Les managers donnent un coup de pouce à l’initiative Minder
L’initiative populaire «Contre les rémunérations abusives» a de grandes chances d’être acceptée lors des votations fédérales du 3 mars, selon un sondage de SRG SSR. La Loi sur l’aménagement du territoire pourrait elle aussi passer la rampe. Le sort de l’amendement encourageant la politique familiale est en revanche plus incertain.
«C’est le plus fort taux d’avis favorables que nous n’ayons jamais vu pour une initiative populaire», déclare Claude Longchamp, directeur de l’institut gfs.bern qui a réalisé ce sondage pour le compte du diffuseur national SRG SSR. Ce second et dernier sondage montre que l’initiative qui entend lutter contre les rémunérations abusives des top managers convainc 64% des personnes interrogées, alors que 27% seulement la rejettent.
Apparemment, une grande partie de la population juge que les bonus excessifs et, de manière générale, les salaires élevés des hauts cadres représentent un «problème non résolu», note le politologue. Par ailleurs, certains événements ont encore chauffé l’atmosphère contre les « profiteurs ». «Penser que c’est un oui plutôt qu’un non qui sortira des urnes le 3 mars est une évaluation réaliste», conclut Claude Longchamp.
Parmi ces événements qui font pencher la balance, le politologue cite UBS qui a annoncé simultanément une perte de 2,5 milliards de francs pour 2012 et l’octroi de bonus pour un montant équivalent. Mais il y a surtout le cas de Daniel Vasella. Avec ses rémunérations record, le président sortant du conseil d’administration de Novartis était déjà considéré comme l’un des déclencheurs de l’initiative. Mais l’annonce il y a quelques jours d’un parachute doré de 72 millions en sa faveur a encore renforcé la polémique, même si, entre-temps, l’intéressé a renoncé à cette juteuse indemnité de départ.
Ces événements ont été «vraisemblablement défavorables» aux adversaires de l’initiative. «Les débats émotionnels sont en règle général à l’avantage des partisans d’une initiative, mais certainement pas à l’avantage de ceux qui la combattent», commente Claude Longchamp.
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Vers un triple «oui»
Base contre hiérarchie
Concrètement, l’initiative a perdu un pourcent par rapport au premier sondage, tandis que les opposants en ont gagné deux. Mais ce qui est significatif, c’est le fait que le camp de ceux qui sont certains de voter pour l’initiative a augmenté de 6% et que celui de ceux qui sont sûr de voter contre s’est apprécié de 4%.
Il est intéressant de constater que tous les partis de droite ont appelé à voter contre l’initiative. Cependant, seuls les sympathisants du Parti libéral-radical (PLR) semblent tant bien que mal respecter ce mot d’ordre. En ce qui concerne les autres formations bourgeoises, les sondeurs constatent un clivage.
«Il existe dans presque tous les partis de droite une sorte de conflit entre la base et l’élite, déclare Claude Longchamp. Le cas de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) est exemplaire. Le parti national recommande de rejeter l’initiative. Mais selon notre sondage, plus de 60% de ses sympathisants y sont favorables.»
Pour ce sondage, l’institut gfs.bern a interrogé par téléphone un échantillon représentatif de 1217 personnes dans toutes les régions linguistiques du pays, entre le 8 et le 15 février.
Pour des raisons liées à la protection des données, les autorités ne mettent plus les coordonnées des Suisses de l’étranger à la disposition des sondeurs.
La marge d’erreur est de +/- 2,7%.
Politique familiale sur le fil du rasoir
Le sondage dévoile une situation nettement différente pour l’article constitutionnel sur la famille, dont le but est d’améliorer les conditions de vie des parents qui souhaitent combiner travail et famille. Alors que l’objet semblait promis à une facile acceptation lors du premier sondage (66% de oui pour 23% d’opposants), les opinions favorables – bien que toujours majoritaires – ont en effet sensiblement fondu lors de la 2e enquête (55%), alors que le camp du non a repris du poil de la bête (35%).
« Nous n’avions pas prévu un retournement aussi extrême», admet la politologue Martina Imfeld, de gfs.bern. Elle attribue ce glissement dans l’opinion à l’envoi par l’UDC d’un tous-ménages tiré à 4 millions d’exemplaires prônant le rejet du texte. Cela a semé le doute parmi les citoyens, même si l’effet de ce marketing direct ne semble pas «durable», relèvent les politologues.
Si la tendance se poursuit toutefois, l’issue du vote restera ouverte. Si elle s’estompe, une acceptation de l’article semble plus probable qu’un rejet.
Initiative populaire «contre les rémunération abusives»: lancée par l’entrepreneur Thomas Minder (Schaffhouse), qui a depuis été élu à la Chambre haute du Parlement, cette initiative propose l’introduction d’un article constitutionnel doté d’une série de dispositions qui renforcent les droits des actionnaires des sociétés suisses cotées à la bourse. Le but est d’éviter que les top managers s’attribuent des rémunérations exorbitantes sans aucun rapport avec les résultats de leur société.
Modification de la Loi sur l’aménagement du territoire: cette révision partielle vise à réduire la superficie des zones constructibles, jugée surdimensionnée, afin de freiner le bétonnage de la Suisse. Il s’agit d’un contre-projet indirect à l’initiative populaire «Pour le paysage» lancée par Pro Natura. L’organisation écologiste retirera son initiative en cas d’acceptation de la modification.
Arrêté fédéral sur la politique familiale: ce nouvel article constitutionnel charge la Confédération et les cantons de promouvoir la compatibilité entre la vie de famille et une activité lucrative ou une formation. Cette promotion pourrait notamment passer par des allègements fiscaux ou des structures supplémentaires de garde pour la petite enfance.
Aménagement du territoire: vers le oui
Les sondeurs donnent plus de chances à la révision de la Loi sur l’aménagement du territoire, qui vise à freiner le bétonnage de la Suisse en réduisant à terme les surfaces à bâtir dans les cantons. L’argument principal en faveur de l’objet, à savoir freiner le «mitage» du sol, semble porter: 59% des personnes interrogées disent «oui» à la nouvelle loi (en hausse de 5%), alors que 22% la rejettent (+4%).
Cette évolution est «typique des propositions défendues par les autorités», remarque Martina Imfeld. Les choses peuvent encore un peu bouger, les avis sur la question n’étant pas encore complètement formés. Mais là aussi, un succès aux urnes semble être l’issue la plus probable, pronostique gfs.bern.
(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard, Federico Bragagnini)
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