Ondes courtes: la fin d'une ère radiophonique

L'émetteur de Sottens, déserté par Radio Suisse Internationale. emetteurs.ch

La fermeture de l'émetteur de Sottens est synonyme de «fin» pour les transmissions sur ondes courtes de Radio Suisse Internationale (SRI).

Ce contenu a été publié le 18 octobre 2004 - 18:43

Une page se tourne. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la «voix de la Suisse à l'étranger» était devenue un des émetteurs internationaux les plus appréciés.

La dernière installation de diffusion sur ondes courtes encore en fonction a été fermée définitivement lundi au terme d'une petite fête d'adieu à l'émetteur de Sottens (VD). Un long chapitre de l'histoire de la radiophonie en Suisse s'achève.

«Pendant près de 70 ans, les ondes courtes ont joué un rôle fondamental pour faire connaître la réalité et les aspirations de la Suisse dans le monde», souligne Nicolas Lombard, directeur de swissinfo/SRI, le nouveau nom de Radio Suisse Internationale. Entre-temps l'entreprise est devenue un moyen d'information multimédia sur Internet.

«SRI a été un véritable cordon ombilical pour les Suisses de l'étranger. Pendant des dizaines d'années, nos compatriotes émigrés ne disposaient d'aucun moyen d'information provenant de leur pays d'origine», explique Giovanni Conti, directeur de Swisscom Broadcast, responsable du support technique pour la diffusion sur ondes courtes.

Technologies et migrations

Radio Suisse Internationale est née entre 1930 et 1940, à l’époque des pionniers de l’onde courte. Pour la première fois dans son histoire, l’humanité disposait d’un instrument de communication de masse en mesure d’atteindre, en quelques secondes, n’importe quel coin du globe. Il s’agissait, en quelque sorte, du début de la globalisation des médias.

La Suisse faisait partie des premiers pays à recourir à cette technologie pour satisfaire les besoins d’information de quelque 200'000 compatriotes dispersés à l’étranger.

Cette communauté avait pratiquement doublé en quelques décennies, au travers des grandes migrations qui avaient déplacé des milliers de personnes depuis les misérables vallées alpines vers les centres industrialisés d’Europe et d’Outre-mer.

La menace fasciste

La naissance de Radio Suisse Internationale est aussi due à la poussée des dictatures fascistes dans les pays voisins. L’émetteur a véhiculé l’identité nationale et les principes de la Confédération à l’étranger.

En 1935, les premiers programmes sur ondes courtes ont été diffusés par le biais de l’antenne de la Société des Nations (SDN) à Prangins, dans le canton de Vaud. En 1938, le Parlement a approuvé un crédit pour la construction du premier émetteur de Radio Suisse Internationale, à Schwarzenburg, dans le canton de Berne.

Dès 1939, SRI assume un rôle important, qui se prolongera tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Durant ces sombres années, les compte-rendus de deux grands journalistes, René Payot et Jean-Rodolphe von Salis, ont représenté les seules voix libres d’Europe.

«Alors, plus que jamais, la Suisse s’est retrouvée dans un état d’isolement total vis-à-vis des autres pays qui affichaient les mêmes idéaux et les mêmes droits que nous. Seules les ondes courtes nous permettaient de faire savoir au monde qu’au cœur de l’Europe, il existait encore un bastion démocratique», écrit à cette époque, Paul Borsinger, premier directeur de Radio Suisse Internationale.

Une ère dorée

La Guerre froide représente l’âge d’or de Radio Suisse Internationale. L’émetteur diffuse ses programmes en huit langues et reçoit, bon an mal an, jusqu’à 130'000 lettres d’auditeurs du monde entier.

«Durant ces années de propagande politique, la neutralité suisse a sûrement été une des clés du succès de Radio Suisse Internationale», évoque Nicolas Lombard qui y travaille depuis 1965.

A en croire certains sondages réalisés dans les années 60 à 70 par Gallup aux Etats-Unis et par le Club international des ondes courtes en Grande-Bretagne, Radio Suisse internationale était l’une des radio les plus écoutées et appréciées dans le monde, juste après les grands émetteurs des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France et d’Allemagne.

Ainsi, la radio d’un pays sans aucun passé colonial, comme l’est la Suisse, réussit à conquérir un vaste public en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, là où les programmes des stations internationales sont souvent la seule source d’information.

La Guerre froide est aussi l’ère de la guerre des fréquences et des puissances de diffusion entre les émetteurs des deux blocs qui tentaient d’occuper le monde, pas seulement au niveau militaire, mais aussi au niveau radiophonique.

Dès lors, SRI a été contrainte de recourir à de nouvelles installations. En 1972, l’émetteur de Sottens entre en fonction. Avec 500 kw/h, il permet de décupler la puissance de diffusion.

Une fin ou une transition ?

Le déclin des ondes courtes s’est amorcé à partir de la fin des années 80. La démolition du Mur de Berlin met fin aux tensions entre Est et Ouest, et à l’intérêt pour la géopolitique mondiale. Dans presque tous les pays, les médias se concentrent sur l’activité nationale, et les radios internationales traversent une véritable crise d’identité.

Une crise qui devient plus aiguë avec l’apparition des ondes FM, qui offrent une excellente qualité de réception, et des satellites, également en mesure de diffuser des images télévisées dans le monde entier. Les mesures d’épargne de la Confédération sont un ultime coup de massue pour les coûteuses ondes courtes.

Il s’agit de la fin d’une ère, ou peut-être seulement d’une transition, comme le pense Giovanni Conti.

«Une vieille technologie, celle des ondes courtes, touche à sa fin. Elle est remplacée par la technologie digitale. De notre côté, nous devons maintenir notre qualité en fonction des anciennes technologies, ceci aussi longtemps que possible. Mais nous ne devons pas nous faire rattraper par les nouvelles.»

Cette idée est partagée par Nicolas Lombard: «Internet ne peut pas remplacer l’offre sur ondes courtes, mais apporte de nouvelles possibilités de communication multimédia, inimaginables jusqu’à maintenant.»

swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction et adaptation de l’italien: Gemma d’Urso)

Faits

1935: création du Service suisse des ondes courtes pour la diffusion des programmes à l’étranger
1939: mise en fonction du premier émetteur d’ondes courtes de Schwarzenburg
1972: inauguration de l’émetteur de Sottens (VD)
1978: le service Ondes courtes est rebaptisé «Radio Suisse internationale»
2004: fermeture de Sottens et fin de l’ère des ondes courtes

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En bref

- Durant la guerre froide, avec ses programmes radiophoniques diffusés en huit langues sur ondes courtes, Radio Suisse Internationale touchait un public estimé entre 5 et 10 millions de personnes dans le monde entier.

- A la fin des années 90, à la suite du déclin des ondes courtes, SRI renonçait à la diffusion des programmes radio.

- Aujourd’hui, swissinfo/SRI table uniquement sur l’information multimédia sur Internet.

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