Le CICR veut être prêt à toutes les éventualités en Afghanistan
Un camion du CICR a passé la frontière afghane et livré samedi du matériel médical à Kaboul. Pour l'organisation humanitaire, c'est une bonne nouvelle. L'autre serait que son personnel expatrié puisse rejoindre l'Afghanistan. En attendant, il se prépare à tous les scénarios.
«Nous avons très mal vécu notre retrait forcé d’Afghanistan, c’est un vrai coup dur, depuis 1987, nous n’avions jamais quitté le sol afghan», dit Jean-Michel Monod, délégué général du Comité international de la Croix-Rouge pour l’Asie et l’Amérique latine.
Dieu sait s’il en est passé des faits très graves durant toutes ces années. Il suffit de regarder les images de désolation de Kaboul pour s’en persuader. Mais, quels que soient les événements, le pouvoir taliban avait toujours garanti la sécurité du CICR. Jusqu’à ce 16 septembre où il a demandé à tous les expatriés de quitter le pays.
Reste le millier d’employés nationaux de l’organisation. Heureusement, explique Jean-Michel Monod, car grâce à eux la plupart des activités d’assistance médicale et d’assistance aux amputés continuent, quoique à vitesse réduite, vu l’impossibilité de regarnir les stocks.
Des nouvelles rassurantes, mais l’inquiétude demeure
Le CICR craint évidemment pour la sécurité de ses collaborateurs afghans. Les contacts qu’il peut entretenir par radio avec certains d’entre eux ne sont pas très bons, se limitent au strict minimum et varient d’un endroit à l’autre du pays.
Pour le moment, les nouvelles semblent toutefois plutôt rassurantes, dans la mesure où un premier camion test a donc pu livrer des médicaments à Kaboul et où d’autres devraient suivre le même chemin. Dans la mesure aussi où, à la connaissance du CICR, il ne s’est vraisemblablement pas passé d’événements militaires graves.
«Par contre, ajoute aussitôt Jean-Michel Monod, l’angoisse est toujours aussi grande quand on songe à ce qui peut potentiellement arriver». C’est là que l’organisation humanitaire doit échafauder diverses hypothèses et se préparer à toutes les éventualités.
Priorité numéro un: le retour en Afghanistan
«Alors que nos collègues de l’ONU se préparent à accueillir au Pakistan et en Iran un flot de réfugiés, poursuit-il, notre devoir à nous, au CICR, est de nous concentrer sur les activités humanitaires à l’intérieur de l’Afghanistan. Ne sachant pas où se situera la plus grande urgence et quelle forme elle aura, nous devons être prêts à attaquer les problèmes sous tous les angles possibles.»
Voilà ce à quoi s’attellent donc, tout autour du pays, les quelques dizaines d’expatriés de la «délégation du CICR en exil». Au Pakistan, mais aussi en Iran, au Turkménistan, en Ouzbékistan et au Tadjikistan, certains d’entre eux sont en train d’aménager de nouvelles structures et d’organiser la mobilisation de l’assistance humanitaire.
Pour tous, l’objectif prioritaire est de retourner en Afghanistan. Et de le faire par toutes les portes possibles si la situation le réclame. Encore faut-il que les Talibans donnent leur feu vert. «Au moindre signal de leur part, dit Jean-Michel Monod, nous y allons aussitôt.»
Famine, prisons et mines
C’est qu’il y a urgence, notamment dans le domaine nutritionnel. Depuis quatre ans, une partie de l’Afghanistan est gravement touchée par la sécheresse. Dans la province de Ghor, par exemple, dans le centre-ouest du pays, le CICR devait ravitailler un demi-million de personnes avant l’hiver. Il n’a eu le temps de le faire que pour la moitié d’entre elles. Il est sans nouvelles des 250 000 autres, errant peut-être quelque part sur les routes.
Et qui va s’assurer que les prisonniers sont bien traités? Jusqu’à son retrait, le CICR visitait plus de 5000 détenus dans l’un ou l’autre camp du pouvoir taliban et de l’Alliance du nord. Même si les collaborateurs afghans du CICR ont la capacité de remplir cette tâche difficile, on ne leur demandera pas de prendre de tels risques, voire d’exposer leurs familles à toutes sortes de pressions ou représailles.
On n’oubliera pas non plus que l’Afghanistan est l’un des endroits les plus minés du monde. Le CICR y a installé de nombreux ateliers orthopédiques pour y fabriquer quantité de prothèses. Le nouvel exode forcé de centaines de milliers d’Afghans passe forcément par des routes truffées de mines antipersonnel. Mais personne ne saura jamais le nombre de ceux qui y laisseront leur vie ou une partie de leur corps.
Bernard Weissbrodt, Genève
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