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Pigeons sous surveillance satellite

Non, ce n'est pas un pigeon voyageur avec son sac à dos, mais une expérience scientifique des plus sérieuses. Universität Basel

Que peut bien faire un pigeon de ses journées ? A Bâle, ces volatiles porteront un émetteur-récepteur satellite pour surveiller leurs déplacements.

L’expérience servira également à comparer la pollution de l’air entre différentes parties de la ville.

La vision risque de paraître insolite. A Bâle, on verra bientôt des pigeons porter un petit boîtier sur leur dos.

Il s’agira d’un émetteur-récepteur GPS, ce système bien connu des marins et des alpinistes, qui permet en tous temps de déterminer via un réseau de satellites sa position exacte à la surface du globe.

Dans la cité rhénane, on conduit des recherches sur les pigeons depuis une vingtaine d’années. Mais malgré cela, on ne sait toujours pas dans quel rayon ces oiseaux – qui seraient entre 5000 et 8000 à vivre en ville – se déplacent au cours d’une journée.

«Nous aimerions savoir ce que fait un pigeon après avoir quitté son colombier le matin», explique Daniel Haag-Wackernagel, directeur du groupe de recherche en biologie intégrative de l’Institut d’anatomie de l’Université de Bâle.

Jour et nuit

Le boîtier GPS devrait permettre d’apporter des réponses. L’émetteur-récepteur enverra un signal au satellite toutes les dix secondes, afin de suivre l’oiseau à la trace.

Chaque soir, lorsque les pigeons rentrent au colombier, les chercheurs les débarrasseront de leur «sac à dos» afin d’en récolter les données à fins de traitement informatique.

«S’il arrive qu’un pigeon ne rentre pas au colombier, nous passerons une nuit blanche à espérer qu’il ne lui soit rien arrivé», précise Daniel Haag-Wackernagel.

Chaque pigeon portera son boîtier durant deux mois au maximum. Dans une première phase, on choisira quatre oiseaux pour l’expérience, sélectionnés parmi les individus les plus forts et les plus actifs.

Indicateurs de pollution

Ce projet a également d’autres buts. On pourra ainsi collecter des données pour l’Institut universitaire pour la nature, l’agriculture et la protection de l’environnement, qui mène une enquête de bio-monitoring sur la ville de Bâle.

Les pigeons respirent en effet l’air de la cité à longueur de journée et se nourrissent essentiellement d’aliments ramassés au sol. A partir de leur état de santé, on pourra se livrer à des comparaisons avec celui de la population humaine.

«Un bébé qui n’a encore jamais passé de vacances à la campagne devrait présenter dans son corps les mêmes concentrations de substances qu’un pigeon de ville», note Daniel Haag-Wackernagel.

Et pour se livrer à des comparaisons pertinentes, les scientifiques auront besoin de savoir si leurs pigeons ne se déplacent que dans un seul quartier ou dans toute la ville.

Nourriture trop facile

Depuis des années, les autorités bâloises mènent campagne pour inciter la population à ne pas nourrir les pigeons.

«Bien sûr, nous comprenons quel plaisir cela peut être de donner à manger à des oiseaux aussi intelligents», admet Daniel Haag-Wackernagel, lui-même grand fan de ces volatiles. Et ce d’autant que le pigeon reconnaît très vite la main qui le nourrit et tend à revenir vers son bienfaiteur.

Mais cette offre trop abondante de nourriture finit par nuire aux pigeons eux-mêmes. Les populations augmentent dans des proportions telles que les nuisances en deviennent pénibles et qu’épidémies et parasites se multiplient.

A tel point qu’après d’autres villes comme Lucerne et Berne, Bâle envisage maintenant d’interdire carrément de donner à manger aux pigeons sur son territoire.

Réponses attendues

«Les militants de la protection des animaux nous accusent pour cela d’être des tueurs de pigeons, constate Daniel Haag-Wackernagel. Ils prétendent que ces oiseaux passent leurs journées entières dans un rayon qui n’excède par 100 mètres et que si on ne les nourrit plus, ils mourront de faim».

Mais selon le scientifique, l’argument ne tient pas. Il suffit de lever les yeux vers le ciel pour voir qu’un pigeon ne vit pas dans un espace aussi restreint. Et les données récoltées par les boîtiers GPS devraient permettre de le confirmer.

Cette expérience va donc déboucher sur une série de résultats intéressant divers domaines de la recherche. «Notre but reste malgré tout de mieux comprendre les pigeons et d’en apprendre davantage sur la vie de ces oiseaux fascinants», conclut Daniel Haag-Wackernagel.

swissinfo/Mena Kost

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