupture de corde. Quelque quatre décennies plus tard, le fils retourne sur les lieux du drame, pour refaire la même escalade. Il y tournera un film.

Réalisé en technologie Imax, le film The Alps – Les Alpes devint un succès planétaire, avec ses paysages grandioses et sa trame dramatique.

Aujourd’hui, le projet «Swiss Border Stories» est très différent. En lieu et place d’acteurs et de scénario, l’aventure sera 100% réelle. «Je me réjouis de raconter une histoire qui n’est pas aussi personnelle que l’était le film, avoue l’alpiniste. C’est juste une bonne et solide aventure.»

Rapide et léger

L’heure du départ approche. John Harlin est très occupé avec les milliers de choses à régler avant pareille aventure. Une amie lui a prêté un étage de sa maison. Tout son matériel est étalé. Piolets, crampons, sa tente ultra-légère, de quoi cuisiner et plus d’électronique que dans un magasin spécialisé !

«Avant de venir ici, je me suis entraîné dans les montagnes du Mexique, où j’habite, grimpant jusqu’à 3000 mètres. Je me suis senti joliment en forme», raconte-t-il, sans fausse modestie. «Ensuite j’ai marché avec un sac pesant environ 16 kilos et il m’a fallu deux fois plus de temps pour tous mes trajets. J’ai compris que je devais être léger. Très léger.»

John Harlin devra aussi être patient, ce qui n’est pas son fort. Les tempêtes souffleront. Le matériel s’épuisera. La nuit tombera au mauvais moment. Parfois, il devra perdre un jour ou deux pour descendre en plaine faire des provisions de nourriture et d’eau.

Multiples inconnues

Son visage buriné reflète le bonheur de l’homme qui s’apprête à marcher sur des arêtes soufflées par le vent, au milieu d’une mer de sommets qui attendent d’être foulés. Mais l’expérience accumulée n’empêche pas les doutes et les incertitudes.

La géologie par exemple: comment traverser sans dommage les crêtes du val Bregaglia entre l’Italie et les Grisons? Et la politique: la frontière bizarrement tracée autour de Schaffhouse l’obligera à revenir à un point où il sera déjà passé. Et culturellement: John Harlin a oublié son allemand et son espagnol a supplanté le français qu’il savait autrefois.

Mais le plus difficile a été de quitter sa femme et sa fille de 14 ans pour une période de trois mois… «Elles m’ont donné ceci», dit-il en montrant une petite boîte remplie de dizaines de petits bouts de papier, un par semaine d’aventure. Sans attendre, John Harlin déplie le premier. Il dit exactement ce qu’un mari et un père veut entendre.

John Harlin n’a pas le temps d’avoir le mal du pays. Des nuages sombres s’amoncellent dans le ciel au dessus du paysage qu’il commencera à traverser ces jours-ci. «Je vais bien m’amuser», dit-il. Et il le pense vraiment.

Tim Neville à Leysin, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Ariane Gigon)

FRONTIERES CHANGEANTES

Cinq voisins. Au centre de l’Europe, la Suisse a des frontières communes avec cinq Etats voisins, sur une longueur totale de 1899 km: la France 572 km, l’Allemagne 362 km, l’Autriche 180 km, la Principauté du Lichtenstein 41 km, et l’Italie 744 km.

Péripéties. Depuis l’avènement de la Suisse moderne, les frontières ont connu plusieurs péripéties. C’est entre 1798 et 1815 que les changements ont été les plus nombreux.

En 1798, les villes alliées Genève et Mulhouse deviennent françaises. En 1802, le Valais est détaché de la République Helvétique. Il restera indépendant quelques années, mais, en 1810, Napoléon l’annexe. La France contrôle alors deux cols très importants, passages vitaux à travers les Alpes: le Simplon et le Grand St-Bernard.

Plus grands. Certaines autres régions s’agrandissent: le Fricktal, ancienne possession autrichienne près du Rhin, à l’est de Bâle, passe du côté suisse. Les Français l’ont envahi en 1799, mais la région est restée dans la République Helvétique en tant que canton. Elle sera ensuite rattachée au canton d’Argovie, à laquelle elle appartient encore aujourd’hui.

Napoléon. Les Grisons changent plusieurs fois de nationalité plusieurs fois, passant de la France à l’Autriche en 1799-1800, puis, à nouveau, à la France. En 1801, Napoléon en fait le 16e canton suisse. Certaines zones sont restées italiennes.

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CLIMAT ET FONTIERES

La frontière sud de la Suisse étant avant tout composée de roche et de glace, les scientifiques prévoient que le changement climatique aura des influences inattendues sur son tracé.

Environ 10% des 750 km de frontière entre la Suisse et l’Italie, traditionnellement marquée par des points sur une crête entre les deux pays, sera affecté par la fonte des glaciers. A certains endroits, ces points seront déplacés d’une centaine de mètres.

Les frontières ont été dessinées selon des descriptions trouvées dans des textes, mais personne ne les a adaptées au fur et à mesure que les glaciers se modifiaient.

L’ingénieur-géomètre Daniel Gutknecht, de l’Office fédéral de la topographie, explique que lorsque la roche sera dégagée de la glace, il sera possible de déterminer des points fixes pour marquer la frontière.

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