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Les «enzymes gloutons» de la mémoire

Un jour, les pertes de mémoire qui surviennent avec l’âge ne seront peut-être plus une fatalité. Keystone Archive

Pour ne pas être submergé d'informations inutiles, le cerveau semble posséder un mécanisme naturel de destruction de certains souvenirs.

Une équipe de chercheurs zurichois a identifié – sur des souris – l’enzyme responsable de ces trous de mémoire.

La découverte annoncée par l’équipe du professeur Isabelle Mansuy, de l’Institut de biologie cellulaire de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), est importante.

Elle marque une étape supplémentaire dans notre compréhension de la chimie du cerveau. Elle vaut à ses auteurs une publication dans la prestigieuse revue britannique Nature.

Isabelle Mansuy travaille sur la mémoire depuis des années. En 1994, alors que tout le monde s’intéresse aux molécules du cerveau capables de stocker des souvenirs, elle prend le contre-pied et se met en quête de celles qui pourraient les altérer.

Souris transgéniques

L’expérience que l’équipe zurichoise vient de mener à terme n’est rien d’autre qu’une série de tests classiques d’apprentissage et de mémoire menés sur des souris.

L’originalité réside dans le fait qu’une partie de ces animaux ont été génétiquement modifiés afin d’inhiber un enzyme, la PP1, naturellement présente dans les cellules du cerveau.

Résultat: les souris transgéniques apprennent mieux et plus vite et oublient moins facilement que les autres.

On peut en déduire que la PP1, en inhibant certaines autres protéines, est responsable des pertes de mémoire chez les souris «normales».

«A vrai dire, on ne sait pas comment les informations s’accumulent dans les cellules du cerveau, reconnaît Isabelle Mansuy. Mais il semble que la PP1 empêche les neurones de fonctionner à plein régime.»

Les vertus de l’oubli

Le plus étonnant, c’est que ce «mangeur de mémoire» n’est ni un virus ni un quelconque agent pathogène, mais bien une molécule sécrétée le plus naturellement du monde par l’organisme lui-même.

Il s’agit probablement d’une sorte de mécanisme de défense du cerveau, qui l’empêche d’être submergé par toutes les informations qu’il reçoit en permanence.

«Au début du siècle passé, un psychiatre russe a décrit précisément le cas d’un patient incapable d’oublier quoi que ce soit», explique Isabelle Mansuy.

«Sa vie était un enfer. Un fouillis total régnait dans sa tête et il était complètement dépourvu d’esprit logique».

Ces personnes – que l’on nomme mnémonistes – souffriraient-elles d’un déficit de l’enzyme PP1? Personne n’est encore capable de le dire, mais l’hypothèse vaut que l’on s’y arrête.

Combler les trous de la mémoire

Pour l’heure, les recherches menées à Zurich portent uniquement sur des souris. La prochaine étape consistera à tenter de démontrer que le processus mis en évidence chez ces rongeurs fonctionne également chez l’homme.

Si l’on y parvient, la découverte pourrait ouvrir d’intéressantes perspectives thérapeutiques.

Grâce à un médicament qui inhiberait la PP1, on pourrait lutter efficacement contre certaines pertes de mémoire, notamment dues à l’âge.

«C’est une perspective à très long terme», avertit Isabelle Mansuy. Et de mettre en garde contre les dérapages possibles.

Après tout, la PP1 est l’agent d’un mécanisme naturel de défense du cerveau et nul ne peut prédire ce qui adviendra si l’on tente de le contrarier.

Quoi qu’il en soit, ces développements ne dépendent plus du tout de l’Institut de biologie cellulaire de l’EPFZ.

«Nous sommes des chercheurs et notre travail est d’étudier et de comprendre les mécanismes de base», rappelle Isabelle Mansuy.

swissinfo/Marc-André Miserez

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