Dinos 2: Cap au Sud
Des dinosaures à Toundout, au sud de l'Atlas? Encore faut-il s'y rendre. Sur notre route, une 1ère étape: Marrakech la rouge. Avant de s'attaquer à la montagne.
Dès l’aéroport de Casablanca, il y a la plaine, vaste, et verte en ce mois d’avril. Des champs et des champs, Settat et son golf, des champs encore. Puis quelques collines à la terre déjà rouge et la route bordée de vendeurs aux produits successifs: melons, asperges ou poules vivantes brandies à bout de bras.
Après le bourg de Ben Gerir, le sol se dessèche, sable et pierraille succèdent aux cultures. Au loin se profilent les cimes blanches de l’Atlas. Et voilà la palmeraie de Marrakech, un rideau de palmes qui parvient, d’où nous sommes, à masquer l’incroyable grouillement de la ville.
Marrakech new look
Au nord de la ville, où aboutit la route de Casa, la périphérie est un vaste chantier. Terrains vagues. Grues. Bulldozers. Et des maisons qui poussent comme des champignons amateurs de caillasse. Mais pas de «cités» au sens français du terme: des petits immeubles d’un ou deux étages, campés sur des arcades où se bousculent déjà de petits commerces. Pas d’avalanche de béton non plus. Ou si béton il y a, il est caché par la peinture vieux-rose qui le revêt et qui permet aux nouveaux quartiers de se fondre dans la masse rougeâtre qu’est Marrakech.
A Guéliz, le quartier moderne, les hôtels de luxe se sont multipliés. Mohammed VI, le nouveau souverain, vise à une explosion du tourisme au Maroc. Alors on soigne le décor. L’approche nocturne de la vieille cité est somptueuse: mur d’enceinte richement éclairé, tout comme la Koutoubia, qui se dresse, plus belle que jamais, à l’ouest de la place Jemaa El Fna.
Du fourmillement marrakchi aux frimas du Tichka
A Jemaa El Fna, par contre, la permanence est de rigueur. Permanence de la multitude. Du chaos. Et cela même si les vendeurs de jus d’orange ou de fruits secs sont bien alignés. Grouillement de taxis, de vélos, de piétons, symphonie de klaxons et de percussions, fumée des milliers de brochettes qui grillent dans la zone des rôtisseurs.
Dans cet incroyable magma humain, mille fois décrit, les conteurs parviennent néanmoins à créer encore des attroupements… Jemaa El Fna a d’ailleurs été classée en 2001 «chef d’œuvre du patrimoine oral de l’humanité» par l’Unesco.
Après la folie de la nuit marrakchie, le calme de la montagne n’en est que plus contrasté. La route s’attaque aux contreforts de l’Atlas dans d’incroyables associations de rouges et de verts. Rouge pour la terre et la roche, vert pour les plantations qui jouxtent les oueds. Mais, avec l’altitude, le brun et le gris l’emportent. Le paysage est alors dur, nu, déchiqueté. Non loin de là, le blanc des sommets nous rappelle que la neige n’est pas une exclusivité alpine.
Sangliers ou dinosaures?
Tout au long de notre ascension, des marchands, souvent des enfants, hèlent les automobilistes dans l’espoir de leur vendre pierres et fossiles – vrais ou faux. Car les fausses gemmes, teintes par exemple au mercurochrome, foisonnent. Et les faux fossiles également. Sur les étals des marchands, des cailloux bigarrés, des ammonites en pagaille… mais pas le moindre os de dinosaure.
Col du Tichka, 2260 mètres d’altitude, le plus haut point sur la route qui relie Marrakech à Ouarzazate. Là aussi on vend minéraux et fossiles. Dans une modeste boutique, autour d’un thé de menthe et d’un tajine d’agneau que les vendeurs – deux frères – nous ont proposé de partager avec eux, on parle de cuisine, de montagne, de métier, d’enfants, de la vie, quoi.
Et soudain le motif de notre reportage nous revient en tête: «Savez-vous qu’il y a des dinosaures dans l’Atlas?» Hésitation, puis réponse de l’un des commerçants: «Euh, non… Des sangliers, oui, ça je sais, mais des dinosaures, non.»
swissinfo/Bernard Léchot
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