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Commentaires passionnés sur le bannissement des armes

La vitrine d’une armurerie dans les rues de Zurich. Keystone

Le vote du 13 février, qui prévoit une limitation de l’accès aux armes, provoque beaucoup de commentaires parmi les lecteurs de swissinfo.ch. Les réactions sont tranchées, parfois même vives. Même si les deux camps sont représentés, les lecteurs semblent plutôt défavorables à une limitation.

L’initiative «Pour la protection face à la violence des armes» suscite des commentaires non seulement en Suisse, mais également parmi le public international. A l’étranger, c’est surtout aux Etats-Unis que l’intérêt est marqué.

On remarque toutefois que certaines régions du monde s’intéressent beaucoup moins au sujet. C’est ainsi que les commentaires sont fort rares sur les pages en arabe, en chinois et en japonais de swissinfo.ch.

La perception des lecteurs ne peut bien sûr pas constituer une image scientifiquement représentative de l’opinion. Sur la base des nombreux feed-back répertoriés sur le site, il est cependant possible d’affirmer que l’opinion majoritaire est plutôt défavorable à une limitation de l’accès aux armes en Suisse.

Maintenir la sécurité

Les lecteurs, tout particulièrement anglophones, sont très sensibles au thème de la sécurité, non seulement des citoyens, mais également du pays. «Si cette course au désarmement continue, les Suisses risquent bien de se réveiller un beau matin et constater que des troupes aéroportées ont pris le contrôle de leur pays», note un lecteur américain.

Plus sérieusement, les commentateurs estiment surtout qu’il ne faut pas désarmer les citoyens, alors que les criminels resteront, eux, armés. «Dans mon pays, on dit que les citoyens armés représentent un danger pour la société, affirme un lecteur belge. C’est pourquoi nos bons politiciens de gauche veulent nous sauver de ce danger en interdisant les armes. Mais soyez rassurés, les voleurs continueront à trouver des kalachnikovs à 300 euros pour vous détrousser.»

«Les criminels adorent le contrôle des armes, cela rend leur activités plus sûres», plaisante pour sa part un lecteur francophone.

Les partisans de l’initiative se manifestent en revanche moins sur cet aspect. Il se trouve ainsi peu de commentaires pour souligner, par exemple, que l’auto-défense armée peut augmenter la violence des criminels ou que faire justice soi-même peut être lourdement sanctionné par les tribunaux.

Problème des suicides

Les différents avis sont en revanche mieux représentés en ce qui concerne les suicides. Durant la campagne de votation, on a beaucoup entendu que les armes seraient à l’origine d’environ 300 suicides par an en Suisse.

Ces chiffres sont parfois contestés par les lecteurs. Mais ce qui énerve une majorité d’entre eux, c’est que les armes ne sont pas, et de loin, le seul moyen de se suicider. «Est-ce que la vente et la détention de cordes et de lacets seront interdites parce que les gens se pendent?», s’irrite un lecteur.

Beaucoup de commentaires insistent sur le fait que posséder ou non une arme ne change rien lorsque l’envie de se suicider est présente. «Le bannissement des armes aura seulement pour effet que ceux qui sont déterminés à en finir choisiront un autre moyen pour se tuer», lit-on par exemple sur la page facebook de swissinfo.ch. Et un lecteur américain de conclure: «Essayer de stopper les suicides en bannissant les armes équivaut à essayer d’enrayer l’obésité en bannissant les crèmes glacées».

Mais des commentateurs, moins nombreux il est vrai, sont pourtant d’avis que les armes représentent bel et bien un problème dans le cadre des suicides. «Les suicides et les homicides sont un problème d’arme; c’est en s’attaquant aux moyens que l’on peut réduire le nombre de suicides par années», lit-on ainsi dans un commentaire favorable à l’initiative.

Et dans le camp des partisans également, la conclusion est facile à trouver: «Si l’initiative permet de sauver seulement une vie par année, cela vaut déjà la peine que je vote oui», déclare un lecteur germanophone.

Objectivité remise en cause

Dans les commentaires, d’autres thèmes relatifs à la possession d’armes sont abordés comme le maintien des traditions suisses, le respect des libertés, le système d’armée de milice ou encore le tir sportif.  Mais, preuve que le débat est très émotif, le thème de l’orientation politique est également très souvent mis en avant.

Parmi les commentateurs hostiles à l’initiative, c’est le qualificatif de «gauchiste» qui fait le plus souvent figure d’épouvantail. «Les pseudo gauchistes frappent encore une fois», déclare un lecteur francophone. «Continuons à nous déresponsabiliser; après tout, nous sommes tous des pantins gauchistes», renchérit un autre.

Dans le camp des partisans de l’initiative, les mots sont un peu moins explicites, mais c’est une vision d’une Suisse ultra conservatrice qui est fustigée.

Au milieu de ces positions tranchées et de ces sentiments exacerbés, les journalistes de swissinfo.ch ne s’en sortent pas toujours indemnes. Ils sont jugés tantôt trop défavorables à l’initiative («Voilà swissinfo qui sort son artillerie! Artillerie d’une droite qui cette fois se montre pleurnicharde»), tantôt trop complaisants à son égard («Encore une fois, c’est un article qui fait du sensationnel en jouant sur les émotions»).

L’initiative a été remise à la Chancellerie fédérale le 22 février 2009, munie de 106’037 signatures valables.

 
Elle émane d’une coalition regroupant quelque 70 organisations: défense des droits de l’homme, syndicats, prévention du suicide, Eglises, associations de lutte contre la violence faite aux femmes, mouvements pacifistes, etc.

 
Principales exigences: établissement d’un registre national des armes, justification d’un besoin et de compétences pour posséder une arme, stockage des armes militaires dans des lieux sécurisés, interdiction de posséder des armes particulièrement dangereuses (armes automatiques, fusil à pompe) à titre privé.

 
Au niveau politique, l’initiative a reçu le soutien de la gauche. Le gouvernement et la majorité de droite du Parlement recommandent en revanche au peuple de la rejeter.

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