Le débat sécuritaire prend un tour nouveau

Christian Levrat, président du PS, a défendu son projet sécuritaire. Keystone

Les socialistes suisses abordent une approche plus pragmatique en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité car ils veulent donner un tour nouveau au débat jusqu'ici monopolisé par la droite.

Ce contenu a été publié le 01 novembre 2008 - 12:01

Le document approuvé le week-end dernier par l'assemblée générale du Parti socialiste (PS) s'aligne sur les positions de ses pairs européens, estime le politologue Georg Lutz, de l'Université de Lausanne.

Le deuxième parti politique de Suisse, derrière les nationalistes de l'Union démocratique du centre (UDC), s'est prononcé en faveur de l'expulsion des étrangers condamnés pour crimes graves.

Les délégués ont également approuvé l'utilisation de caméras de surveillance dans les espaces publics en cas de nécessité et l'augmentation des effectifs de la police et des gardes-frontière.

Ce texte très controversé au sein de ce parti de gauche a été revu et corrigé plusieurs fois depuis la publication d'une première version en juin dernier. L'opinion publique est très divisée par ce changement de cap. Certains y voient un pas dans la bonne direction, une reconnaissance de la réalité et des préoccupations de nombreux citoyens en matière de criminalité.

Parmi les critiques cependant, certains estiment qu'il ne s'agit que d'une demi-mesure décidée du bout des lèvres et d'autres qu'il n'y a rien à gagner en se lançant dans ce débat.

swissinfo: L'adoption de ce document constitue-t-elle véritablement un tournant pour le PS?

Georg Lutz: C'est la première fois que ce parti a pris position sur un sujet qu'il a toujours soigneusement évité dans le passé. La réponse standard était que le problème sécuritaire était exagéré et que le réponses n'apportaient rien de concret.

Maintenant, le PS a revu sa position et adopté un texte qui peut servir d'agenda politique.

Jusqu'ici, la stratégie se bornait traditionnellement à dire qu'il n'y avait rien à gagner à élargir le débat sur la sécurité publique et que cela ne servait qu'à faire le jeu de la droite dure de l'UDC.

C'est un sujet délicat pour les socialistes parce qu'il provoque des conflits internes, ce que le pari tente d'éviter.

swissinfo: Cette décision est-elle plus qu'une façon de regagner des partisans qui se sont détournés de la gauche pour voter à droite?

G. L.: Le Parti socialiste se devait de réagir après sa défaite aux élections fédérales de l'année dernière. Et donc d''offrir des réponses aux soucis de larges couches de la population.

Les socialistes préféreraient certainement se cantonner à des thèmes sociaux , mais l'agenda politique a été défini par les autres parties, lesquels ont mis la priorité sur la sécurité et la criminalité des étrangers.

Cela dit, je doute fort que le parti se concentre sur ces thèmes dans ses campagnes: Il y en a bien d'autres, et la crise financière globale comme la récession ne sont pas des moindres. Là, il y a beaucoup plus à gagner.

swissinfo: Y a-t-il un risque que les socialistes optent pour une ligne dure en matière de sécurité et s'alignent sur celle de l'UDC, comme certains membres de l'extrême gauche le leur reprochent?

G. L.: C'est un peu acrobatique de fournir des réponses en éviter une approche purement populiste – comme c'est le cas de certains partis de droite – tout en faisant montre d'une véritable préoccupation.

Auparavant, le PS s'était vu reprocher de ne pas prendre au sérieux les questions sécuritaires, voire même de les ignorer. Dans une certaine mesure, il n'avait pas d'autre choix que de tenir compte de ces critiques.

swissinfo: La direction du parti est-elle crédible lorsqu'elle dit, dans son communiqué, qu'elle a toujours été consciente du problème sécuritaire mais n'a pas su le communiquer?

G. L.: Je pense que le pari essayait d'éviter le sujet et de prendre une position claire parce que les membres sont très divisé en matière de sécurité.

Deux membres du parti zurichois qui avaient fait campagne sur des thèmes sécuritaires aux élections de l'année dernière ont été vivement critiqués à l'interne, mais tous deux ont gagné un siège à la Chambre du peuple.

La nouveauté, aujourd'hui, est que la direction du parti a ouvert le débat.

swissinfo: Où se situe le Parti socialiste suisse en matière de politique sécuritaire par rapport à ses pairs européens?

G. L.: Sur ce sujet, les socialistes suisse se situaient plus à gauche que les européens, qui se sont montrés plus empressés à aborder la sécurité et à faire des ouvertures en direction des partis du centre.

Il semble que le PS s'éloigne maintenant de cette approche idéologique dans laquelle il s'est longtemps cantonné pour adopter une approche pragmatique.

Mais le débat sur la sécurité et la criminalité n'est pas partout le même. Il y a des pays où il n'est pas dominé par la droite populiste mais se déroule sur un niveau beaucoup plus large, comme par exemple en Scandinavie.

Il me semble que la stratégie des socialistes suisses est très intelligente. Ils veulent imprimer leur propre marque au débat.

swissinfo, Urs Geiser
(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)

En bref

L'Union démocratique du centre (UDC) exige l'expulsion automatique des étrangers criminels ou coupables d'abus de l'aide sociale.

En février, ce parti nationaliste a récolté suffisamment de signatures pour que le sujet soit soumis en votation fédérale. Son projet suscite des critiques de la part des autres partis, du gouvernement ainsi que de la Commission fédérale contre le racisme.

Le Parti socialiste (centre gauche) est le parti qui a perdu le plus de plumes lors des élections fédérales de 2007: il a perdu 4% des suffrages pour atteindre 19,5%, soit 9,5% de moins que l'UDC.

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