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D’espoirs en désillusions

Une plus grande prise de conscience sur l'environnement permettrait à des villes comme Mexico d'être moins polluées. Keystone

Dix ans après le sommet de la Terre à Rio et dix semaines avant celui de Johannesburg, le coeur n'y est plus. Le développement et l'environnement sont quasi oubliés.

Juin 1992: le monde avait alors les yeux tournés vers le Brésil. La quasi totalité des dirigeants du monde et des centaines d’organisations non gouvernementales s’y étaient donné rendez-vous pour l’une des plus grandes conférences jamais organisées sous l’égide de l’ONU.

Comment peut-on sauver la terre? La question était brûlante et l’ambiance plutôt à l’euphorie. Mais pas trop. Les moins optimistes notaient déjà que la planète était en train de se bricoler un avenir. Les plus pessimistes dénonçaient les démissions politiques face au business.

Une émotion collective, un choc culturel

Jean-François Giovannini, qui emmenait la délégation suisse, en parle encore comme d’une «émotion collective». On pensait à l’époque qu’il suffisait de quelques mesures sans douleur pour résoudre les problèmes du sous-développement et mieux protéger l’environnement.

Les pays riches en particulier avaient sous-estimé que cela n’était possible qu’à travers un changement des mentalités et des comportements de consommation. C’est ce qui «explique peut-être les désillusions qui ont suivi», commente-t-il dans un dossier de l’agence de presse suisse ATS.

Philippe Roch, chef de l’Office fédéral de l’environnement, a passé par les mêmes sentiments: «j’avais le sentiment que ce mouvement créerait une nouvelle civilisation, une nouvelle conduite des affaires mondiales». Bref, un choc culturel.

Le cœur n’y est plus

On en est loin, même si le Sommet de Rio demeure le symbole d’une meilleure compréhension de ce qu’est et doit être le développement durable, c’est-à-dire le meilleur équilibre possible entre la croissance économique, le progrès social et la protection de l’environnement.

Dix ans plus tard, constate un autre témoin de Rio, René Longet, aujourd’hui président de la Société suisse de protection de l’environnement, on continue de gérer les ressources naturelles de façon irresponsable: «on déboise les forêts sans retour et inutilement, on pratique la surpêche dans les océans, on menace la stabilité des climats».

Pire, le cœur n’y est plus, dit-on du côté d’une autre ONG, la Déclaration de Berne, très engagée dans la thématique Nord-Sud. Aujourd’hui le développement et l’environnement ne sont même plus des thèmes porteurs. Le fameux esprit de Rio s’est essoufflé.

Menaces sur Johannesburg

On vient d’en avoir une nouvelle illustration à Bali où se déroulait la dernière conférence préparatoire du Sommet de Johannesburg. Lequel, fin août, devrait en principe relancer le fameux Agenda 21.

Hélas, le rendez-vous s’est soldé par un échec. Le désaccord reste tenace dès qu’on aborde les questions du financement et des mesures commerciales.

«J’ai peur non seulement d’un recul, mais aussi d’un retour au-delà de Rio», nous confie Rosmarie Bär, de la Communauté de travail des organisations suisses d’entraide, mais également membre de la délégation helvétique à Bali.

«Il n’y a rien que des mots, poursuit-elle. Pas d’engagements, pas de structures, pas de calendrier.» C’est ce qu’on appelle un agenda vide. En vrac, elle dénonce l’obstruction des Américains, les positions unilatérales des pays en développement, le manque de conviction des Européens.

Le plus petit dénominateur commun

La Suisse, avec la Norvège, fait sans doute partie des pays militants du développement durable. Mais Rosmarie Bär est avare de compliments quant au bilan suisse de l’après-Rio. «Nous n’avons pas réussi à concilier croissance économique et préservation des ressources», dit-elle. Dans ce pays, chaque seconde, on continue à bétonner un mètre carré de terrain!

«Je ne m’attendais pas à des miracles, concède Serge Chappatte, vice-directeur de la Coopération suisse, et chef de délégation à Bali. L’agenda 21, c’est un horizon. Compte tenu du contexte international, on ne peut pas espérer davantage que le plus petit dénominateur commun.»

Après celle de Durban, l’an dernier, sur le racisme, la conférence de Johannesburg sur le développement durable est donc elle aussi menacée de fiasco.

Si aucun accord fondamental ne se profile avec certitude, les grands de ce monde ne vont pas prendre le risque d’y flétrir leur image. Il est révolu, le temps des grandes parades de Rio.

Mais, comme l’affirme Serge Chappatte, «ce n’est pas une conférence qui règlera les problèmes et ce n’est pas non plus Johannesburg qui va nous dire de nous arrêter ou de continuer».

Une manière de dire que le développement n’est durable que si l’on y met aussi de la ténacité, pour ne pas dire de l’entêtement.

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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