Un 1er Août du souvenir à Hambourg
A Hambourg, la fête nationale suisse a été célébrée sous le signe de l'adieu et du souvenir d'un consul suisse tué sous les bombes alliées en 1945. La raison de l'attaque aérienne reste aujourd'hui encore inexpliquée.
«En mémoire du consul général de Suisse Adolf L. Zehnder et de son épouse Else, morts en avril 1945 lors d’une attaque aérienne de l’aviation alliée sur le château de Friedrichsruh, près de Hambourg.»
Cette plaque, sur laquelle figure encore l’effigie du diplomate suisse, ornait il y a peu de temps encore le mur du consulat général suisse de Hambourg. Mais étant donné que Berne en a décidé la fermeture fin septembre, Walter Kägi, le dernier consul général dans la ville hanséatique, était à la recherche d’un nouveau lieu pour apposer cette plaque commémorative.
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«Mon idée était qu’elle retourne sur les lieux où s’étaient déroulés les événements», explique le diplomate. Or ce souhait a rencontré l’oreille attentive du prince Ferdinand von Bismarck, l’actuel propriétaire du château de Friedrichsruh. C’est ainsi que la plaque a pu être apposée le 1er août, jour de la fête nationale suisse.
A l’époque, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, les diplomates de la Suisse et de la Suède – deux pays neutres – s’étaient retirés, à l’invitation de la famille princière, dans ce château où le premier chancelier allemand Otto von Bismarck avait passé ses dernières années. Dans ce domaine, situé au milieu d’une forêt à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Hambourg, ils avaient espéré échapper au bombardement de la ville.
Hans Vahlbruch faisait partie des quelque 200 invités qui ont participé à la fête nationale. Président de l’Association suisse du Schleswig-Holstein, il a pu consulter d’anciens documents et rapports relatifs au bombardement du château. «On y parle de six à sept chasseurs-bombardiers alliés qui attaquaient le château chaque dimanche entre 17 et 18 heures», déclare-t-il.
Pas une bavure
Hans Vahlbruch juge peu vraisemblable la thèse de la bavure. En effet, les drapeaux des deux pays flottaient bien en évidence au dessus du château. Selon les rapports de l’époque, le consul général suisse a trouvé immédiatement la mort, alors que son épouse est décédée à l’hôpital des suites de ses blessures. Le représentant diplomatique suédois avait également péri.
Bien que les médias suédois aient parlé à l’époque d’acte de terreur à l’encontre de diplomates neutres et que les Alliées aient été confrontés aux questions des deux Etats, la Suisse et la Suède n’ont, d’après Hans Vahlbruch, jamais reçu de réponse. Et jusqu’à aujourd’hui, il n’y a jamais eu ni explications ni excuses.
«Cette histoire est un peu suspecte, estime Hans Vahlbruch. Après 55 ans, il doit être possible d’expliquer cet incident, car les pilotes avaient certainement une mission.»
Victime collatérale
A défaut de certitudes, les personnes intéressée par cette histoire doivent donc se contenter de suppositions et de spéculations. Parmi elles, il existe une thèse selon laquelle cette attaque visait en premier lieu le diplomate suédois qui négociait un accord de paix avec Hermann Göring dans cette région.
Cette attaque ciblée venue du ciel pourrait donc bien avoir été un signe clair des Alliés à la Suède, afin de lui faire cesser ses efforts en vue d’un accord de paix avec le successeur auto-désigné de Hitler. Autre indice qui corrobore cette thèse: la presse suédoise avait dans le même temps recensé plusieurs attaques aériennes contre des colonne de la Croix-Rouge suédoise qui avait ses quartiers à Friedrichsruh.
Si cette théorique est exacte, le diplomate suisse n’aurait donc été qu’une victime «collatérale». Quoi qu’il en soit, la plaque apposée sur le mausolée de Bismarck rappelle désormais qu’il y a 64 ans, Adolf Zehnder a payé sa mission de consul général de Suisse de sa vie.
Renat Kuenzi, swissinfo.ch
(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard)
Le consulat de Suisse à Hambourg existe depuis 1846.
Par comparaison, on notera que la première représentation suisse à Berlin n’a été ouverte qu’en 1867.
Avant Hambourg, il existait déjà un consulat suisse à Leipzig depuis 1835. Mais celui-ci a été fermé à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Le consulat de Hambourg fut le premier consulat suisse en Allemagne à être élevé au rang de consulat général.
La ville de Hambourg compte 104 consulats, un record pour une ville européenne. Mais le consulat suisse fermera ses portes à l’automne, victime de la restructuration des représentations diplomatiques suisses (voir related stories).
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