Tractations tous azimuts autour de Crossair
L'incertitude continue de planer sur les chances d'une nouvelle compagnie aérienne suisse intercontinentale, en dépit de plusieurs signaux positifs de l'économie. Les mondes politique et économique sont divisés.
Les chances de réussite du projet «sont supérieures à 50 %», a déclaré le conseiller fédéral Kaspar Villiger lors de l’assemblée des délégués du Parti radical à Schaffhouse. La Confédération ne pourra participer à la nouvelle compagnie que dans une perspective de sauvegarde de l’intérêt public, a-t-il précisé.
M. Villiger s’exprimait en prélude d’une nouvelle réunion de négociations sur le «plan Phénix» prévue dès l’après-midi à Zurich, à laquelle il devait participer en compagnie de ses collègues Moritz Leuenberger et Pascal Couchepin, ainsi que des représentants des cantons et des milieux économiques.
Longue quête
Selon des informations non confirmées, environ un milliard de francs devaient encore être trouvés pour le décollage d’une nouvelle compagnie à vocation intercontinentale, basée sur la reprise par Crossair de 26 long-courriers et de 26 moyen-courriers de Swissair. Les besoins de financement totaux se situent entre 4 et 4,5 milliards de francs, dont 2,2 milliards de capital propre, le reste devant être versé en bonne partie «à fonds perdus».
Selon une source proche du dossier, le modèle intercontinental «26/26» est le seul à être sérieusement pris en compte dans les discussions finales. S’il échoue, des dizaines de milliers d’emplois sont menacés.
Optimisme patronal
«Je crois que le projet aboutira», a déclaré à l’ats Peter Hutzli, du comité directeur de l’organisation patronale economiesuisse. L’engagement de quelques grandes entreprises en faveur de la nouvelle compagnie, révélé ces derniers jours, est de nature selon lui à exercer un effet d’entraînement positif.
Associé de près aux négociations, le président de l’organisation de l’industrie des machines Swissmem, le conseiller national Johann Niklaus Schneider-Ammann (PRD/BE), est également optimiste: «Je pars de l’idée que nous trouverons la solution», a-t-il déclaré au quotidien bernois «Der Bund». Selon lui, l’Etat doit prendre une participation importante dans la nouvelle société, mais «au maximum un tiers».
«Du 50-50, ou presque»
Plus sceptique, le président du Parti radical Gerold Bührer a déclaré à la radio alémanique DRS que les chances de trouver l’argent nécessaire durant le week-end «dépassaient tout juste les 50 %». L’affaire n’est selon lui «pas du tout assurée». Même si le «risque entrepreneurial est grand», il est important pour les banques et les services financiers que le pays dispose de sa propre compagnie, a dit M. Bührer.
Une des questions à régler est de savoir dans quelle mesure l’argent qui pourrait être versé par les collectivités publiques ne le sera pas seulement à fonds perdu, mais contre participation.
Quoi qu’il en soit, l’engagement de la Confédération – qui a déjà versé 450 millions de francs pour faire repartir la flotte – en faveur du sauvetage de Swissair n’est «pas 100 % défendable d’un point de vue économique», a déclaré Pascal Couchepin à Schaffhouse. Mais il importe à la Confédération de «rétablir la confiance».
Rejet de l’UDC
Réunie en congrès à Fribourg, l’UDC a réaffirmé son opposition à tout engagement de l’Etat. «Un assainissement à tout prix relève d’un patriotisme mal compris», a déclaré son président Ueli Maurer.
La responsabilité de la débâcle revient à ses yeux au «système de copinage des radicaux», à l’exemple de l’ancien conseil d’administration de SAirGroup. Les socialistes en ont aussi pris pour leur grade.
En écho à Ueli Maurer, Gerold Bühler a déclaré à Schaffhouse que «les radicaux ne pouvaient pas être tenus pour responsables quand les choses vont mal, pas plus qu’on ne peut nous attribuer les succès des chefs d’entreprise radicaux».
Le PDC réclame une CEP
De son côté, le PDC, réuni à Berne, a réclamé par la voix de son président Philipp Stähelin la constitution d’une commission d’enquête parlementaire (CEP) pour faire toute la lumière sur la débâcle Swissair. Elle devrait se prononcer à la fois sur les transactions financières du groupe et sur l’exercice du devoir de surveillance.
Le PDC a réaffirmé son soutien en faveur d’une nouvelle compagnie ambitieuse. A l’heure de la globalisation, la Suisse ne peut pas se couper du trafic intercontinental, a estimé M. Stähelin. Le voile sur le résultat des négociations doit être levé lundi par le Conseil fédéral.
Manifestation à Zurich
Quelque 300 personnes ont manifesté samedi après-midi dans le centre-ville de Zurich, à l’appel de l’association Pro-Swissair, pour le sauvetage de la compagnie aérienne suisse, en déroute.
Les manifestants ont réclamé notamment un audit de fonds en comble du groupe, la traduction en justice des responsables de la débâcle, et la reconstruction du groupe Swissair. «Swissair peut être sauvé, il faut à nouveau analyser la situation de près», a déclaré un porte-parole de Pro-Swissair.
swissinfo avec les agences
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.