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Pour les Suisses du Venezuela, l’intervention américaine était attendue et nécessaire

People against Venezuelan President Nicolás Maduro gather in downtown Barcelona, Spain, Sunday, Jan. 4, 2026. (AP Photo/Emilio Morenatti)
Selon les Suisses de l'étranger C. et P., la population vénézuélienne est heureuse de la chute de Nicolás Maduro, mais elle ne le manifestera pas publiquement, comme ici à Barcelone, par peur de représailles. Copyright 2026 The Associated Press. All Rights Reserved.

À la suite de l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela le 3 janvier 2026 et de la capture du président Nicolás Maduro, les Suisses qui y vivent et que nous avons contactés se disent soulagés. Malgré la crainte de représailles, la vie sur place a repris son cours normal.

«C’était la seule solution», selon C.*. Le Suisse de 72 ans installé depuis plus de trois décennies au Venezuela se dit heureux de l’intervention des États-Unis. : «Les gens qui n’y vivent pas ne peuvent pas comprendre l’impact des structures criminelles sur la vie quotidienne», souligne-t-il.

Même son de cloche chez P.*, 79 ans, qui vit au Venezuela depuis plus de 20 ans: «Nous nous doutions depuis longtemps que cela allait arriver. Cela n’a donc pas été une surprise».

Une joie contenue

Le fait que les deux hommes parlent sous couvert d’anonymat est le signe que la chute du gouvernement de Nicolás Maduro n’a pas encore permis de libérer la parole. Durant notre entretien, C. ne cite pas de noms et souhaite que la discussion se fasse en Suisse allemand, «plus difficilement compréhensible, si quelqu’un devait nous écouter».

Quant à P., il tient un discours modéré afin de ne pas s’attirer d’ennuis. «Tout le monde est heureux ici, mais c’est une ‘alegría frenada’ – une joie contenue. Il n’y aura pas de concerts de klaxons dans les rues, car si la tête du serpent a été coupée, la bête vit encore», déclare C.

Les gens ne se sentent pas libres de s’exprimer de manière critique sur le gouvernement Maduro, car ils craignent des représailles. «Des troupes pro-gouvernementales effectuent des contrôles dans certaines rues. Elles demandent à voir les téléphones et mieux vaut qu’ils ne contiennent pas de messages hostiles, sinon vous risquez d’être enlevé ou de finir en prison», selon P.

En outre, l’«état d’exception» décrété le 3 janvier par les autorités vénézuéliennes est source d’inquiétude, car il permet «la recherche et l’arrestation de toute personne impliquée dans la promotion ou le soutien de l’attaque armée menée par les États-Unis d’Amérique contre le territoire de la République», indique le décretLien externe.

Retour à la normale

D’après les deux Suisses, la vie quotidienne a toutefois repris son cours à Caracas: les gens se rendent au travail, les vols intérieurs ont repris, les rayons des supermarchés sont achalandés, de l’essence est disponible dans les stations. «Les premiers jours, la population a paniqué et s’est ruée dans les magasins pour faire des réserves. Mais le calme est revenu et on trouve désormais de tout», indique P.

Une description qui contraste avec l’analyse de la situationLien externe faite par le Département des affaires étrangères (DFAE). Ce dernier parle de possibles fermetures de frontières, de pénuries de bien de première nécessité, de connexions internet et téléphoniques interrompues.

Il recommande aux Suisses sur place de se «tenir à l’écart des manifestations de tout genre, de limiter leurs déplacements à l’intérieur du pays au minimum indispensable et de vérifier au préalable les conditions de sécurité».

Faible demande de soutien des Suisses du Venezuela

Interrogé par Swissinfo, le DFAE indique avoir connaissance de quelques cas de Suisses ayant rencontré des difficultés lors de leurs déplacements. «Le nombre de demandes émanant de ressortissants suisses résidant au Venezuela est faible. La Helpline du DFAE et l’ambassade à Caracas ont traité moins de dix demandes de ce type», indique son porte-parole Pierre-Alain Eltschinger.

Ces vingt dernières années, le nombre de ressortissantes et ressortissants suisses au Venezuela a largement chuté, passant de 2072 en 1994 à 813 officiellement enregistrés auprès de l’ambassade en 2024, selon les chiffresLien externe de l’Office fédéral de la statistique.

«Environ 970 personnes sont actuellement inscrites au registre des Suisses de l’étranger. Ces chiffres comprennent également les membres de la famille qui n’ont pas la nationalité suisse», précise encore le DFAE.

Contenu externe

Peu de velléités de quitter le pays

D’après C., très peu de Suisses du Venezuela sont encore de première génération. De plus, selon P., la plupart n’ont pas de difficultés financières qui pourrait les pousser à partir. «Actuellement, la situation est bien plus dangereuse pour les expatriés américains que pour les Suisses, qui jouissent d’une bonne réputation», déclare C.

Si C. n’envisage nullement de quitter le pays, P. aimerait quant à lui revenir s’installer en Suisse «pour y passer une retraite tranquille». Mais il restera encore quelques années au Venezuela, car il s’occupe encore de nombreux jeunes en formation.

Espoir prudent

P. et C. se réjouissent de la chute du gouvernement de Nicolás Maduro, mais restent prudents quant à l’évolution de la situation.

Si l’intervention américaine amène un véritable changement, ce sera positif, sinon tout cela n’aura servi à rien», déclare P. Ce dernier aurait souhaité que les «fidèle alliés» du président soient également arrêtés, car «ce sont eux qui vont rendre la transition difficile». Il espère désormais que des élections démocratiques auront lieu.

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C. se dit d’ordinaire opposé à l’interventionnisme d’une puissance étrangère, mais considère que «dans ce cas, c’était nécessaire». Il est toutefois déçu que les États-Unis aient écarté de l’accès au pouvoir la cheffe de l’oppositionLien externe et lauréate du prix Nobel de la paix 2025 Corina Maria Machado. P. aussi aurait souhaité qu’elle soit impliquée dans le nouveau gouvernement.

«L’armée, qui reste à la botte de Nicolás Maduro, aurait certainement renversé un gouvernement d’opposition. Choisir de travailler avec Delcy Rodríguez représente une solution pragmatique», selon C.

Un avis que partage P. Il avertit néanmoins: «Si le nouveau gouvernement ne collabore pas avec les États-Unis, ils interviendront de nouveau, et de manière certainement plus brutale cette fois».

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* Noms connus de la rédaction
Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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