La victoire en équipe

Jörg Schild, autrefois international de handball, aujourd'hui chef du sport suisse. Keystone

Pour Jörg Schild, président de Swiss Olympic, la Suisse a besoin de grandes manifestations sportives. Sa recette: mieux mobiliser le politique et l'économie.

Ce contenu a été publié le 15 janvier 2006 - 10:08

Au sein de son association faîtière, qui compte 82 membres, le nouveau patron de Swiss Olympic souhaite une concentration des moyens. Il l'a dit à swissinfo.

swissinfo: Vous avez été handballeur de haut niveau. Quelles relations avez-vous aujourd'hui avec le monde du sport?

Jörg Schild: Je suis un supporter du FC Bâle et de l'équipe nationale de football; je pratique le ski et joue au golf. Je ne peux en revanche pas faire de jogging, car la pratique intensive du handball sur sol bétonné comme cela se faisait autrefois, s'est terminée pour moi par trois articulations artificielles.

swissinfo: Les jeux olympiques d'hiver sont pour bientôt. Le choix s'est porté sur Turin au détriment de Sion. Deux autres candidatures suisses, Berne et Zurich, ont lamentablement échoué. L'aventure olympique est-elle pour la Suisse inéluctablement vouée à l'échec?

J.S.: Non, il n'y aucune raison de se décourager. La candidature malheureuse de Sion pêchait par manque de préparation. Si nous voulons attirer en Suisse des manifestations de cette ampleur, les possibilités d'un comité régional sont trop limitées pour mobiliser tout un pays et en particulier le monde politique et l'économie.

swissinfo: En Suisse, on a tendance à sous-estimer l'impact des grandes manifestations sportives. Peut-on faire évoluer les mentalités dans ce domaine?

J.S.: Lorsque notre équipe nationale de football remporte un match, c'est tout un pays qui vibre et crie victoire. Certaines grandes rencontres sportives comme le Lauberhorn, Swiss Indoors ou le meeting Letzigrund nourrissent notre fierté nationale.

Mais pour que de telles rencontres sportives restent en Suisse, une large adhésion de la population et du monde politique sont indispensables. Je pense qu'à ce niveau, on peut mieux faire. En tant que responsable de la coordination du sport en Suisse, ma tâche est de mieux vendre le sport et de faire davantage de lobbying en faveur de cette activité.

swissinfo: Les quatre cantons et villes impliqués dans l'Euro 2008 refusent de payer la facture des mesures de sécurité qui a brutalement dépassé toutes les prévisions. Comment corriger le tir?

J.S.: La manière abrupte avec lesquelles les villes organisatrices ont été mises au pied du mur n'était pas des plus adroites. Néanmoins, on peut aussi se mettre autour d'une table et discuter des problèmes. Chez nous, chacun veut avoir son mot à dire. Résultat, c'est l'ensemble du sport suisse qui s'est trouvé discrédité dans cette affaire.

swissinfo: Les moqueries suscitées chez nos partenaires européens par ces couacs ne contribuent pas vraiment à créer le climat de professionnalisme et de sérieux qu'il faut pour organiser une manifestation d'une telle ampleur?

J.S.: Effectivement, je vous donne tout à fait raison sur ce point. Parfois, j'ai l'impression que nous allons trop bien, nous faisons des caprices d'enfants gâtés. Tout est une question d'attitude, un peu comme le verre que le pessimiste voit à moitié vide tandis que l'optimiste le voit à moitié plein.

swissinfo: Swiss Olympic et l'Office fédéral du sport ont la haute main sur le sport suisse. Quelles relations ces deux instances doivent-elles entretenir pour qu'il en résulte un duo efficace?

J.S.: Chacun ne doit pas vouloir tout faire seul. Il faut clairement séparer les tâches, éviter les chevauchements.

Cet esprit de collaboration en faveur du sport va bien au-delà de cette dimension institutionnelle. Le sport suisse de l'avenir repose sur quatre piliers: la Confédération, Swiss Olympic, la politique et l'économie. Sans ces deux derniers, nous n'avons aucune chance.

swissinfo: Vous êtes connu du monde politique. Qu'en est-il de vos relations avec celui de l'économie?

J.S.: J'ai siégé pendant 14 ans au sein de l'exécutif de la région économique de Bâle. Et, dans ma fonction de président des directeurs cantonaux de justice et police, j'avais mes entrées non seulement au département de la Justice mais aussi au Parlement. J'ai donc pu tisser d'excellentes relations avec l'économie.

swissinfo: Des voix s'élèvent pour demander que le sport suisse cesse sa politique de soutien financier tous azimuts et se concentre sur certaines disciplines potentiellement porteuses de médailles. Est-ce là la recette du succès?

J.S.: Je suis totalement opposé au principe du soutien tous azimuts et j'aborderai ce point avec les fédérations lors de mes entretiens avec elles. Les attentes divergent fondamentalement entre des partenaires aussi divers que les fédérations de football, de hockey sur glace, de ski, des sentiers pédestres et des scouts, qui toutes font partie de notre association.

swissinfo: Compte tenu de cette diversité, une concentration des forces et des moyens est-elle possible?

J.S.: J'ai appris en politique qu'en voulant contenter tout le monde, on ne satisfait personne. J'ai confiance que nous allons trouver une solution.

swissinfo: Venons-en au problème des hooligans dans les stades. La législation anti-hooligan qui vient d'être adoptée doit-elle perdurer après l'Euro 2008?

J.S.: Je déplore profondément qu'une petite minorité nous oblige à adopter de telles lois. Mais il ne peut en aller autrement, notamment si nous voulons maintenir la crédibilité du sport. Je préférerais qu'on limite la validité de cette législation à l'Euro 2008 et que l'on se donne le temps de dresser un bilan. Si cela s'avère nécessaire, on pourra lui donner un caractère définitif.

swissinfo: L'Euro de football est la troisième plus importante manifestation sportive de la planète. Que peut apporter l'Euro 2008 à la Suisse?

J.S.: D'une part, un certain enthousiasme pour le sport, nourri par les bons résultats de mon équipe favorite. Mais aussi la fierté d'avoir été les acteurs d'un grand événement.

L'expérience le montre: de telles grandes manifestations se soldent toujours par un bénéfice pour les pays organisateurs: que ce soit pour les petites et moyennes entreprises, le tourisme, la restauration, le commerce. Il n'est pas rare que la conjoncture connaisse un renversement de tendance.

Au lieu de nous lamenter sur ce que cela va nous coûter, nous devrions plutôt nous demander ce que le sport peut nous apporter. Une telle manifestation peut nous apporter des bénéfices tangibles.

Interview swissinfo, Renat Künzi
(Traduction de l'allemand: Bertrand Baumann)

Faits

Depuis le 1er janvier 2006, Jörg Schild est le nouveau président de Swiss Olympic (SO).
Ce politicien radical (PRD / droite) restera dans ses fonctions de directeur de la Police du canton de Bâle-Ville jusqu'en mars 2006.
Jörg Schild a été l'un des meilleurs handballeurs de son époque; de 1967 à 1973, il a été membre de l'équipe nationale.
Swiss Olympic est l'organisation faîtière du sport suisse.
Elle compte 82 fédérations sportives qui comptent plus de 27'000 associations.
Les associations sportives locales rassemblent plus de 3,2 millions de personnes en Suisse.

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