Emploi: radiographie d´une embellie
En juin, le chômage en Suisse est tombé à son plus bas niveau depuis décembre 1991, avec un taux de 1,8 pour cent de la population active. L'évolution tient du petit miracle. Reste à savoir quel est son prix.
Les chiffres publiés vendredi à Berne par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) viennent confirmer la tendance enregistrée au cours de ces derniers mois. 65.962 personnes étaient inscrites au chômage à la fin juin, soit 3826 de moins qu’un mois auparavant., le taux passant ainsi de 1,9 à 1,8 pour cent. Après la longue crise des années 90, l’économie suisse profite donc du retour de la croissance.
Un cap est d’ailleurs désormais franchi car, selon les normes internationales, ce taux de 1,8 pour cent correspond à un niveau de plein emploi. Quelques bémols méritent cependant d’être apportés à cette appréciation: plus de 100.000 personnes sont toujours à la recherche d’un emploi. Et puis, comme le relève Yves Flückiger, professeur à l’Université de Genève, les personnes qui sont depuis longtemps au chômage ont toujours beaucoup de difficultés à en sortir.
Mais la Suisse n’est-elle pas en train de suivre un scénario attribué – à tort ou à raison – aux Etats-Unis: création de beaucoup d’emplois, mais de jobs précaires ou mal payés? «Non, répond Alan Kocher, du Seco. En Suisse, les postes qui ont été créés récemment sont hautement qualifiés. Même dans le secteur de la construction, on cherche des gens qualifiés.»
Analyse un peu plus nuancée du côté d’Yves Flückiger: «Il y a création d’emplois très qualifiés dans des secteurs de haute technologie.» Mais certains passent aussi du chômage à une situation précaire: c’est le cas de ceux qui se lancent en tant qu’indépendants. Le professeur genevois rappelle aussi que les Suisses sont les champions du travail à temps partiel. «Parfois ce sont des choix délibérés, mais les temps partiels sont souvent contraints.»
Quant aux raisons de la réussite suisse en matière de chômage, le Seco n’hésite pas. Ainsi, Alan Kocher explique que ces bon résultats sont principalement dus à la flexibilité du marché du travail. Il cite en particulier l’habitude de fixer les salaires de manière décentralisée. «Nous avons aussi un partenariat social qui fonctionne bien», ajoute-t-il.
Mais cette flexibilité est parfois allée trop loin. C’est le point de vue des syndicats, qui rappellent les pressions exercées ces dernières années dans certains secteurs. «Il faut maintenant retourner cette tendance», fait remarquer Serge Gaillard, secrétaire de l’Union syndicale suisse. Qui précise: «Cela a toujours été une erreur de croire qu’il faut déréglementer pour créer des places de travail.»
Pierre Gobet
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