Soldats armés: le gouvernement monte au front

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Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères ont lancé vendredi la campagne en vue de la votation du 10 juin sur la modification de la loi sur l'armée. Le combat sera rude: droite dure et gauche pacifiste s'opposent à l'armement des soldats suisses à l'étranger.

Ce contenu a été publié le 30 mars 2001 - 16:19

Le gouvernement propose deux modifications de la Loi fédérale sur l'armée et l'administration militaire (LAAM). La première (projet A) autorise les troupes suisses à aller s'exercer à l'étranger et les troupes étrangères à faire de même en Suisse. La seconde (projet B) permet aux soldats suisses envoyés en mission paix à l'étranger d'être armés.

Samuel Schmid rappelle que les missions de paix ne sont pas sans danger. Or, jusqu'à présent, seuls certains soldats étaient autorisés à porter une arme. Ce n'est pas suffisant: au Kosovo, le contingent de la Swisscoy doit compter sur l'aide des troupes autrichiennes et allemandes pour assurer sa protection.

Pour le ministre de la Défense, une telle situation n'est pas acceptable, car elle crée une dépendance et restreint les possibilités d'engagement. Les troupes suisses doivent pouvoir se protéger elles-mêmes, ne serait-ce que pour une question de dignité. Le projet B, qui autorise l'armement d'unités entières, résoudrait le problème.

Quant au projet A, il permettra d'améliorer la préparation de l'armée suisse. Pour Samuel Schmid, il s'agit d'un progrès. En effet, pour l'heure, les collaborations doivent être réglées par des accords avec chaque Etat et pour chaque secteur d'activité.

Joseph Deiss insiste de son côté sur le fait que les modifications de la LAAM permettront à la Suisse de se montrer plus solidaire au niveau international. «Distribuer des tentes et des médicaments ne suffit plus», estime le ministre des Affaires étrangères.

D'autant plus que les missions de paix sont aussi utiles à la Suisse: l'arrivée de milliers de réfugiés albanais en Suisse durant la guerre du Kosovo a montré que le pays subit aussi les effets des crises à l'étranger. Et Joseph Deiss d'utiliser une image: «la Suisse doit aider ses voisins à éteindre les incendies, faute de voir son propre toit brûler».

Mais le gouvernement se heurte à deux référendums. L'un émane de l'Action pour une suisse indépendante et neutre (ASIN) et l'autre du Groupement pour une Suisse sans armée (GSsA).

Soutenue par l'Union démocratique du centre (UDC), le référendum de l'ASIN porte tant sur le projet A que sur le projet B. L'ASIN estime que la Suisse n'a pas à intervenir militairement à l'étranger en raison de sa neutralité. Pour elle, «nos fils n'ont pas à mourir pour des guerres étrangères».

Le GSsA s'attaque uniquement à l'armement des soldats. Il estime que la Suisse doit montrer sa solidarité en effectuant des missions humanitaires civiles. Pour lui, les projets de révision de la LAAM ne serviraient finalement qu'à trouver une nouvelle mission, et donc une nouvelle légitimité, à l'armée suisse.

La gauche suisse est assez divisée sur le référendum du GSsA. Une majorité des élus socialistes ont certes soutenu la révision devant le Parlement, mais une autre partie est en faveur du référendum. Les milieux syndicaux sont tout aussi partagés. L'Union syndicale suisse (USS) laisse par exemple la liberté de vote.

Samuel Schmid dénonce l'isolationnisme de l'ASIN et juge ses critiques non fondées. Il précise que les soldats envoyés à l'étranger ne sont que des volontaires et que leurs armes ne serviraient qu'à des fins d'autodéfense. Placées sous l'égide de l'ONU ou de l'OSCE, ces missions ne constitueraient par ailleurs pas un premier pas vers une adhésion de la Suisse à l'OTAN.

Quant au référendum du GSsA, Samuel Schmid n'entend même pas s'y attarder: «son nom dit tout... Ses objectifs sont clairs. Sa démarche aussi».

Olivier Pauchard

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