Accord global: les entreprises suisses sous pression
Les entreprises suisses concernées qui refuseraient de collaborer dans le cadre de l´accord global d´indemnisation des victimes de l´Holocauste risquent de s´attirer de nouvelles plaintes. Le Congrès juif mondial (CJM), notamment, y veillera.
Vendredi matin sur les ondes de la radio alémanique DRS, le directeur exécutif du CJM, Elan Steinberg, a jugé «correct» le délai de 30 jours donné par le juge Korman aux entreprises qui ont employé des travailleurs forcés durant les années de guerre et qui veulent se mettre à l’abri de nouvelles plaintes en rejoignant l’accord global.
Selon la correspondante de DRS aux Etats-Unis, Elan Steinberg a précisé que les entreprises qui refuseraient l’accès aux informations permettant d’établir qu’elles ont effectivement eu recours au travail forcé peuvent s’attendre à de nouvelles plaintes.
Plus affirmatif, Michael Hausfeld, l’un des avocats qui a mené les négociations au nom des plaignants juifs, a déclaré à la chaîne alémanique que si le cas se présentait, il déposerait lui-même plainte contre ces entreprises.
L’accord global tel qu’accepté mercredi par le juge new-yorkais Edward Korman ne met en effet pour l’heure à l’abri que l’UBS et le Credit Suisse, ainsi que quatre grandes compagnies d’assurances. Ces dernières ne fourniront au maximum que 50 millions de dollars sur la somme totale de un milliard 250 millions, déjà partiellement versée par les deux grandes banques.
Le document est toutefois de nature à protéger toute entreprise suisse d’une plainte ultérieure, notamment – et c’est une nouveauté – celles qui ont eu recours à cette forme d’esclavage pudiquement baptisée «travail forcé». Ces firmes ont donc un mois pour s’annoncer comme partie prenante et bien sûr, les deux grandes banques comptent bien qu’elles participent également à la facture.
Jeudi, on apprenait par l’Agence télégraphique suisse que Nestlé «voulait participer financièrement à l’accord». La multinationale veveysanne est en effet depuis 1947 propriétaire de la marque Maggi, dont l’usine de Singen (au sud de l’Allemagne) a eu recours au travail forcé. Dans la même journée, Algroup – qui a aussi une usine à Singen -, Georg Fischer et les banques cantonales annonçaient également leur intention de se joindre à l’accord global.
Quant à Peter Hutzli, secrétaire du Vorort (Union suisse du commerce et de l’industrie), il juge «compréhensible» les requêtes américaines, mais précise que seule une recherche dans les archives de leurs filiales allemandes permettra aux entreprises de déterminer si elles ont ou non eu recours au travail forcé. Et le Vorort d’encourager ses membres à se livrer à ce travail, les assurant que cela n’aura pas de répercussions négatives en termes d’image.
Marc-André Miserez
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.