Les réfugiés de Lampedusa aux portes de la Suisse

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L'afflux massif d'immigrés clandestins sur les côtes italiennes se fait ressentir jusqu'aux frontières helvétiques. Les réfugiés qui débarquent quotidiennement ne restent pas tous dans la Péninsule et tentent leur chance dans d'autres pays de l'Union Européenne et en Suisse.

Ce contenu a été publié le 16 septembre 2008 - 12:39

Cela devait finir par arriver. Les 15'000 réfugiés qui ont débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de l'année ne restent pas tous dans la Péninsule. Ils sont de plus en plus nombreux à frapper aux portes de la Suisse, pour y transiter ou pour s'y installer.

Un nombre croissant d'entre eux proviennent directement de Lampedusa, ce confetti d'Italie, au large de la Sicile - plus proche de Tunis que de Palerme - sans même transiter par l'un des centres d'accueil pour requérants d'asile de la Botte. Ils préfèrent tenter leur chance ailleurs plutôt que de rentrer au pays.

Tous les moyens de transport

«Avant, il fallait plusieurs semaines pour qu'un réfugié, arrivé au sud de l'Italie se retrouve en Suisse. Aujourd'hui, moins de quatre jours après leur débarquement à Lampedusa, on les retrouve à Chiasso», expliquait récemment Davide Bassi, garde-frontière au Tessin, dans la presse alémanique.

Cette rapidité témoigne de l'aide dont bénéficient les nouveaux arrivés. Les gardes-frontières en sont convaincus. Parents et amis déjà installés sur place, jouent fréquemment le rôle de passeurs et les aident à franchir la frontière verte, emprunter le train, le bus postal et même le bateau, sur le lac de Côme, pour rejoindre la Suisse.

Cantons sous pression

L'Office fédéral des migrations (ODM) confirme la forte hausse des demandes d'asile. Son directeur, Eduard Gnesa s'attend à quelque 13'000 requêtes déposées d'ici fin 2008, soit 3'000 de plus qu'en 2007. Maintenant, la Confédération veut ouvrir trois structures d'accueil d'urgence pour soulager les cantons.

Parmi ces derniers, c'est le Tessin qui est le plus directement touché par ce déferlement. C'est par la frontière au sud du pays qu'arrive le 45% des requérants, pour la plupart clandestins.

Et il est déjà question de pénurie de lits. Certains migrants ont dû être logés dans des pensions. Les autorités cantonales, la Croix-Rouge et les responsables du Centre d'enregistrement et de procédure (CRP) surveillent la situation de près afin de faire face à d'éventuels prochains afflux de réfugiés.

Le cimetière de la mer

Entre temps, à Lampedusa les naufrages sont quotidiens. Souvent, ils surviennent même plusieurs fois par jour. Dans la nuit de samedi à dimanche 14 septembre, 341 clandestins, entassés sur une barque d'une vingtaine de mètres, dont 67 femmes et 26 enfants, ont été interceptés au sud de l'archipel. La plupart se trouvaient dans un état d'hypothermie et de déshydratation grave et ont dû être hospitalisés d'urgence.

«Je croyais m'être préparé à cette situation avant mon arrivé ici, il y a quelques mois. Mais ce que je vis chaque jour dépasse tout ce que je pouvais imaginer», avoue le jeune capitaine des gardes-côtes, Cristiano Aliperta, aux commandes de sa vedette, à plusieurs milles marins, lors de l'un des repérages quotidiens avec son équipage, dont il revient rarement bredouille.

«Parfois, nous les retrouvons agrippés à des canots pneumatiques crevés», dit-il encore en scrutant le large. « Et qui sait combien d'entre eux ont sombré, sans que personne ne s'en aperçoive...»

Centre d'accueil bondé

Giovanna Albano, infirmière volontaire de la Croix de Malte, accompagne l'équipage: «Récemment, nous avons récupéré une soixantaine d'hommes et deux femmes, accompagnées d'une fillette de sept ans. L'une des femmes avait le visage tuméfié et avait subi des violences. La petite a assisté à tout ça et on ne peut qu'espérer qu'ils n'aient pas, aussi, abusé d'elle».

