Malaise au Parti socialiste suisse
Derrière la suspension ce mardi Peter Peyer, le porte-parole jugé trop bavard, se profile un vrai débat : sur la stratégie de communication du parti lors des élections fédérales du 24 octobre ainsi que sur la ligne politique d’Ursula Koch.
Derrière la suspension ce mardi de Peter Peyer, le porte-parole jugé trop bavard, se profile un vrai débat qui peut rapidement se muer en crise interne. Au centre de la discussion : la stratégie de communication du parti lors des élections fédérales du 24 octobre ainsi que la ligne politique d’Ursula Koch.
Exit donc Peter Peyer et avec effet immédiat. Le porte-parole du Parti socialiste suisse (PSS) a été sanctionné mardi pour avoir «sévèrement» critiqué la présidente Ursula Koch dans les colonnes du SonntagsBlick. Un comportement jugé, par la direction de son parti, incompatible avec la fonction de communicateur attitré. En s’exprimant ainsi en dehors du cadre du parti, Peter Peyer a enfreint sciemment une règle de base. Le secrétaire central du PSS l’a fait, dit-il, pour lancer une vraie discussion de fond, établir des priorités et formuler un projet politique clair.
L’électrochoc voulu par Peter Peyer révèle pour le moins l’existence d’une grogne. Et elle est réelle au sein du PSS. Même s’il est pour l’heure prématuré de conclure à une crise profonde, rien n’exclut qu’elle puisse survenir rapidement. Et ceci, au-delà des guerres de clans – réelles ou supposées -, que se livreraient partisans de Peter Bodenmann, l’ex-patron du parti et ceux d’Ursula Koch. La cote de popularité de la présidente reste globalement assez bonne au sein du parti. Mais cela pourrait ne pas durer si aucune réponse n’est apportée à certaines critiques générées par l’après 24 octobre. Et la déferlante politico-médiatique de l’UDC de Christoph Blocher.
Le premier reproche concerne la communication. Avec le sentiment général que le parti a failli à cette mission stratégique. Il est paradoxal, dit-on, que le PSS ait une image aussi écornée alors qu’il a, en définitive, su maintenir ses positions face à la vague populiste. Le PSS demeure, en effet, le premier groupe au Conseil national. Mais pour combien de temps encore? Comment freiner la progression des thèses blochériennes? Ce sont ces inquiétudes qui ont amené les contradicteurs d’Ursula Koch à sortir du bois. Et ils réclament des réformes. Leur reproche, fondamental celui-là, concerne l’orientation générale. Sans réel débat, disent-ils en substance, impossible de donner un nouveau souffle au parti. «On a le sentiment que Ursula Koch met plus l’accent sur des questions de réorganisation interne que sur des axes plus fondamentaux», souligne le Conseiller national Jean-Nils de Dardel.
«Une vraie discussion doit avoir lieu maintenant sur la ligne politique à défendre», souligne enfin Peter Peyer. Une façon pour lui de dire qu’après son «sacrifice», il revient à la direction du parti de saisir l’occasion d’engager le débat. En attendant le congrès ordinaire du PSS, en octobre 2000.
Jugurtha Aït-Ahmed
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