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Les «Crypto-Leaks» mettent la neutralité suisse sous pression

Les nuages noirs s'amoncellent sur la Berne fédérale à la suite de la révélation de l'affaire Crypto. Keystone / Anthony Anex

L’affaire d’espionnage entourant la société zougoise Crypto AG touche également le cœur de l'identité suisse: la neutralité. Politiciens, historiens et médias débattent des conséquences possibles de cette affaire sur la crédibilité de la Suisse en tant que petit État neutre.

Ce contenu a été publié le 13 février 2020 - 15:55

Il reste encore beaucoup de questions ouvertes sur la manipulation des machines de cryptage de Crypto AG par les services de renseignement américains et allemands. On ne sait pas encore avec certitude qui a fait quoi et quand. Pourtant, ces questions sont d’une importance capitale.


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La Suisse n'est certes pas responsable, en vertu du droit international, des actions des entreprises privées sur son sol, comme l'explique l’historien Georg Kreis dans un entretien accordé au quotidien alémanique «Tages-Anzeiger». Mais la situation serait différente si la Confédération ou les services secrets avaient été informés.

En effet, «même les services de renseignement doivent se soumettre à la doctrine officielle de la neutralité», a rappelé Georg Kreis. Dans le cas contraire, les collaborateurs de la Confédération auraient violé la neutralité de la Suisse. Or cela semble bel et bien être le cas.

Les documents dont dispose notamment la radiotélévision publique alémanique SRF montrent clairement que les services secrets suisses ont été mis au courant de l’opération. Les enquêtes précédentes étaient parvenues à une conclusion différente.

Sous le choc

À droite comme à gauche, les présidents de parti sont sous le choc: «Du point de vue d'un petit État neutre et souverain, ça ne va bien sûr pas», a par exemple déclaré à SRF Albert Rösti, président de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice). Christian Levrat, président du Parti socialiste, affirme pour sa part que l'affaire prendrait une «dimension différente» si «la Suisse savait que même des alliés des États-Unis ont été mis sur écoute».

Il est de notoriété publique que la Suisse est «un Etat neutre occidental», comme le dit Georg Kreis. D'une manière générale, la politique de neutralité de la Suisse a toujours été traitée avec beaucoup de souplesse: «Nous n'avons jamais été un neutre absolument neutre», juge l’historien.

«La Suisse doit présenter des excuses»

Historien lui aussi, et homme politique ancré très à gauche, Jo Lang s’est beaucoup intéressé aux questions de surveillance, de fichage et de neutralité au cours des dernières décennies. Il estime que la Suisse doit présenter ses excuses aux pays qui ont acheté des appareils de cryptage manipulés sous le couvert de la neutralité suisse.

Georg Kreis considère pour sa part que les dommages concernent moins la politique étrangère que la politique intérieure, même si l'affaire pourrait entacher la confiance dans la politique des bons offices de la diplomatie suisse. L'historien affirme que l’affaire est entrée en collision avec «la compréhension couramment admise de la neutralité». La population suisse idéalise le concept de neutralité. Dès lors, si les tensions avec la politique réelle deviennent trop grandes, le peuple n’est plus d’accord, estime l’historien.

«Neutralité hypocrite»

Le «Bund» écrit d’ailleurs: «Cette révélation fait mal. Elle montre que la neutralité, qui est encore sacrée pour les Suisses, est souvent hypocrite». Le commentateur du quotidien bernois décrit la neutralité comme «le mensonge durable de la Suisse» avec «une part de folklore».

S'il s'avérait que cette opération d'espionnage avait la bénédiction du Conseil fédéral et que les services de renseignements suisses bénéficiaient activement des informations, ce serait «un désastre pour l'image de neutralité que la Suisse a d’elle-même», écrit la «Neue Zürcher Zeitung». L’objectif est désormais de «lever tous les doutes sur la crédibilité de la Suisse en tant que médiateur dans les conflits ou en tant que place fiable pour y faire des affaires», estime le quotidien zurichois.

Nous en saurons plus fin juin au plus tard. L'ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer a été chargé par le Conseil fédéral de remettre un rapport d'enquête sur cette affaire d’ici cette date. Il est fort possible que le Parlement intervienne également, les appels en faveur de l’instauration d’une commission d'enquête parlementaire devenant de plus en plus pressants.


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