De fait, la violence – ethnique et religieuse - entre les migrants cause aussi passablement de problèmes au Centre d'accueil provisoire (CPT) pour réfugiés, niché au cœur de l'île, à l'abri des regards des touristes, derrière un énorme portail qui barricade le périmètre sous haute surveillance. Le CPT est géré par le gouvernement italien et plusieurs ONG, et financé par l'Union européenne.

L'endroit est conçu pour accueillir environ 800 personnes, or depuis le début de l'été, ont y compte près de 2'000 réfugiés. Plus de 15'000 requérants y ont transité au premier septembre, leur nombre avait déjà doublé par rapport à la même période en 2007, a indiqué le ministre italien de la Défense, Ignazio La Russa.

Libye-Lampedusa, l'autoroute de la mer

Ils proviennent d'Ethiopie, de Somalie, du Maghreb, d'Irak, d'Afghanistan et même du Sri Lanka et fuient les conflits et la famine ou rêvent simplement d'une vie meilleure. Comme Bouchra, qui veut mener une vie à l'occidentale. «J'aimerais travailler et être indépendante», confie la jeune Marocaine âgée de 20 ans, partie à l'insu de sa famille.

Comme plus de 90% des hôtes du CPT, Bouchra a embarqué en Libye. «Une amie m'a indiqué comment m'y prendre. J'ai pris l'avion à Casablanca pour Tripoli, et là, j'ai trouvé une place sur un bateau», dit-elle, préférant éviter la question du prix du voyage.

Pour Franco, un pêcheur à la retraite «par beau temps, cette mer est une véritable autoroute. En Libye, il y a des gens qui doivent gagner des fortunes avec ces malheureux... », dit-il.

«L'Europe c'est le bonheur»

Ahmed, un adolescent de 17 ans, est arrivé de Côte d'Ivoire avec son frère aîné. Pour eux, «l'Europe c'est le bonheur». Les deux orphelins ont quitté leur pays à pied avec 62 autres personnes. «Deux personnes sont mortes en route... nous nous sommes fait attaquer... il faut du courage pour traverser le désert...», confie-t-il, ému et apeuré.

«C'est comme ça chaque jour depuis le début du printemps», explique ce carabinier en faction à l'entrée du CPT, en commentant le va-et-vient incessant des autobus qui déversent leur flot de migrants, et emmènent ceux qui quittent le camp pour être dirigés vers l'une des neuf structures d'asile de la Péninsule.

Complètement dépassées par cette marée humaine, les autorités ne rapatrient qu'une minorité de requérants. Les autres finissement par se perdre dans la nature ou partent ailleurs en Europe et en Suisse.

swissinfo, Nicole della Pietra, à Lampedusa et Chiasso

Contexte

A l'avenir, les demandes d'asile ne devraient plus pouvoir être déposées dans les ambassades suisses, mais uniquement en Suisse même, a indiqué la ministre Eveline Widmer-Schlumpf.

L'Espagne et la Suisse sont les seuls pays à proposer une telle possibilité hors de leurs frontières. «Une dépense administrative démesurée», a estimé la cheffe du Département fédéral de justice et police (PFJP).

En 2007, quelque 17'000 clandestins étaient arrivés sur les côtes italiennes. Au premier septembre 2008, 15'000 réfugiés avaient déjà débarqué à Lampedusa.

La plus grande des deux îles de l'archipel de Pélagie se trouve à 115 kilomètres des côtes tunisiennes. C'est pourtant de la Lybie que proviennent la majorité des clandestins (355 km).

A fin août, Silvio Berlusconi avait rendu visite au colonel Kadhafi afin de tenter de régler la question de l'afflux de migrants. Le chef d'Etat libyen a promis au Premier ministre italien de prendre des mesures sans tarder.

La Libye refuse toujours de signer la Convention internationale sur le statut des réfugiés et de légiférer en la matière.

L'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (FRONTEX) a été violement critiquée par plusieurs organisations contre le racisme, selon lesquelles elle «se borne à repousser les flux migratoires vers l'Afrique».

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