Les jeux ne sont pas encore faits sur l’immigration
La majorité des citoyens sont opposés à l’initiative sur l’immigration de masse, selon le 1er sondage réalisé en vue des votations fédérales du 9 février. Mais les indécis restent nombreux et les arguments des partisans du texte font mouche. La campagne des prochaines semaines sera donc décisive.
Si l’on avait voté il y a deux semaines sur l’initiative de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) visant à limiter l’immigration en Suisse, seulement 37% des citoyens l’auraient acceptée. L’initiative demandant que l’avortement ne soit plus remboursé par l’assurance maladie de base aurait également été refusée, tandis que le fonds de 6,4 milliards de francs destiné à financer l’entretien et le développement de l’infrastructure routière aurait en revanche passé l’écueil des urnes. C’est ce qui ressort du premier sondage réalisé par l’Institut gfs.bern pour le compte de la Société suisse de radiotélévision (SSR).
A un mois du scrutin, le sort de l’initiative sur l’immigration – qui demande d’introduire des contingents pour toutes les catégories d’étrangers et de revoir l’accord de libre circulation des personnes avec l’Union européenne – reste cependant incertain. Le camp des opposants a certes l’avantage, mais le processus de formation de l’opinion n’est pas encore très avancé, commente Claude Longchamp, responsable de l’Institut gfs.bern. En d’autres termes, la campagne que partisans et adversaires du texte mèneront au cours des prochaines semaines sera décisive.
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Résultats du 1er sondage
Contrôle de l’immigration
Le mot d’ordre des principaux partis politiques, des associations économiques et des syndicats est clair: il faut refuser l’initiative. Cet avis est partagé par le gouvernement et une majorité du Parlement. Parmi les grandes formations, seule l’UDC demande de l’accepter.
Cependant, «ceci ne reflète pas le sentiment de la population», observe Claude Longchamp. Le politologue souligne l’impact différent des principaux arguments des deux camps. «Ces derniers temps, les conséquences de la libre circulation des personnes ont été évaluées de manière très critique. Les appels à un contrôle de l’immigration rencontrent un large soutien», remarque le politologue.
L’argument selon lequel la Suisse doit pouvoir gérer et contrôler de manière autonome l’immigration par le biais de contingents est celui qui a jusqu’à présent eu le plus d’impact. Les sondés partagent dans une moindre mesure l’argument principal des opposants, qui consiste à dire que la libre circulation des personnes assure la prospérité du pays.
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Les étrangers en Suisse
La classe moyenne préoccupée
Fait très rare pour une initiative populaire, la problématique soulevée – soit les répercussions négatives de la libre circulation – a davantage d’impact auprès des sondés que les possibles conséquences, c’est-à-dire l’abrogation des accords bilatéraux avec l’UE et les effets négatifs pour l’économie suisse.
Le sondage montre également que, contrairement à ce qui s’était passé lors de précédents votes sur des questions européennes, le mécontentement par rapport à la libre circulation ne se cantonne pas seulement au canton du Tessin (limitrophe de l’Italie et qui adopte traditionnellement des positions anti-européennes) et aux couches sociales les plus humbles, mais touche désormais aussi la classe moyenne. Claude Longchamp entrevoit donc un certain potentiel, en faveur de l’initiative, parmi les sympathisants indécis des partis qui préconisent le rejet du texte. A contrario, il existe aussi des sympathisants de l’UDC qui sont proches du monde économique et qui pourraient de distancier de la ligne du parti.
L’issue du scrutin reste également ouverte du fait que seulement 41% des personnes interrogées ont affirmé vouloir se rendre aux urnes le 9 février. Lors de précédents votes concernant des thématiques européennes, le taux de participation était supérieur à 50%.
Le potentiel de mobilisation est donc élevé pour les deux camps. La somme à disposition de part et d’autres pour mener cette campagne – qui est estimée à environ 5 millions de francs – laisse supposer que le débat sera intense.
Avortement
L’initiative intitulée «Financer l’avortement est une affaire privée» suscite également la controverse. Cette proposition lancée par un comité interpartis composé essentiellement de chrétiens conservateurs et soutenue par l’UDC demande que l’interruption volontaire de grossesse ne soit plus remboursée par l’assurance obligatoire des soins. Tous les autres partis et associations la rejettent.
Le sondage montre que cette initiative est acceptée par 35% des sondés, mais refusée par 55%. «Nous partons du principe que le camp du non se renforcera encore au cours de la campagne», affirme Martina Imfeld, politologue de l’institut.
En Suisse, l’avortement est légal au niveau fédéral depuis 2002. Les citoyens avaient alors approuvé sa dépénalisation au cours des douze premières semaines de grossesse.
Ce 1er sondage en vue des votations fédérales du 9 février a été réalisé par téléphone entre le 23 décembre et le 5 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 1207 personnes dans toutes les régions du pays.
Les Suisses de l’étranger n’y participent pas pour des raisons liées à la protection des données.
La marge d’erreur est de +/- 2,9%.
Financement du rail
Le projet «Financement et aménagement de l’infrastructure ferroviaire» (FAIF) reçoit l’aval de 56% des personnes interrogées. Les indécis représentent encore 17% des sondés. La création d’un nouveau fonds financier et l’établissement d’un programme de développement stratégique du rail est soutenu par le gouvernement et une majorité du Parlement. Le projet est en revanche combattu par l’UDC et quelques associations d’automobilistes.
Sur ce thème, le processus de formation de l’opinion n’est pas encore achevé et la proportion des opposants pourrait encore augmenter, estime Martina Imfeld. La politologue rappelle au passage que dans le cadre de la proposition d’augmenter le prix de la vignette autoroutière, que le peuple a refusée en novembre dernier, de nombreux sympathisants des partis de droite étaient passés du oui au non en cours de campagne.
Selon les adversaires du projet, le FAIF aurait des répercussions négatives pour les automobilistes, étant donné que le montant des déductions que les pendulaires peuvent faire figurer sur leur déclaration fiscale serait limitée à 3000 francs par année.
(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard)
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