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«Tant de moments qui ne reviendront jamais»

«Une richesse que personne ne pourra jamais m’enlever», c'est ainsi que David Dosi définit le congé paternité qu'il a pris à ses frais après la naissance de chacune de ses deux filles. Dosi

En Suisse, la loi ne prévoit pas de congé paternité. Le peuple devra décider s’il veut en instaurer un. Mais que signifie concrètement pour un père d’avoir un congé afin de s’occuper des enfants? Davide et Arianna le savent. Ils nous racontent leur expérience.

Ce contenu a été publié le 10 novembre 2017 - 11:34
Sonia Fenazzi, Chiasso

«Ce serait un premier pas qui pourrait changer toute la structure sociale», note Davide Dosi, évoquant l’initiative populaire «Pour un congé de paternité raisonnable»Lien externe. Nous rencontrons Davide Dosi et son épouse Arianna chez eux à Chiasso, une commune d’un peu plus de 8000 habitants à la frontière avec l’Italie.

Si les deux universitaires sont de fervents défenseurs de l’initiative, ce n’est certainement pas pour en retirer des avantages personnels. Même si l’initiative était acceptée en votation populaire, Davide Dosi ne pourrait plus en bénéficier, parce que les deux filles du couple ont désormais grandi: en décembre Anna aura 11 ans et Elena 7.

«Une richesse que personne ne pourra jamais m’enlever»

C’est en toute connaissance de cause que le couple se fait l’avocat du congé paternité payé. En effet, Davide Dosi en a pris un après la naissance de chacune de ses deux filles, le payant de sa propre poche. Les deux fois, au terme du congé maternité de quatre mois d’Arianna, Davide a réduit son temps de travail de 20% pendant six mois. Une expérience dont il parle avec enthousiasme et émotion.

«En restant à la maison, j’ai pu voir mes filles grandir. C’est une richesse que personne ne pourra jamais m’enlever», souligne Davide, en nous expliquant comment ses filles et lui ont ainsi pu mieux se connaître. «Il y a tellement de choses qui ne reviendront jamais, qui seront perdues, si on n’a pas la possibilité de les vivre à ce moment», poursuit Davide, dont le regard et le ton de la voix révèlent, encore davantage que les paroles, la joie et l’émotion qu’il éprouve en revivant mentalement ces moments. A travers l’expression du visage d’Arianna, on perçoit qu’elle partage les mêmes sentiments.

Parmi les difficultés, apprendre à remettre en question ses propres compétences

Evidemment, il n’y a pas que des moments de plaisir pour les papas. Toutefois, les difficultés aident aussi à grandir, selon Davide Dosi. «Ainsi, on se rend compte ce que signifie vraiment rester une journée à la maison seul avec les enfants. C’est une expérience très formatrice.» Une formation qui contribue à la compréhension réciproque, non seulement entre père et enfants mais aussi entre mari et femme.

La répartition des rôles peut toutefois aussi donner lieu à des frictions, étant donné que deux personnes établissent les règles, avertit Davide, sans cacher que lui et Arianna ont parfois eu des divergences. «Il faut donc être prêt à discuter et ne pas considérer comme acquis le fait que les choses fonctionnent ainsi parce que l’un des deux a fixé la règle.» Ainsi, on peut apprendre tant de choses, ajoute Arianna. «J’ai remarqué que Davide affrontait certaines situations différemment. Cela peut donc être une occasion de prendre exemple l’un sur l’autre.»

Une situation privilégiée

Pour le couple, cela ne fait aucun doute: si c’était à refaire, il choisirait à nouveau le congé paternité. Même si, pour cette période, il a dû renoncer à une partie de son salaire. «Nous ne l’avons toutefois pas ressenti comme un fardeau ou un sacrifice. L’expérience que nous avons partagé avec mon mari et mes filles est inestimable», affirme Arianna avec enthousiasme.

Responsable du département des relations internationales et de la mobilité de l’Université de la Suisse italienne, Arianna souligne cependant qu’elle et Davide ont pu réduire leur temps de travail car ils étaient «dans une situation privilégiée: nos salaires nous permettaient de faire ce choix et nos employeurs ont été compréhensifs.»

L’égalité des droits pour les pères

Si un congé paternité payé de quatre semaines dans l’année suivant la naissance de chaque enfant était introduit, comme prévu par l’initiative, il ne dépendrait plus de la situation financière des familles et du bon vouloir de l’employeur: le congé deviendrait un droit pour tous les pères.

«C’est l’élément le plus important de l’introduction d’un congé: la paternité serait finalement reconnue comme un droit. Comme les mères, tous les pères auraient le droit de s’occuper de leurs propres enfants. Ce serait totalement différent en regard du choix individuel. Ce serait un changement social énorme», souligne Davide.

Le succès de la récolte de signatures pour l’initiative et les résultats d’un sondage dans lequel plus de 80% des personnes interrogées se sont dites favorables à un congé paternité semblent indiquer que le temps du changement est arrivé.

Le débat démocratique stimule une réflexion

Davide Dosi garde toutefois les pieds sur terre. «Les choses bougent mais très lentement. Je trouve que les hommes doivent changer radicalement de mentalité», observe le père de famille. De l’autre côté, selon Arianna, les femmes ne devraient pas supposer que leur mari n’est pas en mesure d’accomplir les tâches familiales et ne s’intéresse pas à les partager. «Si on pose la question, peut-être que le mari est disposé à le faire. Il faut toutefois le dire car on ne peut pas prétendre que l’autre lise dans nos pensées.»

L’initiative

Au Parlement suisse, plus de 30 interventions pour l'introduction du congé paternité ou du congé parental ont échoué. A la suite du rejet à une faible majorité d’une initiative parlementaire en mai 2016, quatre organisations, dont la fédération syndicale chrétienne-sociale Travail.SuisseLien externe, ont lancé l’initiative populaire «Pour un congé de paternité raisonnable – en faveur de toute la famille».

Le texte prévoit l’instauration du droit à un congé de paternité rémunéré d’au moins quatre semaines. Pendant ce congé, les pères recevraient les indemnités pour perte de gain. Les 20 jours de congé seraient modulables et devraient être pris au plus tard dans les 12 mois après la naissance de chaque enfant.

107’000 signatures – dont environ 20’000 via la plate-forme en ligne WeCollectLien externe – ont été récoltées en 12 mois. Le 10 août 2017, la chancellerie fédérale a confirmé l’aboutissement formel de l’initiative et le 18 octobre le gouvernement a annoncé qu’il recommandera au Parlement de la rejeter.

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