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La Lega mène campagne depuis vingt ans

Les deux figures historiques de la Lega dei Ticinesi Giuliano Bignasca (à gauche) et Flavio Maspoli au début des années 1990.

(Keystone)

Patriote et profondément europhobe, c’est ainsi que se définit la «Ligue des Tessinois» (Lega dei Ticinesi) fondée par Giuliano Bignasca. Le mouvement de protestation tessinois, qui a en quelque sorte ouvert la brèche à l’UDC, fêtait tout récemment ses vingt premières années d’existence.

L’acte de fondation de la Lega porte la date du 17 janvier 1991. Le texte ne contient que quelques lignes. A l’époque, trois personnes, dont le défunt député fédéral Flavio Maspoli, élirent l’entrepreneur luganais Giuliano Bignasca président à vie du mouvement. «Ce dernier accepte l’élection», peut-on lire dans ce protocole lapidaire.

Le document ne dit rien des objectifs du mouvement. Il faut préciser que le ton et la ligne  politique étaient déjà largement donnés dans les colonnes de l’hebdomadaire dominical gratuit, «Mattino della Domenica», fondé par Giuliano Bignasca en 1990.

Libéral déçu par son parti, il n’a pas hésité à mettre à profit l’irritation ressentie par de nombreux  citoyens tessinois face au pouvoir d’influence des formations bourgeoises, comme le parti Libéral radical (PLR / droite) et le parti démocrate-chrétien (PDC / centre-droit), notamment dans l’attribution de postes clés dans le canton.

Au cours des premières années, Giuliano Bignasca a souvent dénoncé ce qu’il a appelé la  «partitocrazia» régnante, soit le pouvoir hégémonique des partis aux mains des grandes familles du canton qui devait selon lui être rompu. Et à ce jour encore, la Ligue des Tessinois passe pour le mouvement qui défend les intérêts des «petites gens».

Diktat politique

Et quels sont les résultats de la Lega au cours de ses deux décennies d’existence? «Elle a dicté l’agenda politique et établi la hiérarchie des thèmes prioritaires», répond le politologue Oscar Mazzoleni, de l’université de Lausanne.

Ainsi, dans les années 90, le mouvement a donné le ton s’agissant du débat sur les étrangers, sur l’Europe ou encore sur la baisse fiscale. Sous cet angle, la Lega peut être considérée comme un mouvement régional précurseur de la ligne défendue aujourd’hui par l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice), qui est parvenue à dominer la scène politique alémanique notamment à travers son leader Christoph Blocher.

Il n’en demeure pas moins que des divergences importantes opposent ces deux partis de droite. Ainsi la Lega s’affirme-t-elle de la «droite sociale». Elle exprime effectivement une certaine sensibilité pour les thématiques sociales. Ainsi, en marge de ses revendications pour une baisse fiscale et la réduction de la bureaucratie, le mouvement tessinois se bat aussi en faveur d’une treizième rente AVS pour les retraités du canton, ou encore pour une caisse maladie cantonale.

Non conventionnelle

Mais la Lega est aussi restée un parti non conventionnel, tout comme son patron, Giuliano Bignasca. Seul un cercle restreint de personnes a voix au chapitre sur la destinée du mouvement. Il s’agit notamment, du ministre cantonal Marco Borradori, en quelque sorte l’enfant sage du parti, du député fédéral Norman Gobbi et du conseiller communal luganais et député au Parlement cantonal, Lorenzo Quadri.

A cela s’ajoute que le mouvement n’organise ni congrès, ni assemblées. Son tonitruant président estime qu’il ne s’agit que de «blabla» inutile, comme il l’a déclaré à swissinfo.ch: «Nous n’avons pas besoin de congrès, parce que tous les dimanche nous avons le Mattino pour nous faire entendre». Et le programme est on ne peut plus clair: non à l’UE, Oui au secret bancaire et «le Tessin aux Tessinois».

L’existence de la Lega serait d’ailleurs difficilement imaginable sans son organe dominical. «Le Mattino c’est la Lega, et la Lega c’est Bignasca», résume Oscar Mazzoleni. Ce journal au ton délibérément direct, parfois même vulgaire, lui donne une longueur d’avance sur les autres partis: «La Lega est sans cesse en campagne».

Quelque 70’000 lecteurs se penchent tous les dimanches sur les colonnes de cet hebdomadaire qui ne survivrait pas sans la manne financière de son fondateur. Giuliano Bignasca affirme débourser personnellement 200’000 à 300’000 francs par année pour assurer le financement du Mattino.

