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Mobilisation Pourquoi la Grève des femmes a eu une telle force – et où elle atteint ses limites

Homme avec le Palais fédéral en arrière-fond
(swissinfo.ch)


La Grève des femmes du 14 juin 2019 est entrée dans l’Histoire comme une grande manifestation. Une des raisons de ce niveau de mobilisation rarement vu en Suisse est son caractère décentralisé. Mais quelles sont les faiblesses de cette approche?

Immédiatement après la Grève, l’historienne Elisabeth Joris, spécialiste des mouvements féminins en Suisse, a déclaré: «les femmes ne veulent pas s’indigner en permanence, elles veulent façonner les choses». C’est avec enthousiasme qu’elles doivent mener la lutte pour leur propre cause.

Les syndicats le savaient. Ils ont renoncé à une exigence centrale – et ont simplement mis à disposition infrastructures, matériel et argent. Ils sont aussi formulé 15 demandes, sous le titre Plus de temps, plus d'argent et du respectLien externe, réparties en «valorisation financière et sociale du travail des femmes», «plus de temps et d’argent pour les tâches de garde» et «du respect au lieu du sexisme à la place de travail».

La difficulté de concrétiser

C’est ainsi que près d’un demi-million de personnes – des femmes pour l’immense majorité – ont fait la grève et ont manifesté. Des paysannes sans revenu, des catholiques discriminées, des mères célibataires et des membres de la communauté LGBTIQ+.

L’auteur

Claude Longchamp est l’un des politologues et des analystes de la vie politique les plus expérimentés et renommés de Suisse.

Il a été le fondateur de l’institut de recherche gfs.bernLien externe dont il est resté le directeur jusqu’à sa retraite et dont il préside encore le Conseil d’administration. Claude Longchamp a analysé pendant 30 ans les votations et les élections suisses à la télévision publique alémanique SRF.

Pour swissinfo et sa plateforme pour la démocratie directe #DearDemocracyLien externe, il écrit chaque mois une chronique consacrée aux élections fédérales de 2019.

Politologue et historien, il est également l’auteur de deux blogs: zoonpoliticonLien externe, consacré aux études politiques, et StadtwandererLien externe, consacré à l’histoire.

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Le Parti socialiste a bien compris que la Grève des femmes n’avait pas de revendication politique centrale. Il va lancer une initiative populaire en faveur des femmes. Du 1er août au 12 septembre, il doit décider de son contenu par un vote ouvert sur internet.

Ma thèse sur la mobilisation collaborative aujourd’hui

Tout cela s’apparente à des moyens de mobilisation collaborative, qui viennent remplacer la mobilisation par le haut. On est au seuil de la démocratie numérique. Et celle-ci fonctionne de manière décentralisée.

Les militantes et militants doivent activer leurs réseaux et créer dans leur entourage une mobilisation par le bas. Elle doit se regrouper autour de projets utopiques, pour les porter dans le champ de la politique institutionnelle.

Avantage: cette forme de mobilisation des foules garantit qu’une grande variété de mouvements se sentent concernés. Désavantage: le rassemblement derrière un projet devient compliqué.

Frau mit violetter Pfeife am Frauenstreik

Le 14 juin 2019, elles (surtout) et ils étaient un demi-million dans les rues de Suisse pour la Grève des femmes.

(Keystone / Salvatore Di Nolfi)

Résultats visibles lors des élections

Lors des élections, les avantages de ces campagnes collaboratives qui passent par-dessus les frontières des partis prédominent.

On l’a bien vu lors de l’élection au conseil fédéral de 2018. Le mouvement Helvetia appelle a demandé carrément deux nouvelles ministres femmes. Il a ainsi poussé les médias et l’opinion publique à adopter un regard ouvert et critique, qui a finalement inclus les deux partis mis au défi: le PLR et le PDC. Et ça a marché: le parlement a élu Karin Keller-Sutter et Viola Amherd, deux femmes reconnues pour leurs compétences, au gouvernement fédéral.

