Le grand retour de la manière douce

Les ONG jouent un rôle croissant dans la solution des conflits. Keystone

L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis débouche déjà sur un changement symbolique de la vision du monde et de la résolution des conflits chez la plus grande puissance mondiale.

Ce contenu a été publié le 17 novembre 2008 - 17:12

Certains principes de la plate-forme d'Obama et de sa rhétorique de campagne – dialogue, multilatéralisme et approche plus conciliante de l'Etat – sont déjà appliqués, ainsi que l'a démontré une conférence tenue mardi passé à Berne.

«La différence a déjà commencé à se faire sentir», a déclaré Mari Fitzduff, experte en processus de paix, face aux délégués de la 20e réunion annuelle de la Fondation suisse pour la paix, Swisspeace, dans la ville fédérale.

Mari Fitzduff, Irlandaise installée à l'Université de Brandeis, dans le Massachusetts, faisait référence à un notable fléchissement stratégique en Irak, en partie sous l'impulsion du général David Petraeus, qui supervisait les forces américaines dans ce pays jusqu'en septembre.

Cet infléchissement a vu basculer la manière forte et unilatérale qui a caractérisé la présidence de George W. Bush au profit d'un «pouvoir doux». En Irak et dans d'autres régions du monde, cela signifie une meilleure interaction avec la démocratie et le pouvoir local, qui consiste à privilégier contacts et relations plutôt que la politique du bâton.

«Il y a eu un revirement complet, a déclaré Mari Fitzduff. On ne gagne plus les guerres seulement avec une armée.»

Alors que le recul marqué de la violence en Irak depuis la mi-2007 a coïncidé avec un renforcement des troupes américaines en certains points délicats, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a suggéré que les fonds consacrés au budget militaire soient transférés vers celui des diplomates du Département d'Etat.

Aller de l'avant

La listes de pays nécessitant une reconstruction – ou qui pourraient en avoir besoin dans les décennies à venir – s'étend du Proche-Orient à l'Afrique, l'Asie et l'Europe de l'Est.

Mari Fitzduff a évoqué les barrières abattues par la progression de la globalisation dans le monde et les fractures politiques qui ont débouché sur une augmentation du nombre d'Etats. Depuis la création des Nations Unies en 1945, ce nombre est passé de moins de 50 à environ 200.

«Même si le pouvoir tend à se régionaliser et à se globaliser, il y a encore des gens qui espèrent voir leur pays conserver une parcelle de pouvoir pour leur peuple, leur ambassade, leur armée, etc.», a-t-elle encore déclaré.

Dans ce contexte, les organisations non gouvernementales ont une responsabilité accrue dans la reconstruction d'Etats troublés, dit-elle encore. Certaines d'entre elles ont un budget plus important que nombre de gouvernements, et ce sont elles qui canalisent la plus grande partie du budget de l'ONU.

«J'ai été frappée par l'extraordinaire croissance des ONG», indique Mme Fitzduff, avant d'ajouter que le grand débat est de savoir qui peut disposer d'un siège à la table des négociations.

La spécialiste fait allusion à un «désir d'acceptation» chez certaines institutions multilatérales à l'égard de la société civile – qui inclut au sens large les oeuvres d'entraide, les organisations religieuses et les syndicats.

«Il y a là beaucoup plus de possibilités d'accroître pouvoir et influence.»

Le rôle de l'économie

John Bray, autre conférencier et analyste de la société Control Risks, a expliqué à swissinfo que le secteur privé joue un rôle capital dans les pays qui sortent d'un conflit.

«Le secteur privé offre des solutions où l'Etat ne peut que partiellement agir», a-t-il affirmé. Il estime que si les entreprises peuvent mettre leur expérience au service du processus de reconstruction et que le partenariat avec la société civile et le gouvernement sont bénéfiques, il n'est pas souhaitable pour autant que tous s'assoient autour de la table de négociations.

Il estime plutôt que la responsabilité clé du monde des affaires est de faire ce qu'il sait faire: créer une prospérité basée sur «des relations gagnantes sur tous les fronts».

Ces partenariats s'imposent spécialement dans les pays pauvres, où un petit nombre de grandes entreprises assurent une bonne partie des rentrées fiscales. Au Liberia, en Afrique de l'Ouest, la société de pneumatiques Firestone fournit non seulement des emplois, mais des services de santé et d'éducation ainsi que des logements pour ses employés et leur famille.

Même si Firestone était absent de la table des négociations de paix, son engagement social auprès de milliers de Libériens n'était pas absent du débat pour la paix.

Mais à quel point les entreprises doivent-elles assumer ces responsabilités secondaires? «La limite est toujours floue, surtout dans des Etats faibles, répond John Bray. En prenant certaines responsabilités, n'y a-t-il pas un risque d'affaiblir la capacité de l'Etat à jouer son rôle?»

Il ajoute que chaque situation contient ses propres réponses mais conseille aux entreprises de faire le bien, car les pratiques de prédateurs basées sur le principe de diviser pour régner sont désormais injustifiables.

«Il ne s'agit pas seulement de maximaliser les profits, mais de les maximaliser avec une certaine intégrité. Je pense que le business a plus de légitimité s'il fonctionne de manière collective.»

swissinfo, Justin Häne
(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)

Swisspeace

La fondation suisse pour la paix est un institut de recherche sur la paix actif dans l'analyse de conflits et de la promotion de la paix.

Fondé en 1988, elle analyse les causes de conflits et développe des instruments au profit des gouvernements et des ONG pour identifier et résoudre ces conflits.

Elle développe de nouvelles approches en matière de médiation et de conciliation, en mettant l'accent sur la mise en réseau des différents acteurs.

Basée à Berne, elle emploie près de 30 personnes. Ses principaux mandants sont le gouvernement suisse, le Fonds national de la recherche ainsi que des organisations et fondations nationales et internationales.

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Mari C. Fitzduff

Elle est professeure et directrice du Programme international MA de l'Université de Brandeis, aux Etats-Unis.

Née en Irlande, elle a participé au processus de paix en Irlande du Nord et a été consultante en Afrique, en Asie et dans les Balkans.

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John Bray

Diplômé de l'Université de Cambridge, il est spécialiste auprès de la société Control Risks.

Basé au Japon, il travaille essentiellement à des projets internationaux en Asie, en Europe et en Afrique, dans le domaine de la politique du secteur privé dans des zones de conflits, des stratégies anticorruption et des droits humains.

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