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Les catholiques de Suisse en manque de prêtres

L'église du Saint-Esprit à Bâle

L'église du Saint-Esprit à Bâle

(Keystone)

Pour contrer l’érosion des vocations et le vieillissement des prêtres, les catholiques de Suisse planchent sur de nouvelles approches. Tour d’horizon.

Construit il y a 30 ans pour accueillir 40 étudiants, le séminaire catholique de Villars-sur-Glâne, près de Fribourg, en accueille 5 aujourd’hui. Une tendance que connaissent la plupart des centres suisses de formation des prêtres catholiques romains.

Une étude publiée par l'Institut suisse de sociologie pastorale à la fin de 2011 utilise les tendances actuelles pour tracer l'évolution probable de la prêtrise. Il prédit un corps vieillissant et une diminution des prêtres compensée dans une certaine mesure par un rôle accru pour les travailleurs non-ordonnés.

«Nous avons fait un pronostic sur les 20 prochaines années. Le nombre de prêtres diminuera presque partout », estime Arnd Bünker, directeur de l'institut.

«La crise des vocations est un vieux problème. Le célibat est une raison mais ce n'est pas décisif, ajoute-t-il. C'est la place de l'Eglise dans notre société et notre culture qui est en cause. Le rôle des religions institutionnalisées, des églises traditionnelles, a beaucoup changé. Les anciennes structures de la vocation n'existent plus. »

Incertitude

Alors qu'en 1991, 177 étudiants étaient séminaristes en Suisse, 20 ans plus tard, ce chiffre a chuté à 88. Les chercheurs prévoient que, au mieux, le nombre des vocations va rester stable. Parmi les facteurs d’incertitude, il faut inclure des changements possibles dans les exigences d'admission et les effets à long terme des révélations d'abus sexuels dans l'Eglise.

Au séminaire de Villars, le recteur Nicolas Glasson a néanmoins bon espoir que la baisse des ordinations sera stoppée ou même inversée, comme cela semble être le cas en France.

«En France dans les 30-40 dernières années, ils ont vécu ce que nous traversons actuellement. Ces dernières années, les chiffres ont été stables et maintenant ils sont en hausse d'environ 10%», assure Nicolas Glasson.

Et d’ajouter: «Au printemps 2010, l'Eglise catholique de France a lancé une campagne de relations publiques visant à attirer davantage les jeunes à la prêtrise. Des dizaines de milliers de cartes postales ont été distribuées dans les cafés, les cinémas et sur les campus des lycées, sans oublier un forum sur Facebook.»  Un succès, selon l'Eglise.

Prêtres étrangers : pas la panacée

 

Arnd Bünker souligne qu’en Suisse, les six évêchés poursuivent chacun leurs propres stratégies. En termes de nombre de prêtre, St-Gall a le plus gros problème.

«Il y a plus ou moins le même nombre d’agents laïcs que de professionnels. Ils sont aussi les plus jeunes de Suisse. Donc, on pourrait dire que St-Gall a su très bien faire face à la situation», ajoute Arnd Bünker.

D'autres diocèses, y compris Lugano, ont recours à des prêtres étrangers. Mais ce n'est pas une solution à long terme, selon Arnd Bünker : «Nous devons nous demander si une église est capable ou non de se reproduire. Nos églises locales ne sont pas durables.»

Arnd Bünker ajoute : «Il y a aussi un problème avec le racisme et l'acceptation. C'est un problème pour les prêtres venant de l'étranger et c'est aussi un défi pour les communautés et les paroisses qui doivent trouver un moyen de vivre ensemble. Mais les prêtres étrangers peuvent enrichir la diversité de l'Eglise locale et apporter des perspectives différentes.»

Un vent de changement

 

A côté de St-Gall, le diocèse de Bâle a vu la plus forte baisse de curés ces 20 dernières années. Un plan de développement pastoral a été mis en place il y a cinq ans pour faire face à cette crise des vocations.

Les paroisses sont regroupées en zones pastorales, avec un prêtre en charge et des laïcs qui conduisent souvent les services de culte. Selon la théologienne Monika Hungerbühler, agente pastorale à l'église de Bâle, des programmes similaires sont en place en Allemagne, et l'idée se répand en Suisse.

«L’idée est de fusionner les paroisses, même à travers les frontières cantonales et de décider où devrait avoir lieu les services religieux et où nous devrions faire du travail social », précise Monika Hungerbühler.

De son coté, Nicolas Glasson estime qu’un jour viendra où les services religieux ne pourront se tenir dans chaque village, mais dans des centres pastoraux au service de communautés plus larges.

«Nous voulons baptiser tout le monde, offrir des funérailles et des mariages religieux, mais bientôt nous ne serons plus en mesure de faire tout cela. Nous pourrions créer une organisation en rapport avec le nombre de prêtres disponibles et  non les lignes de partage géographique », assure Nicolas Glasson.

Monika Hungerbühler, qui est derrière l'initiative soumise au synode de Bâle en janvier appelant à l'ordination des femmes ainsi que la fin de la règle du célibat, veut aussi voir l’Eglise bouger avec son temps. Elle estime que 50 ans après le Concile Vatican II, il est  temps de lancer un nouveau concile.

«Pour moi, il est important que les paroisses et les diocèses aillent nombreuses à Rome pour dire que nous avons besoin d'un nouveau concile. Nous devons réfléchir à des solutions différentes, par exemple une structure synodale qui permette des leaderships et des structures pastorales différentes, selon les continents.»

Les religions en Suisse en 2000

Eglise catholique romaine : 41.82%

Eglise évangélique réformée :  33.04%

Communautés islamiques: 4.26%

Eglises chrétiennes-orthodoxes: 1.81%

Autres Eglises et communautés protestantes: 1.44%

Communautés hindouistes: 0.38%

Communautés bouddhistes: 0.29%

Communauté israélite: 0.25%

Source : Office fédéral de la statistique

Fin de l'infobox


(Traduction de l’anglais: Frédéric Burnand), swissinfo.ch


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