La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Des espions dans le sillage d’Alinghi

Le voilier noir aux flammes rouges n'échappe pas aux téléobjectifs des espions. alinghi.com

Hommes-grenouilles à l'affût des quilles des voiliers, photographes discrets munis d'énormes téléobjectifs: comme chaque défi, Alinghi est victime de «l'espionnage» de ses adversaires.

Une pratique courante dans le monde de la Coupe.

Un petit bonhomme jaune sur un zodiac lorgne à 250 mètres les bateaux d’Alinghi. Muni d’un gigantesque téléobjectif, il photographie les voiliers noirs aux flammes rouges du défi suisse, classé premier à l’issue du deuxième round robin.

La carène, les voiles, le mât, le tangon: rien n’échappe au viseur de ce paparazzi de la voile.

«Depuis le 1er août, la reconnaissance est officiellement autorisée sur le plan d’eau à la distance réglementaire de 200 mètres. Les données recueillies permettent ainsi à nos adversaires de calculer la surface de nos grand-voiles ou la longueur de nos bateaux », explique Pierre-Yves Jorand.

Ce marin du défi suisse s’occupe de l’étude des voiles mais protège aussi les Class America sur le plan d’eau: «Une fois, des zodiacs sont venus se coller très près des bateaux de reconnaissance pour les empêcher de prendre des photos. Il y a certaines situations très critiques en mer.»

Avant le début des compétitions, l’observation était très intense entre les Challengers et Alinghi s’est rarement retrouvé seul dans le golf d’Hauraki.

Deux «agents secrets» de la voile chez Alinghi

Chaque défi possède ses espions. Et la guerre des nerfs est lancée bien avant le début de la compétition.

Car tous les Challengers craignent qu’une équipe développe l’arme secrète qui lui permettra de remporter facilement la coupe de l’America. Chacun cherche donc à avoir le maximum d’informations sur ses concurrents et sur les bateaux adverses.

Le défi suisse possède deux professionnels chargés de cette mission. Lorsque Pierre-Yves Jorand n’assiste pas l’équipe helvétique, il se transforme en agent secret d’Alinghi. Il filme les autres voiliers, scrute en détail les autres Class America.

A terre, le syndicat helvétique possède un autre indicateur, discret et efficace. «Un photographe américain est chargé d’étudier pour nous le design des nouvelles pièces ou espionne sous les bâches si celles-ci s’envolent», raconte en rigolant Bernard Labro, marin du Team.

«Légalement, cette personne peut prendre les photos qu’elle souhaite, mais la discrétion est forcément de rigueur.»

Des bases ultra-protégées

Les bases sont le centre névralgique des défis et font donc l’objet d’une sécurité toute particulière. A l’exception de celle d’Alinghi, elles sont toutes fermées au public.

A l’intérieur, les caméras de surveillance balayent les couloirs, des codes limitent l’entrée des pièces.

La salle des Designers est un endroit est particulièrement protégé. Les ingénieurs et architectes se prémunissent à outrance pour ne laisser filtrer aucune information concernant les plans des bateaux et craignent en permanence d’être espionnés.

«Nous sommes presque paranoïaques », explique Jim Bungener, ingénieur chez Alinghi. «Nous n’affichons pas les plans à hauteur des fenêtres, nous détruisons chaque morceau de papier de peur que quelqu’un ne les récupère dans la poubelle. Nous cryptons même toutes nos données.»

L’espionnage, une tradition dans la Coupe de l’America

Depuis toujours, le monde de la Coupe a flirté avec le secret: les bases ressemblent à des forteresses impénétrables, les bateaux sont bâchés pour protéger les secrets de fabrication, sans parler des marins qui ne dévoilent jamais certaines informations, même à leur famille ou à leurs proches.

Espionnage, coup bas, délation ou vol de document font partie intégrante de la compétition. En 1992, la police de San Diego a même arrêté un plongeur français qui était allé s’assurer que la quille d’un adversaire n’avait rien d’exceptionnel.

Et cette année, la compétition a été secouée par une affaire de transmission illicite de données: l’affaire OneWorld. Les Américains ont été sanctionnés d’un point pour avoir voulu revendre les plans des bateaux vainqueurs en 2000.

L’espionnage est dans l’esprit de chaque marin, ce qui a de tous temps rendu la Coupe de l’America aussi passionnante.

swissinfo/ François Egger à Auckland

L’espionnage fait partie du monde de la Coupe de l’America
Tous les Challengers craignent qu’une équipe développe l’arme secrète qui lui permettra de remporter facilement la coupe de l’America
Les bases ressemblent à des forteresses impénétrables, les bateaux sont bâchés pour protéger les secrets de fabrication
Dès le premier août, l’observation des autres concurrents est autorisée sur le plan d’eau à une distance réglementaire minimale de 200 mètres
Le défi suisse possède deux professionnels chargés d’espionner les autres concurrents et de protéger ses propres bateaux

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision