La Poste relance son système d’e-voting et s’attire les foudres

Priorité des Suisses de l'étranger, le vote en ligne est actuellement au cœur de la controverse. Au centre des critiques: la Poste Suisse, qui a repris le système de vote électronique de l'entreprise espagnole Scytl. Cette dernière est en faillite.

La Poste continue de développer le système de vote électronique afin qu'il puisse être testé à nouveau l'année prochaine, mais la résistance est vive. SRF-SWI

La transaction, dont le montant est resté confidentiel, a été dévoilée le 17 mai par le journal alémanique SonntagsBlick. L’hebdomadaire dominical avait demandé des éclaircissements à La Poste à propos de l’ouverture d’une procédure de faillite par Scytl.

La Poste a décidé, à la fin de l'été 2019, de poursuivre seule le développement du système de vote électronique qu'elle avait précédemment proposé en collaboration avec Scytl, a indiqué dans une réponse écrite à swissinfo.ch le porte-parole du géant jaune Oliver Flüeler. «Après plusieurs mois de négociations», elle a acquis les droits sur le code source, précise-t-il. L'objectif est de proposer d’ici 2021 un système «répondant aux besoins de la Confédération et prêt à être utilisé par les cantons pour une opération test».

Avec cette opération, La Poste entend proposer aux cantons une solution développée en Suisse «qui tient compte des nombreuses particularités fédérales» et «répond encore mieux aux exigences élevées et spécifiques d'un système suisse de vote électronique», souligne Olivier Flüeler. Il ajoute que La Poste «prend au sérieux les préoccupations exprimées dans le débat public sur le vote électronique concernant le rôle des fournisseurs étrangers».

D'autre part, le porte-parole relève que de développer un système de manière indépendante ne signifie pas être seul: «A l'avenir, La Poste coopérera de plus en plus avec les hautes écoles spécialisées, les universités et les experts en cryptage suisses.» Afin de garantir une sécurité maximale à tout moment, La Poste «va rééditer le nouveau code source amélioré pour que des experts nationaux et internationaux indépendants puissent en vérifier les éventuelles faiblesses».

Repartir à zéro pour retrouver la confiance

Ces arguments ne sont pas du tout convaincants pour le comité d'initiative populaire «Pour une démocratie sûre et fiable (Moratoire sur le vote électronique)», dont le président Franz Grüter a réagi avec indignation. Le député de l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) a condamné l’opération de La Poste et a demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire.

Franz Grüter a contacté son collègue de parti, le député Alfred Heer, membre de la Commission de gestion du Conseil national (Chambre basse) et président de la sous-commission traitant de la Chancellerie fédérale, qui fera les démarches nécessaires pour demander l'ouverture d'une enquête.

«Il y a de bonnes raisons de vouloir vérifier si La Poste – une entreprise aux mains de la Confédération – a agi correctement et a payé un prix équitable, car tout est caractérisé par un manque absolu de transparence», affirme Franz Grüter.

Pour le parlementaire et entrepreneur en informatique, il est incompréhensible que «La Poste suisse ait encore payé – à un prix non divulgué – pour un système dont on sait déjà qu'il ne fonctionne pas correctement. Dans d'autres pays également, les systèmes de Scytl ont déjà connu des problèmes majeurs. C'est peut-être précisément pour cette raison que l'entreprise fait faillite.»

Selon lui, La Poste aurait dû repartir sur de nouvelles bases, c'est-à-dire mettre au point un système entièrement nouveau, «ce qui aurait pu rétablir la confiance et donc atténuer considérablement l'opposition au vote électronique», qui s’étend désormais à tout l'échiquier politique du pays.

L'épreuve du feu au Parlement

«En ce qui concerne les votations, il est essentiel de pouvoir être sûr que tout fonctionne correctement. Comment peut-on avoir confiance dans un système dans lequel des erreurs extraordinaires ont été constatées? Je pense que nous devrions abandonner ce système, car certains problèmes subsisteraient», observe le député UDC, assurant que son opinion est partagée par des membres de tous les partis et de nombreuses personnes actives dans le domaine des technologies de l'information.

Actif dans ce domaine depuis 25 ans, Franz Grüter n'est pas opposé au principe du vote électronique. Au contraire, il est convaincu que «le jour viendra où il y aura un système de vote électronique avec toutes les garanties de sécurité. Mais un nouveau départ est nécessaire pour y parvenir».

Dans l'état actuel du développement technologique, il calcule qu'un système de vote électronique sécurisé «nécessite au moins trois à cinq ans de travail. Cela correspond exactement au délai du moratoire requis par l'initiative. Si ce délai n'était pas nécessaire, je serais heureux de le retirer. Mais avec le système actuel de La Poste, je ne vois pas d'autre option que de bloquer les activités. Dommage.»

Les promoteurs de l'initiative pourraient aussi voir leur demande satisfaite avant même d'avoir recueilli le nombre de signatures nécessaires pour porter le texte au vote populaire. En effet, en décembre dernier, le Conseil national avait approuvé une initiative parlementaire qui demande l'interruption de toutes les expériences et projets de vote électronique jusqu'à ce que les problèmes de sécurité soient résolus et que les citoyens soient prêts à assumer les coûts supplémentaires liés à ce canal de vote.

+ Nouveau coup dur pour le vote électronique

La proposition n'a pas encore été soumise au Conseil des Etats (Chambre haute), mais Franz Grüter n'exclut pas la possibilité que la «grave erreur stratégique de La Poste» apporte de l'eau à son moulin.

L'OSE maintient sa résolution

L'Organisation des Suisses de l'étranger (OSE) ne se prononce pas pour l'instant sur les projets de La Poste, car elle n'a pas encore reçu les informations demandées à la Chancellerie fédérale, a déclaré sa directrice Ariane Rustichelli à swissinfo.ch. «Mais notre position n'a pas changé depuis la résolution adoptée par le Conseil des Suisses de l'étranger en août 2019. Nous avons notamment demandé d'examiner la possibilité qu'une nouvelle institution publique reprenne et développe le système du canton de Genève, qu’il n’a pas pu continuer à développer pour des raisons financières et non pas à cause de problèmes techniques», a rappelé la directrice de l'OSE.

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