La série noire continue

Le président Leuenberger (au premier plan) a fait part de son amertume ce dimanche à Kloten où il était avec le patron de Crossair André Dosé (à g.) et celui de l'aéroport Josef Felder. Keystone

Après Zoug, Swissair et le Gothard, la Suisse vit une nouvelle catastrophe. L'aviation civile helvétique est touchée de plein fouet, au pire moment.

Ce contenu a été publié le 26 novembre 2001 - 08:41

«Quand cela va t-il s'arrêter?» C'est Moritz Leuenberger qui pose la question. Nous sommes à Kloten, en bord de piste de l'aéroport de Zurich. Un peu plus de 12 heures auparavant, un avion de Crossair en provenance de Berlin, en phase d'atterrissage, s'est écrasé à quelques kilomètres de là. Bilan: 10 morts, 14 disparus, 9 blessés.

Le président de la Confédération, dimanche à la mi-journée, s'est déplacé, pour parler à la presse, puis visiter les lieux de la catastrophe. Il ne cache pas son amertume: «Il s'agit de la cinquième grosse catastrophe, survenue dans un laps de temps très court. C'est le pays tout entier qui est éprouvé.»

Le secteur aérien touché de plein fouet

Cet accident d'avion, la Suisse n'en avait certes pas besoin. Il survient après le choc mondial du 11 septembre, le traumatisme de la tuerie de Zoug, en pleine séance du Parlement, l'effondrement financier de la compagnie Swissair, ainsi que le tragique incendie du tunnel routier du Gothard.

Les Suisses vont sans doute être ébranlés par cette série noire. Mais c'est évidemment l'aviation civile helvétique qui est frappée de plein fouet par cette nouvelle catastrophe. Un secteur déjà sonné et en pleine recomposition, après la débâcle de la compagnie nationale.

Deux crashs en deux ans

Depuis, c'est justement Crossair qui était porteuse d'espoir. C'est elle qui a reçu pour mission de servir de modèle, d'intégrer des pans entiers de Swissair et de faire renaître, d'ici au printemps, une grande compagnie aérienne suisse. Le Parlement fédéral vient d'approuver pour cela un paquet d'aide pour plus de 2 milliards de francs.

Cet accident n'est que le second qu'a à déplorer la compagnie, née en 1979 à Bâle. Mais il suit de moins de deux ans le crash d'un premier appareil, peu après son décollage de Zurich, en janvier 2000. Les sept passagers, et trois membres d'équipage, avaient alors péri.

Besoin de confiance

Cette nouvelle tragédie survient donc au pire moment, alors que Crossair a besoin plus que jamais d'inciter à la confiance: celle de ses passagers et des ses employés, actuels et futurs, celle aussi de l'ensemble de la population, appelée à soutenir l'ensemble du projet, baptisé Phénix.

Ce processus de métamorphose de l'aviation civile suisse pourrait-il être stoppé? Le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, a été clair: «Nous devons poursuivre nos projets avec Crossair, parce que nous avons besoin d'un futur, également dans ce domaine du transport aérien.»

Conséquence de l'accord aérien avec l'Allemagne

Enfin, le drame de samedi réveille encore un mauvais souvenir, celui du long bras de fer auquel se sont livrés l'Allemagne et la Suisse à propos des nuisances de l'aéroport de Zurich. Conséquence de l'accord finalement signé le 18 octobre entre les deux pays: les avions atterrissant à Kloten après 22 heures n'empruntent pas le couloir habituel, venant du nord, mais un couloir venant de l'ouest.

C'est cette dernière route qu'a suivi l'avion de Crossair, avant de s'écraser. Moritz Leuenberger a voulu dimanche couper court à toute nouvelle polémique autour de l'accord aérien avec l'Allemagne. «Cette procédure existe depuis 20 ans» a déclaré le président de la Confédération, en soulignant que le système d'approche de cette piste offrait toutes les garanties de sécurité.

Pierre Gobet, Kloten

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