Violentes critiques

Autant l’électorat de la Lega aime le mouvement, autant ce dernier suscite la haine des autres partis politiques. Qui n’ont pourtant pas d’autre choix que de composer avec sa présence et de trouver des compromis avec le mouvement. Le sénateur démocrate-chrétien tessinois Filippo Lombardi, affaibli notamment par des infractions au code de la route, lui doit d’ailleurs en partie sa réélection à la Chambre haute du Parlement en 2007.

Parmi les critiques récurrentes dont la Lega fait l’objet, on reproche régulièrement aux dirigeants du mouvement d’avoir envenimé le débat politique au sud des Alpes et d’avoir fait de la grossièreté la règle. Le sénateur libéral-radical Dick Marty et la députée démocrate-chrétienne Chiara Simoneschi-Cortesi ont d’ailleurs réitéré leurs appels en faveur d’un plus grand courage civil, pour  combattre les méthodes du Mattino della Domenica et de la Lega.

L’un des plus virulents détracteurs du mouvement de Giuliano Bignasca est le parti socialiste tessinois. Son président cantonal, Manuele Bertoli, demande à la Lega d’agir et de combler le clivage qui sépare ses slogans des faits concrets. Il souligne les contradictions du mouvement, qui plaide à la fois pour une réduction des impôts et un élargissement des prestations sociales.

Peu d’écho national

De par sa structure de mouvement régional italophone, la Lega n’est jamais parvenue à se faire une place sur l’échiquier politique national. Et si la formation tessinoise entretient des contacts avec le «Mouvement citoyen genevois», l’idée d’une alliance nationale de droite entre ces deux partis a néanmoins été écartée «parce qu’ici au Tessin, nous avons décidé de nous allier à l’UDC», explique Giuliano Bignasca.

Avec un député (et même deux il y a quelques années), la Lega n’a jamais atteint une taille décisive sous la Coupole fédérale. Et selon les objets à défendre, elle a tour à tour rejoint le Parti des automobilistes, des Démocrates suisses ou l’UDC.

Ceux qui en avaient prédit la fin certaine à plusieurs reprises se sont trompés. A chaque fois, Giuliano Bignasca est reparti au combat de plus belle, avec une conviction inébranlable: «Si c’était à refaire, je referais exactement pareil».

Giuliano Bignasca

Lugano. Né en avril 1945, il a grandi à Lugano.

Construction. Après avoir interrompu un apprentissage de technicien de la construction, il entre dans la marbrerie paternelle. Avec les années, il transforme l’entreprise en petit empire de la construction.

Empire. Dans les années 70, avec son frère Attilio, il gagne d’importantes sommes d’argent en exportant de la pierre naturelle de Genève à destination de l’Afrique. A Lugano, les frères Bignasca sont propriétaires de plusieurs entreprises de construction et de nombreux objets immobiliers.

Député. Giuliano Bignasca a été élu deux fois au à la Chambre basse du Parlement (1994/95 et 1999-2003), mais ne s’y est jamais senti à l’aise, notamment parce qu’il ne maîtrise pas l’allemand. Par contre, il dit assumer volontiers sa fonction de conseiller communal de la ville de Lugano (depuis 2002).

Drogue. Il y a vingt ans déjà, sa consommation de cocaïne était de notoriété publique. Un exemple qu’il dit aujourd’hui préférable de ne pas suivre.

Justice. Sa consommation de drogue et ses diffamations lui ont déjà valu d’être condamné par la justice.

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Dates importantes

18 mars 1990: Sortie du premier numéro de l’hebdomadaire gratuit, Mattino della Domenica.

17 janvier 1991: Naissance officielle de la Lega dei Ticinesi. Giuliano Bignasca est élu président à vie.

14 avril 1991: La Lega participe pour la première fois aux élections cantonales. elle décroche 12,8% des voix au Parlement.

20 octobre 1991:  Lors des élections fédérales, deux membres de la Lega décrochent 2 des 8 sièges pour le Tessin. Il s’agit de Marco Borradori et de Flavio Maspoli qui font leur entrée au Conseil national.

12 juin 1994: Suite à un référendum, le peuple suisse donne raison à la Lega et refuse d’envoyer des casques bleus à l’étranger.

Avril 1995: La Lega fait son entrée au gouvernement tessinois. Marco Borradori devient l’un des 5 membres du gouvernement.

Avril 2007: Contrairement à toutes les prévisions, la Lega fait un bond spectaculaire et s’arroge 24% des sièges au Parlement cantonal. Giuliano Bignasca célèbre sa victoire en tirant des coups de fusil depuis le siège du mouvement à Lugano.

2010: Echec de l’initiative de la Lega qui veut inscrire la protection du secret bancaire dans la Constitution suisse.

Avril 2011: Le ministre cantonal Marco Borradori brigue un cinquième mandat lors des prochaines élections cantonales.

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(Traduction de l'italien: Nicole della Pietra), swissinfo.ch

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