Genève 2000 s’achève sur un accord au rabais
Le Sommet social a dû jouer samedi les prolongations pour se fendre d'un document dépourvu de toute ambition. Les délégations ont biffé du texte original tout ce qui ressemblait à des engagements concrets. D'où la déception des ONG.
Si l’on recense tous les badges personnels accordés par les services de sécurité de l’ONU aux participants de la session spéciale de l’Assemblée générale et du Forum, si l’on y ajoute les laissez-passer à quelques centaines de visiteurs d’un jour, et si l’on compte aussi les journalistes accrédités en permanence au Palais des Nations, le Sommet social Genève 2000 a rassemblé quelque 7500 personnes. C’est un résultat positif auquel les organisateurs n’avaient pas aussi bien prévu.
A l’inverse, ils étaient nombreux pour ne pas dire majoritaires ceux et celles qui n’attendaient pas grand’chose de ce rassemblement censé faire le bilan de cinq années d’engagements ou de désengagements sociaux de l’après-Copenhague, censé aussi proposer quelques initiatives à prendre pour, comme disent certains, «humaniser la globalisation». On savait pertinemment qu’à New York les préparatifs diplomatiques achoppaient sur de très sérieuses divergences. Et qu’à Genève les quelques espoirs émis par les ONG se dégonfleraient au fil des jours. D’autant plus que cette Conférence de suivi n’avait aucun pouvoir de prendre la moindre des décisions contraignantes.
La négociation s’est finalement rabattue sur le fameux plus petit dénominateur commun. Un seul exemple suffit à l’illustrer. Plusieurs délégations soutenaient le principe de la taxe Tobin, autrement dit cet impôt international sur les transactions financières qui permettrait d’investir dans des programmes de lutte contre la pauvreté. Dans le document final, cette taxe n’est même plus mentionnée comme telle. Les gouvernements ne s’engagent assez vaguement qu’à «encourager l’étude de mesures novatrices pour financer le développement». On appelle ça noyer le poisson, et le pêcheur avec.
L’initiative suisse en faveur d’une plate-forme de dialogue et de concertation entre les grandes organisations internationales n’a pas eu davantage de succès. Les pays en développement s’en méfient comme du choléra. Ce serait, selon eux, une machinerie protectionniste supplémentaire qui permettrait aux pays occidentaux d’imposer leurs propres normes sociales.
Les plus optimistes font pourtant observer, non sans raison, que l’essentiel est sauf. Entendez par là qu’on n’a pas touché aux dix engagements solennellement pris à Copenhague. Encore heureux! Mais on n’ira pas guère plus loin. On annonce quelques recommandations en matière d’assistance technique en matière de négociations commerciales. On promet une participation réelle des pays en développement dans les processus de décision des grandes institutions monétaires, Banque mondiale, FMI et autres. Rien de très précis, constatent amèrement les ONG. C’est pour elles pure rhétorique.
Bref. Cette session genevoise de l’Assemblée générale des Nations unies ne laissera pas de glorieux souvenirs. Elle se referme comme elle s’était ouverte, dans un climat de morosité pour ne pas dire d’indifférence. Chaque camp tire ses propres conclusions, selon ses opinions mais sans conviction. A l’image du choix multiple que l’un des deux quotidiens spéciaux du Sommet et du Forum avait mis vendredi à la une de sa dernière édition: la conférence s’achève sur un succès, ou: c’est à désespérer, ou encore: c’est fini, rien de plus. A chacun simplement de cocher le titre qui lui convient.
Bernard Weissbrodt
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