Défaite écrasante pour l’initiative sur le service citoyen
Le peuple suisse a rejeté dimanche l’introduction d’un service citoyen à 84,1 %. Un refus historiquement net, encore plus massif qu’anticipé. Les femmes suisses ne seront donc pas soumises à l’obligation de servir, comme le proposait l’initiative.
Il s’agit d’une véritable débâcle pour l’initiative qui souhaitait introduire un service citoyenLien externe. À peine 15,9 % des Suisses ont soutenu, dimanche en votation fédérale, le texte qui souhaitait réformer en profondeur le système de l’obligation de servir.
Avec 84,1 % de refus, la proposition lancée par une association genevoise signe l’un des revers les plus nets de ces 25 dernières années. Il faut remonter à 2015 pour trouver un rejet plus massif: l’initiative du Parti vert’libéral visant à remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie avait alors été balayée à 92 %. Le texte sur le service citoyen se classe ainsi au deuxième rang des initiatives les plus fortement rejetées depuis un quart de siècle.
Le service citoyen n’aurait pas augmenté la sécurité du pays, a commenté, pour sa part, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), également opposé au texte. Sa secrétaire politique, Pauline Schneider, a insisté sur l’importance du bénévolat en Suisse, tout en pointant les risques de «dumping salarial» qu’aurait, selon elle, entraîné l’initiative. Elle a rappelé que de nombreuses personnes s’engagent déjà de multiples façons, par exemple en s’occupant de leur famille, en organisant des grèves ou en créant des bibliothèques.
«Il faut rompre les stéréotypes»
La responsable de la campagne du oui à l’initiative, Noémie Roten, a fait part d’un «sentiment mitigé»: déçue par le résultat, mais fière d’avoir porté le débat sur la scène politique. Interrogée par la RTS, elle a appelé «à rompre les stéréotypes» et s’attend à ce que le sujet revienne dans les prochaines années.
Elle souligne que le débat, dont la virulence l’a étonnée, a beaucoup tourné autour de l’égalité. «Aujourd’hui, nous avons un système de l’obligation de servir qui ne respecte pas l’article 8 de notre Constitution fédérale, qui prévoit que les hommes et les femmes sont égaux en droits», a-t-elle estimé.
>> La réaction de la responsable de la campagne du oui, Noémie Roten:
Selon elle, cet objet porté par des acteurs de la société civile est peut-être arrivé trop tôt. «Les grands projets sociétaux ont souvent besoin de plusieurs tentatives dans les urnes», a-t-elle ajouté, en faisant le parallèle avec le combat pour le droit de vote des femmes en Suisse.
Le comité d’initiative a, par ailleurs, décidé de maintenir son recours qui demandait des corrections dans le livret de vote de la Confédération. Il estime que certaines formulations ne correspondaient pas à l’esprit de son texte et que les conditions pour un vote juste n’étaient pas réunies. Ces réclamations ont cependant peu de chance d’être entenduesLien externe par la justice.
«Il faut remplacer ‘obligatoire’ par ‘volontaire’»
Dans le camp des vainqueurs, la députée verte Clarence Chollet a estimé que ce résultat sans appel n’est pas «un non de gauche, mais un non de toutes les forces politiques», également sur les ondes de la RTS. Elle s’est aussi dite «surprise, mais satisfaite» par l’ampleur du refus.
Selon elle, le débat reviendra au Parlement pour revaloriser l’engagement volontaire. «Le problème principal de cette initiative, c’est qu’elle voulait imposer un engagement citoyen, ce qui s’apparente à du travail forcé. Si on pouvait remplacer ‘obligatoire’ par ‘volontaire’», cela apporterait beaucoup au pays. De nombreux États, comme la France et l’Allemagne, l’ont fait avec succès», a-t-elle affirmé.
>> La réaction de la députée verte Clarence Chollet, opposée à l’initiative:
Les lacunes mises en évidence
Si l’ampleur du non étonne, l’échec de l’initiative ne constitue pas une surprise. Les sondages avaient déjà laissé présager une sévère défaite en votation. Les promotrices et promoteurs du texte ne pouvaient compter sur le soutien d’aucun parti gouvernemental. De gauche à droite de l’échiquier politique, toutes les formations politiques ont combattu la proposition, à l’exception du Parti Vert’libéral et du Parti évangélique.
L’idée de base de l’initiative, soit renforcer la solidarité et la conscience des responsabilités, était certes séduisante pour beaucoup. Toutefois, au cours de la campagne, ce sont les craintes qui ont pris le dessus, notamment celle qu’une obligation de servir pour toutes et tous n’engendre des coûts supplémentaires considérables.
>> Notre interview avec la politologue, Corina Schena:
Plus
«L’initiative sur la taxation des héritages a secoué la Suisse»
Si le comité d’initiative assurait que le texte permettrait de résoudre les problèmes d’effectifs de l’armée, peu sont celles et ceux qui y ont cru. La plupart des citoyennes et des citoyens a plutôt considéré que, si les jeunes pouvaient choisir leur engagement, l’armée allait voir ses rangs se dégarnir.
À gauche, on a aussi estimé que le projet ne constituerait en rien un pas de plus vers l’égalité. Au contraire, il alourdirait le fardeau des femmes qui assument encore une grande partie du travail non rémunéré. Les partis de gauche ont aussi mis en lumière les risques de dumping salarial, estimant que les personnes astreintes constitueraient une main-d’œuvre bon marché, augmentant la pression sur les salaires et les postes de travail.
Si le texte n’a pas convaincu, il aura néanmoins permis d’ouvrir un débat important sur l’engagement citoyen, l’égalité femmes-hommes et le rôle du bénévolat.
>> Les résultats de l’autre initiative soumise en votations fédérales:
Plus
Les Suisses balaient l’initiative sur la taxation des gros héritages
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.