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Quand la passion des oiseaux mène à la défense de la forêt brésilienne

En 35 ans, la biologiste suisse Anita Studer, aujourd'hui âgée de 76 ans, a réussi à replanter 8 millions d'arbres. Anita Studer

Installée au Brésil, la biologiste suisse Anita Studer a créé l’ONG Nordesta. Avec son organisation, elle a déjà planté 8 millions d’arbres dans sa patrie d’adoption. C’est l’étude d’un oiseau bien particulier qui l’a conduite à mener ce combat pour la défense de la forêt.

Ce contenu a été publié le 06 janvier 2021 - 08:56
Valéria Maniero, à Genève

Tout a commencé avec un oiseau appelé le Carouge de Forbes, mais aujourd’hui, 35 ans plus tard, 8 millions d’arbres ont été plantés, des écoles et des postes de santé ont été construits, principalement dans le nord et le nord-est du Brésil. Derrière tout cela, il y a la biologiste suisse Anita Studer, qui est à la tête de l’ONG Nordesta Reforestation & EducationLien externe. C’est au siège genevois de l’organisation, qui célèbre cette année ses 35 ans d’existence, que swissinfo.ch l’a rencontrée.

En résumé, l’histoire est la suivante: pour aider à protéger le Carouge de Forbes – un oiseau noir brésilien, sujet de sa thèse de doctorat – Anita Studer a fini par sauver une forêt, en l’occurrence la Pedra Talhada, une partie de la forêt atlantique, située entre Alagoas et Pernambuco.

Le Carouge de Forbes, l'oiseau à l'origine du projet de reboisement d'Anita Studer. Anita Studer

«En découvrant cet oiseau, j’ai aussi découvert que la forêt était en danger, parce qu’elle allait être bientôt déboisée. Je cherchais un sujet pour ma thèse. Mon professeur m’a dit que le Carouge de Forbes était un bon sujet, étant donné que cet oiseau n’avait jamais été étudié. Mais il m’a aussi avertie qu’il fallait faire vite, car en dix ans, il n’y aurait plus de forêt», raconte Anita Studer, en se remémorant le tout début de son histoire.

Une époque où écologie était un gros mot

Anita Studer précise qu’à cette époque, elle était une personne qui aimait l’écologie et qui voulait étudier le comportement des oiseaux. «Comme je redécouvrais un oiseau, je souhaitais aussi connaître son avenir. J’ai alors pris mon courage à deux mains et j’ai déclaré que j’allais étudier cet oiseau, mais qu’en premier lieu, j’allais protéger la forêt», raconte-t-elle, en rappelant qu’à partir de ce moment – et durant toute sa vie – le mot qu’elle a entendu le plus a été «impossible».

Mais Anita Studer fait partie de ces personnes pour qui rien n’est impossible. La plantation d’arbres a commencé dans les années 1980, à une époque où le mot écologie était comme un gros mot, selon elle. En étudiant pour son doctorat, elle a découvert que cette région fournissait l’eau qui alimentait sept municipalités et quelque 300'000 personnes. À cette époque, précise-t-elle, il y avait beaucoup de pauvres et peu de propriétaires terriens.

«Il était difficile d’expliquer à un pauvre, qui avait faim, qu’il fallait protéger la forêt. Il voulait abattre des arbres pour les vendre et acheter des pommes de terre. Quant à l’éleveur, il voulait lui aussi les couper pour faire plus de place au bétail. Donc pour eux, la forêt ne valait rien; c’était très difficile», dit-elle.

La biologiste suisse a cependant réussi à faire avancer sa cause en attirant l’attention sur l’eau qui vient de la forêt. Après tant d’années de travail, l’idée du projet reste la même: protéger la nature. «Nous aidons les habitants et, en contrepartie, ils aident la nature», explique Anita Studer.

En 1989, après des années de négociations, le gouvernement brésilien a finalement créé la Réserve biologique fédérale de Pedra Talhada. Celle-ci est gérée par l’ONG Nordesta d’Anita Studer en collaboration avec l’Institut Chico Mendes de conservation de la biodiversité. Les efforts d’Anita Studer ont même reçu une reconnaissance internationale, puisque le gouvernement français lui a décerné la Légion d’honneur en 2009.

Contenu externe

Un travail intense

Anita Studer partage son temps entre la Suisse et le Brésil. Lorsqu’elle est au Brésil, elle commence ses journées à 04h00 pour observer les oiseaux. «Je les observe depuis une petite baraque camouflée. J’écris des publications scientifiques; ce sont des recherches de 30 ans», déclare-t-elle.

«Après avoir observé les oiseaux, je vais manger, puis que m’occupe des différents projets, poursuit-elle. Il y a beaucoup de gens à voir et de réunions. J’aime visiter chaque projet. En septembre, par exemple, j’ai visité des écoles et un projet avec des abeilles en Amazonie, puis un atelier de couture.»

Des ruches pour la «méliponiculture», c’est-à-dire la production de miel provenant d’abeilles natives du Brésil, qui ont la particularité de ne pas avoir de dard. Anita Studer

Il y a aussi tout le travail de recherche de fonds, qui demande bien des efforts. À 76 ans, Anita Studer n’a guère le temps de se reposer; elle travaille de huit à dix heures par jours, y compris le week-end. Mais rien ne semble pouvoir l’arrêter, même pas le coronavirus, qu’elle a réussi à vaincre.

Un difficile travail de persuasion

Obtenir des terres au Brésil pour y planter des arbres est difficile, selon Anita Studer. Elle explique que les millions d’arbres qui ont été plantés par son ONG sur des terres privées l’ont été après beaucoup de discussions, mais toujours sans toucher à ce qui compte réellement pour les propriétaires terriens.

«On peut planter des arbres le long du fleuve pour protéger l’eau, comme ici, où c’est une réussite, car nous avons parlé au propriétaire, dit-elle en montrant une photo. Nous lui avons expliqué que le fleuve était en train de diminuer et de mourir, mais que la situation pouvait s’améliorer en reboisant. Il a accepté. Lorsqu’on a deux ou trois propriétaires dans une région, les autres suivent. Mais c’est beaucoup de travail pour les convaincre.»

«On ne peut cependant pas reboiser des pâturages; il faut se contenter de couloirs forestiers. Le bœuf, la viande et le pâturage sont les rois du Brésil», explique la Suissesse, qui semble avoir bien compris le mode de fonctionnement de son pays d’adoption.

Exemple de création d'un couloir forestier au bord d'un cours d'eau. Anita Studer

Anita Studer a coutume de dire que quiconque plante un arbre y réfléchit à deux fois avant de l’abattre. «Les gens qui plantent un arbre savent que c’est un processus long et difficile. D’abord, il faut collecter les graines, les stocker. Pour avoir un arbre de bonne taille, il faut attendre 20 ans. Ceux qui auront planté un arbre en prendront soin et le défendront.»

Mais la déforestation se poursuit. En octobre dernier, la déforestation en Amazonie avait augmenté de 50% par rapport au même mois en 2019, comme le montrent les images satellites de l’Institut national de recherches spatiales. «La déforestation s’est accélérée ces dernières années, c’est très grave. À un certain point, une fois les arbres abattus, la forêt ne peut plus garantir le rôle qu’elle devrait jouer en tant que porteuse de biodiversité», avertit Anita Studer.

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