La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse

Coop et Migros jouent la carte de l’intimidation

L'avocate Valérie Garbani avec le conseiller national Fernand Cuche Keystone

Des paysans d'Uniterre sont sur le banc des accusés, suite à une plainte déposée par Coop et Migros. Une première en Suisse.

Le procès de 46 paysans du syndicat Uniterre s’est ouvert lundi à La Chaux-de-Fonds. Les militants – dont le conseiller national Fernand Cuche – sont accusés de contrainte et de violation de domicile.

En novembre dernier, ils ont notamment organisé le blocage des centres de distribution Coop à La Chaux-de-Fonds et Migros à Marin, dans le canton de Neuchâtel. Le mouvement exigeait que les deux principaux distributeurs suisses relèvent le prix de la viande bovine payé au producteur.

Aujourd’hui, suite aux plaintes pénales déposées par Coop et Migros, les militants d’Uniterre encourent des amendes comprises entre 1500 francs et 3000 francs. Plus grave, cette action judiciaire pourrait déboucher sur le dépôt d’une plainte civile qui pourrait grever lourdement les finances des accusés.

Coop tient le couteau par le manche

«Pour l’heure, nous nous réservons le droit de déposer ou non une plainte civile», souligne Sibyl Anwander, responsable du dossier politique et économie agraire de Coop.

«Aucune décision ferme n’a encore été prise», précise-t-elle encore, avant d’ajouter: «Nous sommes en train de chiffrer le préjudice subi lors du blocage de nos centrales de distribution. Il s’agit pour nous d’établir les éventuels montants des dommages et intérêts que nous serions en droit d’exiger».

En clair, Coop tient le couteau par le manche. Et elle entend bien maintenir la pression. Tant que durera la procédure judiciaire, les distributeurs semblent en effet persuadés que les militants d’Uniterre y réfléchiront à deux fois avant d’entreprendre de nouveaux blocages.

Le procès intenté contre Uniterre donne l’occasion à Coop et Migros de lancer un message fort: plus question de céder aux blocus exercés par la paysannerie suisse. Des méthodes qui, en hiver 2000, ont notamment contraint Migros à revoir à la hausse le prix du lait.

Un véritable processus d’intimidation

«Les distributeurs ont entamé un véritable processus d’intimidation à l’égard de l’ensemble du monde agricole», souligne Claude Quartier, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Agri.

«Mais ces mastodontes ont également dévoilé leur talon d’Achille, poursuit Claude Quartier. Leurs unités de production sont toujours plus concentrées et, de ce fait, faciles à paralyser. C’est probablement ce sentiment de vulnérabilité qui a poussé Coop et Migros à réagir aussi fermement».

Pour autant, les grands distributeurs n’ont probablement pas pour objectif de transformer les militants d’Uniterre en martyrs de la lutte paysanne. Mené par Fernand Cuche, leader charismatique qui présente en outre l’avantage de siéger au Parlement fédéral, Uniterre a su se faire entendre et s’attirer la sympathie d’une partie des consommateurs.

«Le commerce requiert une ambiance calme et sereine, renchérit Claude Quartier. Les distributeurs n’ont aucun intérêt à durcir leurs positions et à entretenir le débat sur la place publique».

Après la fronde des paysans de novembre dernier, Coop et Migros ont d’ailleurs immédiatement affirmé leur volonté de dialogue. Mais, au lieu de s’adresser à Uniterre, ils ont habilement choisi de se tourner vers un interlocuteur plus institutionnel: l’Union suisse des paysans (USP).

Une nouvelle interprofession

Reste que, jusque-là, l’organisation faîtière de l’agriculture suisse s’était plutôt montrée discrète, voire inexistante, sur le dossier de la viande bovine. Certains n’ont pas hésité à s’interroger sur la légitimité de l’USP, en qualité de représentante du monde paysan.

Signe des temps: après de nombreuses réticences, l’ensemble des organisations agricoles suisses se sont mises d’accord pour créer une Fédération nationale des producteurs de viande.

«Cette nouvelle interprofession devraient voir le jour cet été encore», affirme Claude Quartier. Elle représentera une nouvelle force chargée de dialoguer ou même d’ouvrir des négociations entre les producteurs, les distributeurs et les consommateurs. Des acteurs qu’il ne faut jamais oublier dans ce type de débat.

swissinfo/Vanda Janka

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision