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La vie change quand on devient conseiller fédéral

Viola Amherd (gauche) et Karin Keller-Sutter lors de leur prestation de serment. Anthony Anex / Keystone

La fonction marquera leur vie 24 heures sur 24. Dès le 1er janvier, Karin Keller-Sutter et Viola Amherd seront de facto membres du gouvernement suisse. Dès lors, elles ne pourront plus faire un pas dehors sans être reconnues. Stefan Nünlist, qui fut l’assistant d’anciens conseillers fédéraux, livre son analyse.

Ce contenu a été publié le 20 décembre 2018 - 16:08

Où qu’elles aillent, les regards seront désormais braqués sur elles:

  • sur leur nouveau lieu de travail, où elles dirigeront des centaines d’employés, où des dizaines de décisions seront attendues d’elles dès le matin, bien qu’elles n’aient reçu que la veille une avalanche d’informations sur leurs droits et leurs devoirs, de dossiers, de processus décisionnels dans le gouvernement et l’administration ou de mesures de sécurité.
  • lors de leurs apparitions publiques, où notamment une armée de journalistes décortiqueront chacune de leurs paroles.
  • dans le cadre de leur vie privée – ou tout du moins ce qu’il en reste –, où elles seront partout reconnues.

«Les membres du gouvernement sont des personnes très publiques. Mais dans notre pays, ils peuvent aujourd'hui encore prendre le tram ou, comme Pascal Couchepin, se promener dans la ville de Berne et aller prendre un café quelque part», explique Stefan Nünlist, l'assistant personnel des anciens conseillers fédéraux Jean-Pascal DelamurazLien externe et Pascal CouchepinLien externe.

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L'ancien conseiller Pascal Couchepin aimait beaucoup le contact avec la population. Dominic Favre / Keystone

«Typiquement suisse»

Les gens ne se contenteront pas de s’arrêter, de se retourner à leur passage et de les saluer par leur nom. Beaucoup voudront aussi serrer la main des nouvelles conseillères fédérales et engager spontanément la conversation.

«Delamuraz et Couchepin n'étaient pas mal à l'aise du tout. Au contraire, ils étaient très heureux de ces contacts personnels. C'est peut-être ce qui les a motivés tous les deux à occuper ce poste, déclare Stefan Nünlist.

La plupart des gens sont ravis de rencontrer un membre du gouvernement. Il y a encore beaucoup de respect et d'estime pour la fonction et pour ceux qui l’exercent. C'est typiquement suisse», estime Stefan Nünlist.

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Aussi bien Viola Amherd que Katrin Keller-Sutter vont désormais avoir une deuxième résidence à Berne ou dans ses environs. En effet, pas question de rentrer chaque soir respectivement en Valais et à Saint-Gall avec des horaires de travail qui débutent à 7 heures et qui se terminent généralement seulement après 22 ou 23 heures.

Comme leurs cinq autres collègues, elles auront droit à un véhicule de représentation avec chauffeur ainsi qu’à une voiture de fonction pour leur usage personnel. Elles pourront choisir elles-mêmes la marque et le type de leur voiture de fonction, mais son prix est limité à un maximum de 100'000 francs. Les infrastructures gratuites mises à la disposition des membres du gouvernement comprennent aussi des lignes téléphoniques fixes dans les lieux de résidences ainsi qu’un téléphone portable.

Ne pas mettre les pieds dans le plat

Toute une équipe de proches collaborateurs tenteront d’empêcher que les nouvelles ministres ne mettent «les pieds dans le plat». Mais tôt ou tard, des plaisanteries circuleront forcément sur les «nouvelles», peu importent qu’elles s’en soucient ou non.

Le prédécesseur de Katrin Keller-Sutter, Johann Schneider Ammann, avait fait rire le monde entier en 2016 en apparaissant dans une vidéo de promotion de la Journée des malades, où il expliquait que le rire était bon pour la santé avec un ton d’enterrement.

«Apparemment, même ses collaborateurs personnels n'avaient pas identifié à l'avance le potentiel comique de cette apparition, sinon ils ne l'auraient pas autorisée. Mais cela a permis d’attirer même l’attention du président Obama», souligne Stefan Nünlist. Le fait que Johann Schneider-Ammann ait plus tard fait lui-même des blagues à ce sujet indique qu'il possédait la compétence la plus importante pour une personne de pouvoir, à savoir celle de garder une certaine distance par rapport à elle-même.»

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Contenu externe

Beaucoup encaisser, ne jamais répliquer

Il ne se passera guère de jours où les deux nouvelles ministres n’apparaîtront pas dans les médias. Elles encaisseront beaucoup de critiques, mais ne pourront elles-mêmes jamais répliquer. Elles ne sont pas spécifiquement formées à cela.

Le fait que les membres du gouvernement gardent cependant toujours leur sang-froid et ne sortent jamais de leurs gonds est dû, selon Stefan Nünlist, à la structure de leur personnalité spéciale qui les a rendus éligibles à cette fonction.

«Chez nous, les magistrats ont une grande expérience politique. Ils sont capables de prioriser les attaques et de faire une distinction entre les critiques personnelles et les critiques portant sur des faits», note l’ancien conseiller.

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A de rares exceptions, ce sont presque toujours des membres du Parlement qui sont élus au gouvernement.

Il y a une raison à cela, explique l'ancien conseiller.

«En règle générale, le Parlement connaît très bien ses propres membres et sait qui il élit. C'est un bon filtre pour protéger les gens d'eux-mêmes. La fonction exige beaucoup, et il faut certaines conditions préalables pour l’exercer.»

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