Les coulisses de l'élection

Après l'élection, les journalistes se ruent sur le nouveau conseiller fédéral. Keystone

Décidément les Blochériens n´ont pas la cote dans la Berne fédérale. Les deux poulains de Christoph Blocher n´ont pas fait l´unanimité sous la coupole. Pour autant, le tribun zurichois de l´UDC fait bonne figure à mauvais jeu. Reportage.

Ce contenu a été publié le 06 décembre 2000 - 20:30

A l'entrée du Palais fédéral, tôt mercredi, le spectateur assiste à la première bousculade de la journée. Les choses sérieuses commencent un peu plus tard. Depuis longtemps, Samuel Schmid apparaît comme le favori à la succession d'Adolf Ogi, mais y aura-t-il une surprise? On n'y croit pas vraiment...

Les partis se sont abstenus de donner des consignes de vote aux parlementaires. Et la nuit, traditionnellement appelée des «longs couteaux», ne semble pas avoir changé grand chose. Au point que certains parlementaires plaisantent: «Ce n'était que la nuit des petits cure-dents!»

Silence. Après le tintement de la cloche et les discours d'adieu, les premiers résultats tombent. Les journalistes s'agglutinent devant les télévisions. Le conseiller national Ulrich Siegrist (UDC/AG) crée l'étonnement. Alors qu'il n'est pas candidat, l'Argovien arrive en quatrième position.

Une surprise fomentée par les socialistes: «Nous avons décidé de voter pour lui juste avant l'ouverture de l'Assemblée, confirme Pierre Chiffelle (VD/S). C'est un homme de droite tolérable.»

Plus de deux cents journalistes endimanchés reprennent leur cortège de caméras et de micros. Avec la nervosité, une odeur de tabac monte dans la Salle des pas perdus. On y discute stratégie entre deux votes.

Mais il n'y aura pas de coup de théâtre. Samuel Schmid prend définitivement la première place dès le deuxième tour. Une image télévisée, fugitive mais percutante, montre Christoph Blocher, appuyé contre un pilier de la salle du Conseil national, un sourire nonchalant. Le tribun zurichois réussira à garder son calme jusqu'à la fin de la matinée. Malgré la défaite.

Les candidats officiels de son parti - ses poulains - quittent un à un le Palais. Entre eux et la foule, des gardes du corps. Tandis que les haut-parleurs diffusent le discours d'investiture du nouvel élu. Le ton volontairement rassembleur, il articule quelques mots en italien, en français et en romanche.

«Si Samuel Schmid ne va pas dans la direction de l'aile zurichoise, il va se frotter à l'opposition de l'UDC, avertit le Zurichois, littéralement assailli par les médias. Si cela vous fait plaisir de dire que je suis le grand perdant, alors dites-le...»

La satisfaction, ce sont surtout les autres parlementaires qui l'expriment, à l'image de la cheffe du parti socialiste Christiane Brunner. Jean-Philippe Maitre va dans le même sens. Pour le président du groupe parlementaire PDC «si cette défaite peut rendre Christoph Blocher un tout petit plus modeste, c'est aussi un signe positif. Samuel Schmid a la capacité de conduire l'action gouvernementale en respectant les minorités.»

Et Adalbert Durrer, président du même parti, d'ajouter que l'UDC a visiblement un problème dans ses propres rangs. Une allusion aux piètres résultats obtenus par Roland Eberle, pourtant candidat officiel.

Même réaction chez les Radicaux. «Nous avons élu un bon conseiller fédéral, qui partage les valeurs d'ouverture de la Suisse», estime Yves Christen. Le conseiller national vaudois espérait pourtant, avec d'autres, changer la formule magique... «Oui, mais la grande majorité du groupe ne le voulait pas. Dès lors, il s'agissait de voter pour celui qui nous paraissait le plus proche de nous.»

Les socialistes partageaient ce rêve d'un Conseil fédéral sans UDC. «Tout le monde parle de condamner la formule magique, mais lorsqu'il s'agit de prendre la décision, on prend peur», regrette Francesco Cavalli (TI).

Selon le chef du groupe socialiste, l'Assemblée fédérale a clairement montré à Christoph Blocher que ses idées ne passeraient pas. «C'est une déconfiture pour lui, souligne-t-il. Mais pour assurer une défaite totale, il aurait fallu l'obliger à être soit dans le gouvernement, soit dans l'opposition. Maintenant, il pourra continuer son double-jeu, celui qui lui permet de gagner...»

Caroline Zuercher

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