La Suisse peut faire plus pour le soja durable

La Suisse a importé environ 260 000 tonnes de soja l'année dernière. Keystone / Andre Penner

Le pays alpin est le berceau de l’industrie du soja durable. Mais son impact mondial reste forcément limité, à moins que les entreprises de produits de base basées en Suisse ne s’y joignent. 

Ce contenu a été publié le 02 août 2020 - 10:00

L’année 2020 entrera dans l’histoire pour toutes les mauvaises raisons. Mais il y a aussi de quoi de se réjouir dans les milieux suisses du développement durable. Créé en 2010 pour soutenir la culture du soja durable, le Réseau  suisse pour le soja fête ses dix ans d’existence. 

L’histoire a commencé encore plus tôt, en 2004, lorsque la chaîne suisse de supermarchés Coop s’est associée au WWF Suisse et à ProForest pour élaborer les «Critères de Bâle pour une culture du soja responsable». C’était la première fois qu’étaient définis des critères minimums cadrant une production de soja responsable sur le plan environnemental, social et économique. 

Ce fut un moment important pour ce mouvement, car la production de soja se développait rapidement dans le monde entier, sans égard pour la déforestation, les droits fonciers et peu concernée par l’utilisation aveugle de pesticides. Et c’est la prise de conscience et l’activisme des consommateurs qui ont poussé les producteurs et les entreprises à changer la donne. 

«Les entreprises responsables qui achètent du soja et des produits à base de soja veulent être sûres qu’elles ne contribuent pas à ces impacts négatifs, tandis que les producteurs de soja responsables ont besoin d’un mécanisme pour rassurer leurs clients sur le fait qu’ils agissent de manière responsable», explique le rapport 2004. 

Les critères de Bâle ont contribué à jeter les bases de cette démarche, conduisant à la création de la Table ronde pour un soja responsable (RTRS) à Zurich en 2006. Cette même année, la Suisse a importé pour la première fois 1000 tonnes de farine de soja certifiée. En 2010, le Réseau suisse du soja est né et compte aujourd’hui 29 membres, dont les détaillants Migros, Coop, Denner et Lidl, l’Union suisse des paysans, l’Association suisse des fabricants d’aliments pour animaux et le WWF Suisse.

Relever la barre

Les chiffres publiés ce mois-ci par le Réseau montrent qu’en 2019, la Suisse a importé environ 260’000 tonnes de soja. La moitié de cette quantité provenait d’Europe et l’autre moitié du Brésil. Environ 95% du soja importé provenait d’une culture durable, selon le Réseau suisse du soja.

Une étude commandée par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et réalisée par la Haute École d’agriculture, de sylviculture et d’alimentation de Berne a montré que les critères ont eu un impact positif. Selon l’étude, les normes de durabilité fixées par Proterra et la Table ronde sur le soja responsable garantissent que les importations suisses de soja proviennent de régions exemptes de déforestation, de conditions de travail problématiques ou de conflits avec les communautés locales. 

Selon l’étude, les producteurs brésiliens et les entreprises agricoles internationales ont répondu à la demande de la Suisse en matière de soja durable et proposent des fèves de soja certifiées et sans OGM. Cela montre que la Suisse peut influencer la chaîne d’approvisionnement mondiale malgré sa faible part de marché, affirment les chercheurs. Ils conseillent au réseau de développer davantage les normes déjà en place et de partager son expérience avec les parties prenantes européennes, afin que le soja durable certifié puisse être plus largement accepté. 

Critiques

Mais tout le monde n’adhère pas à l’affirmation du Réseau suisse du soja selon laquelle 95% des importations suisses de soja proviennent de la culture durable.

«C’est peu probable – peut-être pas les chiffres en tant que tels, mais la définition ou les critères de la durabilité», déclare Silvie Lang, spécialiste des matières premières pour l’ONG suisse Public Eye.  

Selon l’ONG, la Table ronde sur un soja responsable propose deux options pour le soja certifié durable. Il y a la séparation, qui est un système de certification des primes qui consiste à séparer le soja durable du soja conventionnel tout au long du processus, de la ferme au produit final. Le bilan de masse est l’autre option, moins coûteuse, dans laquelle le soja est mélangé, mais revendu dans les bonnes proportions. On ne sait pas exactement quelle proportion des importations suisses entre dans chaque catégorie. 

Une autre critique, également soulevée dans l’étude, concerne l’utilisation des pesticides. Selon Silvie Lang, la majeure partie des pesticides au Brésil sont utilisés pour les cultures de soja, de maïs et de canne à sucre. En 2017, les pesticides appliqués sur le soja représentaient 52% des ventes de pesticides dans le pays. Le Paraquat, un pesticide très dangereux interdit dans plus de 50 pays, est également interdit dans le cadre du RTRS, mais il existe une clause d’exemption dans la norme de certification.

«Tant que le Paraquat et d’autres pesticides très dangereux seront autorisés dans le cadre du RTRS, le soja ne pourra pas être considéré comme durable», souligne Silvie Lang. 

Les affirmations de l’étude selon lesquelles la demande suisse de soja durable influence les chaînes d’approvisionnement mondiales suscitent également un certain scepticisme. Silvie Lang attribue cette situation à la pression exercée par l’Union européenne, qui dispose d’un pouvoir d’achat nettement plus important que la Suisse. Cependant, un domaine dans lequel la Suisse a la possibilité de faire une différence au niveau mondial est d’amener les entreprises de matières premières basées en Suisse – qui commercialisent des millions de tonnes de soja pour les marchés mondiaux – de favoriser le soja durable.

«La Suisse est l’une des plus grandes, voire la plus grande plaque tournante du commerce des matières premières non agricoles. Son influence sur les marchés des matières premières durables pourrait donc être beaucoup, beaucoup plus importante que les importations suisses», estime Silvie Lang.

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