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La médecine se remet en question

Le respect du patient doit primer sur la notion de guérison. Keystone

Prise entre ses valeurs traditionnelles et la pression du marché, la médecine d’aujourd’hui traverse une crise dont les patients font aussi les frais.

En plein débat sur les coûts et les structures du système de santé, l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) pose des questions fondamentales.

La médecine ne peut plus se contenter de «gérer» des patients, elle doit être développée avec eux et pour eux.

Les professionnels de la médecine ont choisi de revenir sur les valeurs essentielles de leur métier. Réunis par l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM), des experts proposent de nouveaux buts et de nouvelles missions pour la médecine.

Ils ont mis en consultation jusqu’au 16 décembre auprès des facultés de médecine, de la FMH, des sociétés de disciplines médicales et d’autres organisations intéressées un rapport fixant six buts à la médecine du début de ce 21e siècle.

Guérison accessoire

«Le premier but n’est plus la guérison», a souligné lundi devant les médias à Berne le professeur Dieter Bürgin de Bâle, responsable du groupe de neuf experts. Tous les buts doivent être définis sous l’angle de la qualité de vie, précise le préambule du chapitre consacré à ce sujet.

La médecine devrait désormais améliorer l’intégrité physique du patient, favoriser la croissance physique et psychique, soulager les douleurs ainsi que suivre et soigner les patients en tenant compte de leur environnement.

Sauver des vies et maintenir des vies n’arrive qu’en cinquième position, juste avant la préservation de la santé, notamment par la prévention.

Douze missions

Pour réaliser ces buts, les experts ont aussi défini douze missions assorties de propositions concrètes. Pour assurer la formation de la relève (mission n°5) par exemple, ils proposent notamment que les facultés de médecine instaurent dans un délai de trois ans des systèmes de tutorat.

La mise en oeuvre des pistes explorées sera examinée lors d’un forum le 16 décembre, a précisé le professeur Peter Suter, président de l’ASSM. Selon celui-ci, il faudra notamment adapter la formation des médecins et des autres professions médicales.

Pas plus cher

«Mais on ne peut pas imaginer que cela coûte plus. Il faudra avoir le courage de dire que tel enseignement est plus important qu’un autre, il faudra faire des choix», a annoncé M. Suter. Même si l’ASSM ne peut aller au-delà des propositions, a rappelé son vice-président, le professeur Werner Stauffacher.

La médecine ne doit pas seulement se concentrer sur le biomédical, elle doit assumer son rôle psychosocial, a complété le président de l’ASSM. Un domaine où le personnel soignant a selon lui de l’avance sur les médecins.

Le projet intègre pleinement infirmières et soignants. Pour la première fois, le personnel soignant a été associé à la réflexion dès le départ, s’est félicitée le Dr Rebecca Spirig, spécialiste des soins.

Un rapport de 1996

Le groupe d’experts a travaillé dans le cadre du projet «La médecine en Suisse demain». Lancé au printemps 2002 par l’ASSM avec la Fédération des médecins suisses (FMH) et les cinq facultés de médecine, le projet fait suite au rapport du centre Hastings publié en 1996.

Considérant la médecine en crise, ce rapport demandait un recentrage urgent de la médecine sur ses valeurs et ses buts premiers. Un sondage mené en Suisse par l’institut Gfs au printemps 2001 avait ensuite révélé que la population helvétique ne voulait pas renoncer aux techniques de pointe moderne et qu’elle réclamait une médecine de qualité mais plus humaine.

swissinfo et les agences

Des experts de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) ont soumis en consultation «La médecine en Suisse demain» auprès des facultés de médecine, de la FMH, des sociétés de disciplines médicales et d’autres organisations intéressées.
La mise en oeuvre des pistes explorées sera examinée lors d’un forum le 16 décembre.

– L’ASSM réagit à l’attitude sceptique de la population face à la prépondérance des points de vue financiers au détriment des considérations de fond et l’impression que la communication entre les partenaires devenait de plus en plus difficile.

– Les experts privilégient des valeurs telles que le respect de la dignité humaine, le respect du droit à l’autodétermination du patient ou la priorité accordée au bien-être du patient, entre autres.

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