‘Coolcation’: la fraîcheur devient un argument touristique en Suisse
Lors des journées de canicule, nombreuses sont les personnes qui prennent de l'altitude pour trouver un peu de fraîcheur. À l'avenir, le tourisme estival pourrait représenter une véritable opportunité pour les destinations de moyenne montagne.
La Suisse est une destination touristique très prisée, y compris par sa propre population. En 2025, près de 44 millions de nuitées y ont été enregistrées dans les hôtels du pays, un nouveau record, selon les chiffres définitifs publiés par l’Office fédéral de la statistiqueLien externe (OFS). À cela s’ajoutent plus de 18 millions de nuitées dans la parahôtellerieLien externe.
Les touristes étrangers ont généré 22,8 millions de nuitées dans l’hôtellerie l’an dernier, tandis que les hôtes suisses ont, eux, comptabilisé 21,1 millions de nuitées – des niveaux jamais atteints auparavant. C’est le mois de juillet qui était le plus populaire.
L’été plus prisé, l’hiver plus rentable
Globalement, la saison d’été (mai-octobre), qui représente environ 60% du total annuel, est plus prisée que la saison d’hiver (novembre-avril). Le tourisme estival affiche en outre une croissance plus soutenue: en 2025, le nombre de nuitées a augmenté pour la cinquième année consécutive, progressant de 2,3% pour atteindre environ 25 millions.
Cette progression s’explique notamment par les grands événements organisés l’an dernier, comme le concours de l’Eurovision à Bâle ou l’Euro féminin de football. Les conditions météorologiques favorables ont également contribué à cette progression.
Le semestre d’hiver enregistre un peu moins de nuitées (18,6 millions), mais il reste plus rentable, explique Jürg Stettler, spécialiste du tourisme à la Haute école de Lucerne. Les hôtels et les remontées mécaniques dégagent des marges plus importantes, notamment parce que les chambres et les billets sont vendus à des prix plus élevés.
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Les régions touristiques se transforment sous l’effet de la chaleur
À l’origine, les touristes venaient en Suisse l’été, il y a environ 150 ans. «Les personnes qui fuyaient les fortes chaleurs existaient déjà à cette époque», souligne Jürg Stettler. «Après la Seconde Guerre mondiale est venue l’ère des sports d’hiver. Aujourd’hui, le changement climatique et la demande croissante en provenance des marchés asiatiques entraînent une évolution structurelle», explique-t-il.
Les stations de sports d’hiver situées à des altitudes où l’enneigement n’est plus garanti sont particulièrement sous pression. La région du Trübsee, à 1800 mètres d’altitude, mise ainsi de plus en plus sur les randonneurs et les vététistes durant la saison estivale.
Contraction des mots anglais ‘cool’ (fraîcheur) et ‘vacation’ (vacances), le terme «coolcation» est utilisé dans le marketing touristique. Il a été popularisé par les pays nordiques, comme la Suède.
En Suisse aussi, certaines régions mettent délibérément en avant leur fraîcheur estivale, notamment Arosa ou la région d’Aletsch. Cette stratégie s’adresse avant tout à la clientèle suisse.
À l’international, c’est Suisse Tourisme qui assure la promotion de la destination. Interrogée à ce sujet, l’organisation rappelle que la nature et la montagne occupent déjà une place centrale dans ses campagnes. La notion de «coolcation» y est donc présente de manière implicite.
Norbert Patt, directeur des remontées mécaniques d’Engelberg-Trübsee-Titlis, estime que les visiteurs recherchent avant tout une expérience faite de découvertes et d’activités physiques. «La randonnée, le VTT ou encore les places de jeux pour enfants sont parfaitement adaptés à cette altitude.» Au Trübsee, la clientèle visée est principalement suisse, tandis que les visiteurs étrangers privilégient le Titlis.
Des investissements pour s’adapter
Certaines régions touristiques disposent déjà d’une offre fournie durant l’été et les intersaisons, grâce notamment à un vaste réseau de sentiers de randonnée ou d’itinéraires pour le VTT. D’autres destinations de plus grande envergure, comme la région du Titlis, investissent également dans leurs infrastructures.
Quelque 150 millions de francs sont ainsi consacrés au projet Titlis Tower. L’objectif de cette tour panoramique est de positionner le célèbre sommet des Alpes uranaises comme une destination ouverte toute l’année et de renforcer sa compétitivité à l’international.
Selon Norbert Patt, les investissements dans la tour et les projets liés aux remontées mécaniques répondent aussi à une logique de durabilité. Il s’agit de canaliser les flux de visiteurs et visiteuses de manière ciblée. «Profiter tout en préservant», résume-t-il. «Ce que nous voulons éviter, c’est que des foules se rendent sans contrôle dans des espaces naturels préservés.»
Des intersaisons qui prennent de l’importance
Le changement climatique atténue également la distinction entre tourisme estival et hivernal. Les intersaisons gagnent en importance, notamment dans les régions de plus basse altitude, où les vacanciers peuvent pratiquer des activités indépendamment de l’enneigement. Suisse Tourisme ne mène d’ailleurs plus, depuis plusieurs années, de campagnes distinctes pour l’été et l’hiver.
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