Corruption: la naïveté des Suisses
La Suisse perd deux rangs au classement des pays les moins corrompus établi par Transparency International. L´organisation relève en outre la naïveté de la population suisse, qui sous-estime le niveau de corruption dans son pays.
La Suisse rétrograde de la 9ème à la 11ème place. Un recul qui n’est pas significatif, ajoute immédiatement la section suisse de Transparency International. L’organisation non gouvernementale calcule chaque année l’indice de perception de la corruption. Pour 2000, le classement porte sur 90 pays. Et on retrouve les mêmes, dont la Suisse, en tête.
Ce qui est beaucoup plus significatif, c’est ce que l’indice ne prend pas en compte. Et qui ferait perdre plus de rangs encore à la Suisse. L’indice porte sur la corruption publique (entre fonctionnaires, par exemple). Mais il ne tient pas compte de la corruption privée. Le blanchiment d’argent, la criminalité économique et tous les dessous-de-table.
Et en matière de pots-de-vin dans le domaine privé, la Suisse n’est de loin pas toute blanche. Transparency Switzerland a son explication. «Nous vivons sur un petit territoire et dans un système fédéraliste. Ce qui permet une proximité entre les secteurs économiques et politiques. Et favorise donc le copinage et le trafic d’influence», explique Anne Lugon-Moulin, coordinatrice de projets à Transparency Switzerland.
Ce type de corruption échappe aux citoyens. La population retient uniquement les grosses affaires. «Les Suisses sous-estiment le niveau de corruption de leur pays, précise Anne Lugon-Moulin. Plus que cela: ils ont même tendance à dire ‘ça n’existe pas chez nous’. C’est encore un sujet extrêmement tabou».
Pour lutter contre cette corruption privée, qui échappe aussi à la justice, l’organisation demande des moyens institutionnels efficaces. Actuellement, la loi ne prévoit aucune responsabilité pénale de l’entreprise. Une révision est en cours. Le Conseil national doit encore se prononcer.
Selon le classement 2000, le pays le plus intègre est la Finlande. Le Nigeria termine dernier. Mais, là encore, Transparency International relativise. Tout est basé sur la perception des personnes interrogées. Certains pays sont plus critiques que d’autres. «L’intérêt de ce classement, conclu Anne Lugon-Moulin, est avant tout de faire réagir les gouvernements».
Alexandra Richard
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