Le nouveau climat politique a déjà eu un impact sur les élections cantonales de l’automne 2019. La part des femmes n’a diminué qu’en Appenzell Rhodes-Intérieures. Mais déjà dans les Rhodes-Extérieures voisines, elle a fortement augmenté. C’est la nouvelle tendance. Dans le canton de Zurich, on est passé à une part de femmes de 41%.

Au Conseil national, la proportion de femmes est de 33% et la tendance est à la stabilité. Au Conseil des Etats, elle est de 15%, tendance à la baisse. En fait, toutes les analyses prévoient que les tendances se maintiendront lors des élections de cet automne. 70 à 80 femmes pourraient siéger dans le nouveau Conseil national et 8 à 10 dans le nouveau Conseil des Etats. Le 20 octobre marquerait donc le troisième succès d’«Helvetia appelle» en un an, après l’élection au gouvernement et les législatives dans les cantons.

La raison en est évidente: la mobilisation se fait autour d’un réel déficit. L’action coordonnée lui donne un objectif. La décentralisation crée des espaces d’action appropriées – et garantit la crédibilité dans les différents camps politiques.

Il se développe ainsi une forme de «campagne permanente», centrée sur des thèmes, menée de manière stratégique, ouverte dans sa conduite, sans limites sur l’axe du temps. L’objectif est toujours en vue et les chemins pour l’atteindre sont multiples.

Pour les votations, les succès sont douteux

On peut en revanche rester sceptique quant aux succès lors des votations. La force des campagnes collaboratives réside dans la collecte des signatures nécessaires. Mais le fait de réunir des idées dans une revendication centrale constitue une faiblesse. Et ceci est particulièrement vrai en année électorale, où la concurrence est vive.

Actuellement, cela se reflète dans le partage de la garde des enfants entre les deux parents. La syndicat Syna a donné le coup d’envoi avec son initiative populaire pour un congé paternité de quatre semaines. Le problème n’a pas été la récolte des signatures, mais les autorités. Sous l’impulsion des démocrates-chrétiens, on tend vers un contre-projet avec seulement deux semaines de congé pour les nouveaux pères. Et c’est même trop pour le conseil fédéral, qui rejette catégoriquement le contre-projet.

Risque de dispersion

Dans le cours de la procédure est apparu comme alternative le projet «congé parental». Et là, le partage est vraiment en route: le PLR envisage 16 semaines, les jeunes PDC 18. Ils envisagent de prolonger l’actuel congé maternité de 14 semaines de deux semaines pour les pères, ou de quatre à partager entre les parents. La gauche, qui ne voit là qu’un statu quo+, opte pour 38 semaines de congé parental.

Un projet d’initiative à ce sujet est actuellement en discussion sur la plateforme wecollect.chLien externe. Il devrait parvenir à récolter les signatures si la communauté de celles et ceux qui sont prêts à le faire est suffisamment nombreuse. Ce pourrait être la prochaine ronde de la Grève des femmes.

Il est prévu de faire un bilan jusqu’au 13 septembre – un jour après la date où le PS se décidera sur son initiative.

Et c’est probablement aussi là que le bât blesse: une large coordination serait plus susceptible de réussir. Sinon, on risque de gaspiller l’énergie dans plusieurs projets isolés, qui dans le pire des cas pourraient même se faire concurrence.

Et l’UDC, qui, comme le conseil fédéral, ne veut entendre parler de rien sur ce sujet, ne pourrait que s’en réjouir.

En conclusion, si la mobilisation collaborative peut mettre des sujets à l’ordre du jour et influencer les élections, quand on vise à proposer des projets de loi concrets, une action coordonnée dans des cercles plus restreints est plus efficace.

Les partis

UDC: Union démocratique du centre (droite conservatrice)

PS: Parti socialiste (gauche)

PLR: Parti libéral-radical (droite libérale)

PDC: Parti démocrate-chrétien (centre droit)

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(Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez), swissinfo.ch

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