Démocratie directe

La Suisse, une démocratie à deux vitesses

La Suisse est une démocratie reconnue. Mais une démocratie pleine et entière depuis 1971 seulement, moment où les hommes ont consenti au vote des femmes. En revanche, les étrangers - soit le quart des 8,6 millions d’habitants que compte le pays - n’ont aucun droit politique sur le plan fédéral.

Ce contenu a été publié le 12 mars 2020 - 17:28
Philip Schaufelberger (illustration)

Les étrangers payent des impôts ainsi que des cotisations aux systèmes des retraites et de l’assurance chômage. Leur consommation fait également tourner l’économie nationale. Mais ce quart de la population est privé de droits politiques, ce qui en fait des citoyens de seconde zone. 

Paola Palmieri en fait partie. «Je suis née à Bâle en 1977. La date d’inscription sur ma carte d’identité est celle de ma naissance. J’ai fait toutes mes écoles dans cette ville, j'y suis à la maison», explique-t-elle. Pourtant, Paola ne peut exprimer ses choix politiques qu’en Italie, d’où viennent ses parents. Car, en Suisse, les droits politiques au niveau national dépendent de la citoyenneté. 

À l’échelon étatique inférieur, la situation diffère quelque peu. Deux des vingt-six cantons - Neuchâtel et le Jura - accordent le droit de vote et d’élection aux étrangers sur le plan cantonal. 

Et sur le plan communal - troisième niveau de la Suisse fédéraliste - cinq cantons octroient des droits de participation politique à celles et ceux qui ne possèdent pas le passeport suisse. En plus du Jura et de Neuchâtel, il s’agit de Fribourg, Vaud et Genève. On observe donc un fossé entre la Suisse francophone et le reste du pays, sous l’angle du droit de vote des étrangers. 

Cela dit, trois cantons alémaniques - Appenzell Rhodes-Extérieures, Bâle-Ville et les Grisons - accordent à leurs communes la compétence de concéder ce droit de vote à «leurs» étrangers. 

Au total, les habitants du pays ne jouissant pas du passeport suisse peuvent participer au système politique helvétique dans 600 des 2202 communes du pays. 

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Mais à l’échelle nationale, le vote des étrangers n’a aucune chance d'aboutir. «Qui n’a pas le passeport rouge à croix blanche n’a pas voix au chapitre»: telle est la position majoritaire au centre et à droite. «Le droit de vote en Suisse ne doit pas être gratuit mais découler d’un engagement, la naturalisation», estime Thomas Burgherr, conseiller national de l’Union démocratique du centre (UDC), parti de la droite conservatrice. 

Dans cette situation, les pragmatiques concentrent leurs efforts sur l’échelon communal. Parmi eux, Joachim Blatter, professeur de sciences politiques à l’Université de Lucerne. La Suisse exclut de son système politique davantage de gens que la plupart des autres pays européens, souligne-t-il. Et de plaider pour un droit de vote accordé à quiconque vivrait depuis au moins cinq ans au sein d’une commune.  

Joachim Blatter s’inscrit dans une dynamique qui se manifeste notamment dans les villes. À Zurich et Bâle en particulier. Mais le droit de vote des étrangers est aussi débattu dans les régions de montagne. À Saint-Moritz, par exemple.  

Sur le Plateau, la commune abritant l’aéroport de Kloten organise pour sa part une Landsgemeinde pour tous - Suisses et étrangers, y compris les enfants et les jeunes qui n’ont pas encore 18 ans et le droit de voter. 

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