Le frein à l'immigration inquiète la presse internationale

De Londres à Madrid, le repli suisse suscite commentaires et interrogations. RDB

L’acceptation par le peuple suisse de l’initiative «contre l’immigration de masse» provoque un flot de réactions dans la presse internationale. Ce vote serait susceptible de se répercuter à travers l’Europe et d’apporter de l’eau au moulin des eurosceptiques, estiment nombre de commentateurs.

Ce contenu a été publié le 10 février 2014 - 13:51
swissinfo.ch

Dans son édition internationale, le New York Times affiche le résultat de la votation helvétique sur sa Une: «Les citoyens suisses approuvent de nouvelles restrictions en matière d’immigration». L’immigration est devenue un sujet de polarisation en Europe, explique le New York Times: «Les nations les plus prospères craignent de plus en plus que leur système de protection sociale ne soit plus capable de gérer l’afflux de travailleurs provenant des pays économiquement plus faibles de l’Europe de l’Est».

Pour le Financial Times, le résultat du vote est susceptible de se répercuter à travers l’Europe, «où l’hostilité envers les immigrants est de plus en plus ancrée dans les plus grandes économies du continent». Le scrutin helvétique apportera également de l’eau au moulin des eurosceptiques – en Grande-Bretagne et au-delà – «qui appellent à resserrer les courbes de l’immigration et à un rapatriement des pouvoirs», note le quotidien britannique.  

 

Quant au Wall Street Journal, il estime que l’initiative a «puisé son succès dans l’inquiétude généralisée selon laquelle l’immigration a créé trop de concurrence sur les emplois, fait grimper les prix de l’immobilier et des loyers, et surchargé le système de transports». L’acceptation des restrictions en matière de migration «ouvre la voie à une période d’incertitude pour la Suisse, l’UE et le monde des affaires helvétique», poursuit-il.

Réactions politiques en France

En France, les médias ont également abondamment commenté l’acceptation à une courte majorité (50,3%) de l’initiative lancée par la droite conservatrice. 

«On dira que c'est un vote antiélitiste, anti-patronat, anti-syndicats, antigouvernemental; un vote de crispation identitaire, suscité par une formation populiste qui manie sans scrupule la tactique du bouc émissaire», commente Le Monde. Et ce dernier d'estimer que «ce vote traduit aussi une réalité à laquelle n'échappe aucun pays occidental: à tort ou à raison, une bonne partie de l'opinion est gagnée par la perception d'une immigration incontrôlée qui met à mal les populations les plus fragiles de nos sociétés. Il ne faut pas laisser la réflexion sur ce sujet aux seuls démagogues des partis protestataires».

Lundi matin, le site de Libération titrait quant à lui sur la réaction de Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. Celui-ci a estimé au micro de RTL que le vote suisse est «une mauvaise nouvelle à la fois pour l’Europe et pour les Suisses». «C’est un vote préoccupant parce qu'il signifie que la Suisse veut se replier sur elle-même (…) et c'est paradoxal car la Suisse fait 60 % de son commerce extérieur avec l'Union européenne», a expliqué Laurent Fabius. «On va revoir nos relations avec la Suisse», a encore souligné le chef de la diplomatie française.

Le Monde

C'est un vote antiélitiste, anti-patronat, anti-syndicats, antigouvernemental.

lefigaro.fr relaie également tout en haut de sa page d’accueil les réactions des politiciens français. Celle de l’UMP François Fillon notamment, qui s’est clairement prononcé en faveur d’une politique des quotas. Interrogé par BFM-TV et RMC, l’ancien Premier ministre a jugé «parfaitement naturel» que la Suisse veuille réduire le nombre d’étrangers sur son territoire. «Je propose depuis des mois que la France ou l’Europe – les deux peuvent être possibles – adoptent le même système», a-t-il indiqué. La présidente du Front National s’est quant à elle ouvertement félicitée du choix de ses voisins helvétiques: «Les Suisses font preuve de beaucoup de bon sens, ils veulent conserver leur priorité nationale car là-bas la priorité nationale existe», a-t-elle déclaré sur Europe 1.

«La Suisse vote le rétablissement de quotas pour les étrangers», titre pour sa part Rue89. «En cas de retour des quotas, Bruxelles pourrait remettre en question d’autres accords bilatéraux, notamment sur les transports et l’agriculture», explique le site d’information.

Des travailleurs qu’il faut respecter

En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung relève qu’il s’agit de la plus lourde défaite pour les partis politiques (à l’exception de l’UDC), ainsi que pour les représentants des employeurs et des syndicats depuis le rejet de l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE) en 1992. «La Suisse a été divisée en deux camps sur cette question», écrit la Süddeutsche Zeitung. Die Welt en appelle à Christoph Blocher, éminence grise de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice): «Son parti doit veiller à ce que cette victoire, conquise sur fond de polémique, ne soit pas le début de la fin du miracle économique suisse».

En Italie, le Corriere della Sera note que le canton du Tessin est celui qui a voté le plus largement en faveur de l’initiative contre l’immigration de masse (68%). «Les 60'000 frontaliers italiens qui travaillent au Tessin pourraient être particulièrement touchés par cette décision», estime le quotidien libéral. La Stampa pour sa part cite Roberto Maroni, président de la région lombarde, qui a déclaré par le passé qu’on ne pouvait pas traiter les travailleurs frontaliers comme des «souris». «Au contraire, ce sont des travailleurs que l’on doit respecter et traiter avec dignité», a-t-il affirmé. 

El Paìs affirme que «la Suisse donne une claque à l’Union européenne». Le quotidien madrilène relève que ce «référendum est un exemple clair de l’irrationalité qui s’est emparée du débat migratoire sur tout le continent. L’économie suisse a en effet connu un boom phénoménal après l’entrée en vigueur de la libre circulation - entre autres parce qu’elle y a associé l’accès des produits suisses sur le marché européen -, le chômage s’est maintenu à un taux très bas de 3%, les salaires ont augmenté de 0,6% par année et le contrôle des conditions de travail est meilleur que jamais».

Après la votation de dimanche, l’avenir des citoyens de l’UE qui vivent et travaillent en Suisse, parmi lesquels plus de 100'000 Espagnols, est incertaine, souligne El Mundo. «L’Office fédéral des migrations a expliqué qu’en principe les règles adoptées hier ne toucheront pas les étrangers qui vivent déjà en Suisse. Mais dans le même temps, il n’a pas souhaité le garantir».

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