La piste du trafic de drogue se confirme

Pour l'instant, Peter Friedrich est inculpé de blanchiment et de faux dans les titres. Pas de trafic de drogue. Keystone Archive

Evoqué dès l'arrestation de Peter Friederich, l'ambassadeur de Suisse au Luxembourg, le trafic de drogue est confirmé par le Tribunal fédéral.

Ce contenu a été publié le 31 juillet 2002 - 16:46

Le 11 juillet dernier, alors que le Ministère public de la Confédération (MPC) annonce l'arrestation de Peter Friederich, l'ambassadeur de Suisse au Luxembourg, l'Agence France Presse à Luxembourg, citant une «source sûre», évoque une «enquête de grande envergure liée au blanchiment d'argent de la drogue».

Jusqu'ici, cette information n'avait été ni confirmée, ni infirmée. Désormais, c'est chose faite.

Mercredi, la Chambre d'accusation du Tribunal fédéral - la plus haute instance judiciaire du pays -redonne du poids à cette piste.

Elle souligne que les principaux bénéficiaires des comptes alimentés par Peter Friederich, étaient connus des autorités de poursuite pénale, notamment dans le domaine du trafic de stupéfiants.

Ce n'est pas l'affaire du siècle

Selon la Chambre d'accusation, Peter Friederich, 60 ans, actuellement suspendu, a déposé entre août et décembre 2001 sur son compte dans une banque luxembourgeoise plusieurs centaines de milliers de dollars en différentes devises.

Pourquoi l'affaire Friederich est-elle si compliquée? Certes, Peter Friederich est diplomate. Mais c'est «dans le cadre de transactions privées» que l'ambassadeur de Suisse au Luxembourg aurait géré des sommes d'origine douteuse.

Pour le moment, cette opération est estimée à 750.000 dollars, soit 1,1 million de francs. Ce n'est pas l'affaire du siècle.

Toujours pas de juge d'instruction

Dans ces conditions, le mutisme du Ministère public de la Confédération étonne. Est-il nécessaire de maintenir cet ambassadeur au secret et de cacher une partie du dossier à son avocat?

De plus, comme tout citoyen, Peter Friederich aurait dû être présenté à un juge d'instruction. Ce n'est toujours pas le cas, et pour cette erreur, la Suisse risque d'être montrée du doigt par la Cour européenne des droits de l'homme.

L'ancien ambassadeur de Suisse au Luxembourg n'est inculpé que de «blanchiment d'argent» et de «faux dans les titres». Et non pas de trafic de drogue.

Or, dans ce genre d'opérations, la police et la justice tentent d'arrêter d'abord les criminels, avant de s'intéresser à leurs complices, les blanchisseurs.

En relations avec la CIA

Dans l'affaire Friederich, il se passe exactement le contraire. Alors que l'ambassadeur est en prison depuis trois semaines, ce n'est que maintenant qu'une personne «qui aurait remis de l'argent à Peter Friederich» est interrogée. Par ailleurs, le MPC a adressé une commission rogatoire internationale en Espagne.

swissinfo peut confirmer que Peter Friederich s'entretenait fréquemment avec des interlocuteurs en Espagne, au Mexique et en France.

Intelligence Online, une lettre confidentielle éditée à Paris, spécialisée sur le monde du renseignement, affirme dans sa dernière édition que l'ambassadeur de Suisse au Luxembourg était en contact avec la CIA.

Cette publication laisse entendre que les services américains, qui font parfois financer certaines de leurs opérations secrètes par de l'argent noir, auraient pu réclamer l'aide de Peter Friederich, connu pour son habileté financière.

Ce diplomate était en poste au Vietnam et à Cuba, deux pays dont les intérêts économiques américains sont représentés par la Suisse.

Il reste à savoir si les opérations «spéciales» que menait Peter Friederich se faisaient dans le dos ou avec l'accord du Département fédéral des Affaires étrangères.

swissinfo/Ian Hamel

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