L’enseignement à distance, un vecteur d’inégalités

Keystone / Laurent Gillieron
Ce contenu a été publié le 12 avril 2020 - 09:00

Alors que les écoles sont fermées pour endiguer la propagation du coronavirus, tous les élèves ne consacrent pas le même temps à leurs études. Les différences peuvent être importantes, révèle une étude suisse, puisque cela peut aller de cinq heures ou plus à une ou deux heures seulement par jour. 

C'est l'une des principales conclusions du Baromètre de l’école, mené par l'Institut de management et d'économie en éducation (IBB) de la Haute école pédagogique de Zoug, et publié dimanche. Plus de 7’100 élèves, parents et enseignants en Suisse, en Allemagne et en Autriche ont été sondés pour comprendre comment ils vivaient la fermeture des écoles.

En Suisse, les écoles sont fermées depuis le 16 mars et ce jusqu’à nouvel avis. Un million d'élèves dépend ainsi de l'enseignement à distance.

Des vacances ou une expérience stressante

Près de 20% des jeunes âgés de 10 à 19 ans ont concédé consacrer moins de neuf heures par semaine au travail scolaire, montre le sondage. «Presque un enfant sur cinq considère cette période comme des vacances ou une expérience stressante, mais ne l'utilise pas pour apprendre», commente Stephan Huber, directeur de l'IBB et instigateur de l'enquête.

L’une des principales explications de cette tendance est le manque de motivation et/ou le manque de soutien et de ressources à la maison. Certaines écoles helvétiques ont aussi dû acheter un forfait internet à des familles qui n’en avaient pas pour pouvoir permettre aux enfants de travailler, constate Stephan Huber.  

À l’opposé, environ un tiers des élèves passe 25 heures ou plus par semaine à l’apprentissage, selon le sondage. Un autre tiers y consacre environ 20 heures par semaine (entre 15 et 25 heures).

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Dans l'ensemble, comme le montre le graphique ci-dessous, le temps moyen que les élèves ont déclaré consacrer au travail scolaire était d'environ 18 heures. Habituellement, ils passent jusqu'à 26 heures à l'école.

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Le fossé éducatif

L’apprentissage à distance pourrait contribuer à creuser les inégalités en matière d’éducation en Suisse, comme l’ont déjà souligné les experts.

Le problème est connu depuis longtemps. Les enfants de parents universitaires ont plus de chances (50,6%) d’accéder eux-mêmes à des études universitaires que ceux dont les parents ont un niveau d’éducation inférieur (12,2 %). Stephan Huber estime que ce fossé éducatif pourrait s'accroître si les écoles restaient fermées pour une longue période. Des recherches internationales ont montré que le temps passé à apprendre est l'un des plus importants prédicteurs des résultats de l'apprentissage, souligne ce dernier.

Le respect de l'école

La moitié des élèves a aussi déclaré que l’école lui manquait. De leur côté, les parents ont développé davantage de respect pour le travail des enseignants. «Dans le cadre de notre rapport, certains parents nous ont dit qu'après avoir travaillé avec leurs enfants, ils apprécient vraiment le travail des enseignants», note Stephan Huber.

L’étude montre également que de nombreux enseignants, directeurs ou écoles utilisent la situation actuelle pour promouvoir l’apprentissage numérique. Des avancées qui pourraient impacter durablement l’éducation: Stephan Huber prédit l’émergence d’un enseignement mixte, qui se ferait en partie en classe et en partie en ligne.

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