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Le difficile travail des ONG suisses en Afghanistan

Le soutien actuel ne suffit pas. Les acheminements de nourriture devraient doubler. Keystone Archive

"Médecins sans frontières" a cessé jeudi ses activités en Afghanistan, après avoir subi des pillages. D'autres ONG poursuivent tant bien que mal leur travail.

Dans un communiqué diffusé jeudi, MSF précise que, dans les missions qu’elle gère à Kandahar et à Mazar-e-Sharif, «les voitures, le matériel et des stocks de médicaments, tous destinés aux programmes d’assistance, ont été pillés» lundi. MSF ajoute que d’autres organisations ont été touchées dans le pays.

Présentes sur le terrain depuis plusieurs années, d’autres ONG, dont certaines helvétiques, poursuivent leurs projets tant bien que mal. Grâce à leurs équipes afghanes.

En effet, les étrangers ont dû quitter, il y a plus d’un mois, la zone aux mains des taliban. Les expatriés ne sont présents que dans les régions tenues par la Ligue du Nord. Mais les ONG continuent de soutenir le peuple afghan sur l’ensemble du territoire.

Avec plus ou moins de difficultés. Ainsi, les autorités taliban de la ville de Kandahar ont annoncé jeudi qu’elles n’étaient pas en mesure de garantir la sécurité des humanitaires.

Agences humanitaires attaquées

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU a confirmé divers incidents à Kandahar au cours desquels des «hommes armés non afghans» ont attaqué des agences humanitaires. Alertée, la police taliban est intervenue.

Autre exemple de ces difficultés: le Programme alimentaire mondial (PAM), qui dépend des Nations unies, a repris jeudi le contrôle de son entrepôt à Kaboul. Qui était passé, mardi, aux mains des taliban.

Mais les ONG ne baissent pas les bras. Terre des hommes, par exemple, mène des projets au nord du pays, mais aussi à Kaboul. L’ONG emploie 160 Afghans, encadrés par deux Suisses. Ceux-ci suivent le déroulement des opérations depuis Peshawar, au Pakistan.

Contacts réguliers

«Nous sommes en contact avec eux, et nous mettons sur pied des opérations d’urgence pour envoyer du matériel, raconte Nathalie Chuard, délégué-adjointe. Des médicaments, pour un montant total de 20 000 dollars, doivent partir la semaine prochaine.»

Les contacts avec l’intérieur sont en fait limités aux aspects logistiques. Les lignes sont vraisemblablement sous écoute.

«Nous essayons par tous les biais d’aider la population», confirme Ernst Lueber, responsable du programme Afghanistan à la Croix-Rouge suisse. Son organisation installe des vivres et du matériel autour de l’Afghanistan. Pour intervenir rapidement en cas d’arrivée massive de réfugiés, ou si les frontières sont ouvertes aux étrangers.

Convois humanitaires

Autre effort: celui d’amener en Afghanistan des convois. Interdites au début des frappes, les importations de vivres, matériel et médicaments reprennent au cas par cas. Et des vivres du Programme alimentaire mondial (PAM), qui dépend des Nations unies, semblent avoir atteint Kaboul, selon des informations obtenues à Peshawar. Le PAM entend maintenant livrer des vivres depuis l’Iran.

Les taliban n’empêchent pas ce trafic humanitaire, auquel les ONG suisses participent. Mais certains postes-frontières restent difficiles à franchir. Et les ONG peinent à trouver des chauffeurs prêts à entreprendre le trajet.

Un exemple de cette aide: Medair, une ONG fondée il y a 13 ans en Suisse, a acheminé 200 tonnes de nourriture à Kaboul le 4 octobre. Mais cela ne permet de ravitailler que les personnes dont Medair s’occupe, dans le cadre d’un programme d’aide aux tuberculeux.

De façon générale, le soutien actuel ne suffit pas. Les acheminements de nourriture devraient doubler, selon les ONG suisses. Et surtout, les expatriés, actuellement interdits d’entrée, devraient garantir la distribution des vivres.

Le spectre de la famine

Et le temps presse. «Nous n’avons jamais voulu parler de famine généralisée, mais cela risque d’être le cas dans quelques mois», s’inquiète Bruno Lab, de Médecins sans frontières (MSF).

Pour l’instant, la situation humanitaire n’a pas dramatiquement changé. Mais les ONG s’inquiètent de l’absence de stocks. Les vivres et les médicaments qu’ils ont laissés derrière eux lors de leur évacuation ne sont pas suffisants pour passer l’hiver.

Les humanitaires craignent que la combinaison de l’hiver et de la guerre, avec son lot de déplacés, n’entraîne une catastrophe médico-nutritionnelle. Plus concrètement, une distribution généralisée de nourriture risque d’être nécessaire, alors que de telles aides restaient jusqu’à aujourd’hui ciblées.

Caroline Zuercher

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