Le Guide Michelin Suisse roule depuis cent ans
Il y a un siècle paraissait à Paris le premier Guide Michelin consacré à la Suisse. Un ouvrage qui énumérait les hôtels, les pompes à essence...et les épiceries et donnait mille conseils sur la manière de changer un pneu!
Le géant du pneumatique, Michelin (17% du marché mondial, 121’000 employés!) vient de rappeler dans un communiqué que son fameux guide est «depuis 100 ans le fidèle compagnon des voyageurs en Suisse». Ce n’est pas faux. Et il y a des raisons de fêter. Mais ce n’est pas tout à fait exact!
Il est vrai qu’en 1908 – et personne ne le conteste – le grand fabricant de pneus publie le premier «Guide Michelin pour la Suisse», ouvrage respectable de plusieurs centaines de page, pas très différent dans sa structure du Guide des hôtels et restaurants d’aujourd’hui.
L’événement est même quasi-historique. Le guide Michelin «Suisse» n’est en effet que le troisième du genre (Belgique: 1904, Algérie-Tunisie: 1907) après la sortie en 1900 du tout premier Michelin à couverture rouge, celui consacré à la France. (Et dont la sortie fut saluée à l’époque par ce mot resté célèbre d’André Michelin, co-fondateur de l’entreprise en 1889 avec son frère Edouard: «Ce guide naît avec le siècle. Il durera autant que lui»).
Mais depuis, plus rien. Plus rien jusqu’en 1994, année où Michelin décide de publier désormais un guide rouge «Suisse» chaque année. Comme il le fait déjà depuis longtemps pour l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Grande-Bretagne et le Benelux.
Nous ne sommes donc pas aujourd’hui à la centième édition du guide mais seulement à la 16e. Ce qui n’interdit pas de marquer la sortie il y a effectivement cent ans du PREMIER Michelin Suisse.
Bestiaux et attelages
Pour la circonstance, Michelin a ainsi décidé de remettre gratuitement à tout acheteur du Michelin Suisse 2008 un fac-similé (avec illustrations) du guide d’il y a cent ans. Il ne s’agit malheureusement que d’une édition réduite – une quarantaine de pages – mais elle suffit amplement pour se faire une idée de ce qui préoccupait et passionnait les touristes-automobilistes de l’époque.
Dans la préface, on prie par exemple l’automobiliste «excursionnant en Suisse» de considérer que «le territoire sur lequel il pénètre est habité par une population presque essentiellement agricole». Conséquences: «Foule de localités souvent très rapprochées», «quantité de bifurcations dangereuses», «circulation en permanence de bestiaux et d’attelages de campagne».
Même «dans les localités industrielles», rien n’est sûr car les fabriques provoquent «une circulation charretière intense», déversant aux heures des repas «des milliers d’ouvriers dans la rue étroite».
«Tout automobiliste sérieux» comprendra donc «qu’une sage prudence est de rigueur et que les autorités ont été bien inspirées en prescrivant l’allure de 30 km à l’heure en rase campagne, 10 km dans les agglomérations et la montagne – où il est difficile «de voir longtemps à l’avance la nature de ce qui va suivre» – et l’allure du pas dans quelques traversées dangereuses».
Prix en général modérés
Pas de problème en revanche pour les hôtels: «Les prix sont en général modérés» et même si en haute saison, ils tendent à augmenter, «l’exagération» se justifie «par la courte durée des beaux jours à la montagne».
Encore faut-il choisir sa catégorie: il y en a cinq dans le Michelin d’il y a cent ans et la première, les «hôtels-palais», est digne de tous les éloges: «Grandiose, grand luxe, princier».
Mais même les hôtels plus modestes semblent acceptables. Car «spécialement dans les quatrième et cinquième catégories», Michelin a retenu uniquement les hôtels dans lesquels le touriste trouvera «une literie propre et une table au moins passable».
swissinfo, Michel Walter
Le «Guide Michelin pour la Suisse» de 1908 mentionne notamment les «spécialités» de certaines localités («fromage dits Têtes de Moine» à «La-Joux BE», «industrie du velours» à Bâle, «biscuits Ours de Berne» à Berne, «bijouterie, fourrure» à Genève. Nulle part il n’est cependant question du secteur bancaire!
Même si beaucoup ont disparu, plusieurs des hôtels figurant dans le guide d’alors existent toujours. Par exemple l’Hôtel des Bergues à Genève ou le Bellevue à Berne.
Le guide fournit par ailleurs les adresses des réparateurs de pneus (les crevaisons étaient alors nombreuses) et des dépôts d’essence (souvent des drogueries ou des épiceries!). Il donne aussi les heures de lever et de coucher du soleil («rapportés à l’horizon de Lucerne») et une description détaillée des principales routes («belle, large, droite», «sinueuse ondulée: allure modérée de rigueur»).
Contrairement au Michelin «hôtels et restaurants» d’aujourd’hui – tous rouges – le Michelin suisse de 1908 était vert.
Bien que la publication des guides, cartes et plans Michelin représente moins de 1% du faramineux chiffre d’affaires du groupe (16,9 milliards d’Euros l’an dernier), le bilan de ce secteur fait lui aussi tourner la tête: en 2007, les éditions Michelin ont vendu dans le monde:
– plus d’un million de guides «rouges» (hôtels et restaurants)
– 2,5 millions de guides touristiques (Guides «verts» et nouvelle collection «Voyager pratique»)
– 11 millions de cartes et de plans!
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