«L’exode des Afghans aggrave les risques de famine»
Selon le HCR, des dizaines de milliers d'Afghans fuient les grandes villes du pays, par crainte d'une opération militaire menée par Washington. Pour l'ethnologue suisse Pierre Centlivres, ce nouvel exode ne fait qu'accentuer les risques de famine qui planent sur des millions d'Afghans.
Cibles supposées des frappes aériennes américaines, les principales villes d’Afghanistan sont en train d’être désertées, selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).
C’est le cas en particulier de Kaboul la capitale, de Jalalabad à l’est et de Kandahar, la ville où réside habituellement le mollah Mohammad Omar, chef suprême des Talibans.
Un pays déjà exsangue
Ces nouveaux mouvements de population – difficilement quantifiables – viennent grossir les rangs des millions d’Afghans qui ont fui ces dernières années les zones de combats et les régions frappées depuis plus de deux ans par l’une des pires sécheresses de l’histoire du pays.
Avant ce dernier exode, l’Afghanistan comptait près d’un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays et 3,7 millions de réfugiés, principalement en Iran et au Pakistan.
Comme le souligne Pierre Centlivres, fin connaisseur de l’Afghanistan, cette nouvelle crise frappe donc un pays déjà exsangue et accentue les risques de famine pour des millions d’Afghans.
En outre, l’Iran et le Pakistan ont décidé de fermer leurs frontières avec l’Afghanistan. Une mesure dont l’efficacité est jugée toute relative par l’ethnologue neuchâtelois: «Il est impossible de verrouiller des milliers de kilomètres de frontière. Les passages sont donc toujours possibles».
Reste qu’une fuite massive vers les camps de réfugiés semble pour l’heure impossible. Quant au ravitaillement de la population à l’intérieur du pays, il est considérablement freiné par le départ de l’ensemble des organisations internationales actives sur place.
Pierre Centlivres rappelle en outre que la distribution de nourriture avait principalement lieu dans les villes où nombre de déplacés venaient chercher refuge.
Attaque massive peu probable
Or, cette situation de crise pourrait bien durer. Le scénario d’une attaque massive et rapide sur l’Afghanistan semble en effet peu probable. A l’instar d’autres spécialistes, Pierre Centlivres souligne en effet que des frappes aériennes auraient des résultats extrêmement incertains, vu la nature montagneuse du pays et l’absence de bases militaires de grande envergure.
Quant à l’envoi de troupes au sol pour essayer de capturer le responsable désigné des attaques terroristes du 11 septembre dernier, Oussama Ben Laden et les milices qui l’entourent, Pierre Centlivres juge cette option également peu réaliste: «Alors là, c’est vraiment l’aventure. De plus, aucune troupe étrangère n’a pu s’installer dans la durée en Afghanistan».
Reste un soutien soutenu de Washington et de ses alliés à l’opposition afghane. «Ce scénario est envisageable. Mais il est trop tôt pour connaître les effets de la mort du commandant Massoud sur une opposition déjà faiblement unifiée», souligne Pierre Centlivres qui tient à préciser que d’autres issues sont possibles, comme une division au sein du régime des talibans.
Frédéric Burnand
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