Une voûte intergalactique pour les droits humains

Miquel Barceló reçoit les félicitations du roi d'Espagne sous le regard de Pascal Couchepin (à gauche), de la reine Sofia et de Ban Ki-moon (à droite). Keystone

Inaugurée le Juan Carlos, roi d'Espagne, Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU et Pascal Couchepin, président de la Confédération, la salle du Conseil des droits de l'homme est dominée par une voûte grandiose conçue par l'artiste espagnol Miquel Barceló.

Ce contenu a été publié le 18 novembre 2008 - 18:42

Devant un parterre de 700 VIP de la Genève internationale et d'hôtes de marque comme le Premier ministre turc Recep Erdogan, la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, sans oublier une délégation de haut rang du gouvernement Zapatero (la rénovation de la salle est un don de l'Espagne), le secrétaire général de l'ONU salue le peintre espagnol pour son œuvre qualifiée d'innovatrice et rayonnante.

«C'est une remarquable adjonction aux Nations unies qui stimulera l'imagination de tous ceux qui travaillent ici», lance Ban Ki-moon.

Equipée d'outils high-tech, la salle circulaire est surmontée d'une coupole de 1400 mètres carrés parsemée de stalactites multicolores, évoquant tantôt une grotte marine, l'espace interstellaire ou les profondeurs de l'océan.

«Les couleurs apparaissent différemment selon l'endroit où vous êtes assis, de la même manière que les pays et les peuples ont des perspectives différentes sur les défis que nous devons affronter», déclare Ban Ki-moon, dans un discours lyrique.

Une source d'inspiration

Avant d'ajouter: «Le lien avec le multilatéralisme est clair: il faut avoir un éventail complet d'opinions pour relever efficacement les nouveaux défis mondiaux, comme la crise financière, le changement climatique et les objectifs du Millénaire (fixés par l'ONU en 2000).»

Ban Ki-moon invite les diplomates à s'inspirer de la créativité de l'artiste espagnol: «N'acceptons pas le statu quo, mais soyons au contraire visionnaires, créatifs et audacieux.»

Pascal Couchepin confie, lui, son émerveillement devant «les jeux optiques» de la voûte multicolore de la salle rénovée. «Nous sommes presque étourdis devant la splendeur et la grandeur de l'œuvre», témoigne le président de la Confédération suisse.

Les clés de l'œuvre

Dans un entretien accordé à l'Agence France Presse, Miquel Barceló livre quelques clés de son geste artistique: «Cet espace, c'est un peu de la science-fiction. C'est comme un Conseil intergalactique, avec des gens et des langues tellement différents, avec des opinions si opposées.»

Relevant que la salle est orientée du sud vers le nord, où siège la présidence, Miquel Barceló explique: «Je voulais que, depuis la porte, on voie presque tout blanc, gris, vert et que, depuis la présidence au nord, on voie une intensité maximum de couleurs.»

Et l'artiste de confesser: «Bien sûr, cela a à voir avec les grottes marines de Majorque.» Une île espagnole dont il est natif.

Un travail herculéen

Afin de réaliser cette œuvre magistrale – dans tous les sens du terme – Miquel Barceló a travaillé durant un an au projet dans son atelier, puis treize mois sur place.

Un chantier qui a nécessité quelques prouesses techniques. Pour projeter la peinture (35 tonnes) sur la voûte à 30 mètres du sol, l'artiste a dû inventer des solutions techniques. Et ce en utilisant par exemple une pompe industrielle dont il a inversé le courant.

«J'avais prévu dès le départ de procéder ainsi, raconte l'artiste. Mais si cela n'avait pas marché, je n'avais pas de plan B. Je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait. J'ai eu des grandes difficultés au début: je n'avais pas pris la mesure de cet espace monstrueux. C'est une technique que j'avais déjà utilisée sur des toiles mais là, il a fallu que je réinvente, que je change totalement d'échelle.»

Le nerf de la guerre

La rénovation totale de la «Salle des droits de l'Homme et de l'alliance des civilisations» aura coûté un peu plus de 20 millions d'euros (30 millions de francs) à l'Espagne. Un don financé par une fondation ONUART avec une participation à hauteur de 60% de grandes entreprises espagnoles.

L'origine des 40% de fonds publics, prélevés en partie sur le budget de l'aide espagnole au développement, a déclenché une acerbe polémique en Espagne. Miquel Barcelò, lui, se refuse à révéler le montant de ses honoraires.

Quoi qu'il en soit, le Palais des Nations dispose maintenant d'un argument de poids pour attirer les touristes et les amateurs d'émotions artistiques.

Avant de pénétrer dans cette salle enchanteresse, ils remarqueront peut-être les restes encadrés du drapeau des Nations Unies qui signalait le bureau de l'ONU à Alger. Jusqu'aux attentats du 11 décembre 2007.

swissinfo, Frédéric Burnand avec les agences

Occasion diplomatique

En marge de l'inauguration de la salle, Pascal Couchepin et Micheline Calmy-Rey ont eu des entretiens avec le Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero et le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos.

Les deux ministres suisses ont également rencontré le roi d'Espagne Juan Carlos.

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Session spéciale

Dès la semaine prochaine, une session spéciale du Conseil des droits de l'homme pourrait essuyer les plâtres de la nouvelle salle du Palais des Nations.

L'Union européenne travaille en effet à réunir un maximum de pays pour une réunion urgente sur la guerre qui ravage l'est de la République démocratique du Congo.

Cette session spéciale est réclamée par plus d'une quarantaine d'ONG, dont Freedom House, UN Watch, Amnesty International et Human Rights Watch et d'autres organisations actives en Afrique.

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